07 janvier 2013
Banques : le Comité de Bâle met de l'eau dans sa piquette
par Le Yéti - La chose publique
Le Comité de Bâle et ses fameux accords, vous vous rappelez ? C’est cet organisme qui avait décidé en 2010 de durcir les règles de liquidités bancaires pour que les banques ne se retrouvent plus dans la situation calamiteuse de 2008 et puissent faire face à un nouveau tsunami financier pendant au moins 30 jours.
Bref, les chères officines devaient augmenter d’urgence leur ratio de liquidités sonnantes et trébuchantes et ne plus se contenter de brandir leurs actifs pourris en guise de garanties.
Des actifs liquéfiés
Eh bien, figurez-vous que ledit Comité de Bâle vient de mettre pas mal de flotte dans ce qui n’était déjà qu’une pâle piquette.
Les banques avaient jusqu’au 1er janvier 2015 pour satisfaire à ces nouvelles exigences de précaution. Elles ne sont plus tenues aujourd’hui de n’en réaliser que 60% à cette échéance pourtant lointaine et auront jusqu’à 2019 pour étaler le restant. Autant dire à la Saint Glinglin !
Mieux (ou pire) encore, l’éventail des actifs a été étendu à de vulgaires reconnaissance de dettes titrisées (actions, prêts immobiliers, dettes d’entreprises…). Bref, des actifs en voie de liquéfaction plutôt que des liquidités !
Comme si je prêtais 1000 euros aux fauchés que vous êtes et que j’aille payer mon bifteck avec votre reconnaissance d’une dette que vous ne serez jamais fichus de me rembourser. Tête du boucher !
Une bonne nouvelle
Inutile de vous dire que ces “assouplissements” ont été consentis sur l’aimable mais pressante pression de banques elles-mêmes. Et que cela ne témoigne en rien de leur puissance, mais de leur impuissance chronique à se réalimenter en vraies liquidités. Quant au Comité de Bâle ! Confier la régulation des banques à un organisme siégeant en Suisse et composé de… banquiers, fallait oser !
Compte-tenu des délais considérés (2015, 2019, faites vos jeux !) et des menaces immédiates qui pèsent sur leurs têtes (les crises de dette, la récession généralisée, les bulles à destruction massive comme celle des prêts étudiants US…). Autant dire que nos chères officines marchent sur d’explosives poudrières.
Remarquez, c’est relativement une bonne nouvelle, puisque aucune sortie de crise, aucune “Grande mutation” ne seront possibles tant que les mères maquerelles financières n’auront pas mordu la poussière.


Commentaires
Plus ça change, plus c’est pareil!
A ce propos je vais vous poser une devinette: en quelle année ai-je écrit le petit texte suivant ? Certes, sans aucun doute utopiste et un peu sommaire, mais vu la réalité du monde actuel, ce que j’essayais d’imaginer pour sortir nos sociétés “développées” de l’impasse, était au moins inspiré par le fait d’utiliser le progrès technique dans le sens de l’émancipation de l’homme.
On sait ce qu’il advint depuis, ce progrès a été utilisé pour augmenter de façon démesurée les profits et la richesse de quelques-uns, au détriment de tous les autres. C’est sans doute l’utilité principale de l’idéologie néo-libérale.
Je n’aurais pas la prétention d’avoir trouvé toutes ces idées tout seul, sans doute que mes lectures de l’époque m’avaient déjà servi de sources d’inspiration. Mais il suffisait, déjà, d’ouvrir les yeux tout simplement.
”Il faut reconnaître que la société industrielle capitaliste a résolu le problème des famines (dans certains pays, les plus développés, mais certainement pas dans les pays du tiers monde où des milliers de gens meurent de faim chaque année et aussi des suites des guerres dues à l’impérialisme.) et dans une certaine mesure de l’acquisition des biens matériels de base par le citoyen moyen. Il n’en reste pas moins qu’une telle société connaît des inégalités énormes, et la liberté de l’individu dépend beaucoup de la classe à laquelle il appartient.
Dans le cas de la société française actuelle, nous en sommes à une situation où l’inégalité règne aussi bien sur le plan de la possession des biens matériels que sur celui de la liberté.
Une des caractéristiques de notre société est qu’elle est bloquée, chose qui est accentuée par le centralisme du pouvoir. Le problème actuel est dû à deux facteurs essentiels, l’un extérieur, l’autre intérieur. Le problème intérieur est dû principalement au développement des techniques et plus particulièrement de l’informatique qui supprime de nombreux postes de travail, le second problème est dû au développement des pays jusque là pauvres et qui veulent accéder à la richesse, en devenant industrialisés, ainsi qu’à la concurrence avec les autres pays déjà industrialisés qui sont plus compétitifs que nous. Le résultat pratique est que de plus en plus de gens se retrouvent au chômage. Une solution à ce grave problème doit passer par une révision complète de certaines idées que nous nous faisons sur l’organisation de notre société et du monde. Il faudrait ne plus considérer le travail comme il a été considéré jusque là, c’est à dire comme l’élément essentiel de la vie et comme producteur de profit.
Si la mécanisation, l’informatisation permettent de faire fonctionner l’industrie et continuer la croissance économique avec un nombre restreint de personnes participant à ce travail, il faudra réduire la durée du temps que chaque individu passe dans sa vie à ce travail uniquement productif et basé sur la recherche de production de richesses matérielles. Chaque individu passera un temps relativement court de sa vie à effectuer un tel travail dans le secteur qui lui conviendra le mieux.
Lorsque l’individu sortira de l’ensemble de ces travailleurs, il ne sera pas chômeur, mais fera parti de l’autre ensemble de la population qui s’adonnera à un travail non lucratif uniquement dû à la motivation et aux goûts personnels : qui sera potier, qui fera de la musique, qui fera de la menuiserie, ou s’intéressera à telle discipline, chacun pouvant contribuer à l’enrichissement de son voisin. Les produits de ces activités ne pouvant en aucun cas être monnayables, mais échangeables, la notion de retraite disparaîtra, cette partie de la collectivité recevra sa richesse matérielle de l’autre partie. Il importe que la richesse produite par le premier groupe soit équitablement réparti entre tous les membres de la société. L’enrichissement matériel devant se faire de façon homogène et de pair avec l’enrichissement culturel de la population.
Il faut réviser l’idée que nous nous faisons du travail. Maintenir un niveau de vie décent pour tous, plutôt que maintenir une croissance par trop dévastatrice.”
Bon! Langue au chat ? Je l’ai écrit en 1979, il y a déjà 33 ans !
Cela donne une idée de la formidable inertie du système, et surtout de la vigueur de la contre-révolution néolibérale qui s’est développée depuis le début des années 80. Fin des années 70, le Club de Rome avait rendu son rapport, René Dumont s’était présenté à la présidence de la République.
Je pense de plus en plus, que le néo-libéralisme a été pensé et mis en place, pour que ceux qui dominent et pilotent le système puissent en tirer le maximum de bénéfices, accaparer le maximum de butin, avant qu’il ne s’effondre.
Ceci dit, si je réécrivais ce texte aujourd’hui, j’insisterais davantage sur les limites de la “sainte” croissance, sur le fait que l’humanité court le risque d’entrer en collision avec les limites de notre environnement planétaire.
A l’époque on ne parlait pas encore du réchauffement climatique, et on commençait à peine à se préoccuper de la question de l’épuisement des ressources non renouvelables.
Depuis plus de 30 ans, nos politiciens écopent pour sauver un système qui fait eau de toutes part. Ils continuent à nous parler de croissance, de compétitivité, de concurrence, de travailler plus. Ils courent après ces concepts éculés, et inopérants pour faire face aux défis de l’époque, comme des chiens après leur queue. Tant que l’on ne sortira pas de cet enfermement mental, aucune amélioration ne pourra avoir lieu. Nous continuerons à foncer droit dans le mur. On aurait déjà dû commencer il y a plus de 30 ans, la transition vers une société plus frugale, plus égalitaire et plus solidaire. Au lieu de cela sous l’impulsion de l’avidité d’une minorité, on a fait tout l’inverse. Il est déjà bien tard, pour envisager une transition en douceur, il est fort à craindre que chaque jour qui passe, nous rapproche d’une rupture qui, elle, sera brutale. Pour trop avoir attendu, pour nous être voilé la face, le réajustement ne sera pas agréable, et malheureusement pas vraiment démocratique, car le chaos engendre toujours l’émergence de pouvoirs autoritaires, voire, totalitaires.
Pessimisme ? Peut-être, mais lorsque l’on constate que depuis plus de 30 ans au moins, l’on s’éloigne de solutions humanistes à cette “crise” (qui est plutôt la fin d’un âge), il est difficile de penser que par magie, subitement, nous allons tous nous réveiller et redresser la barre, en catastrophe.
Je voudrais bien y croire, mais il suffit de regarder autour de soi, d’écouter pour constater que l’on n’en prend pas le chemin. Nous sommes victime d’un conditionnement mental, d’un enfermement mental, qui rend toute sortie du cadre en douceur, fort improbable.
@Macarel :
Deux mythes antiques à ne pas oublier:
celui de Cassandre et celui de la caverne de Platon.
Pour en conclure que nous courrons à la catastrophe en toute connaissance de causes, parce que nous préférons continuer à contempler les jeux d’ombres de l’illusion plutôt que de nous diriger vers la lumière de la réalité, trop aveuglante.
Sachant qu’à la base les règles Bâle III ne servent qu’à limiter les conséquences d’une faillite bancaire, plutôt que d’essayer d’empêcher cette même faillite… (cf Jorion)
Bref, le système se tire une balle dans le pieds et c’est tant mieux. Plus vite c’est fini, plus vite on passe à autre chose.
Hhmm… Je suis sûr que le blog de Yéti est visé, et même en première ligne…
En effet, cela est devenu intolérable que les informations soient diffusées sans contrôle.
http://www.latribune.fr/depeches/re…
“Outre les sphères économique et climatique, le Forum identifie d’autres dangers, notamment celui constitué par la résistance des bactéries aux antibiotiques et le danger des “incendies digitaux” créés par la rapide propagation de fausses informations en ligne.”
Yéti au bucher !!
Je m’occupe des bactéries, j’ai la bêtise contagieuse…
Comme eux, notes. Par contre, moi, j’ai honte.