15 décembre 2012
"Grande mutation" : la violence comme arme politique
par Le Yéti - La politique
Très intéressante tribune dans le Monde sur la résistance à Notre-Dame-des-Landes. Le texte émanait d’un groupe de trois opposants sur la “zone à défendre” (ZAD). Le trio tenaient à se démarquer de quelques leaders médiatiques auto-proclamés présentant le mouvement de protestation comme essentiellement non-violent.
« Ceux-ci semblent toujours estimer que, quand bien même on viendrait piétiner nos maisons et nos cultures, il nous faudrait rester calmes et polis. Si nous ne nous étions pas défendu.e.s, il n’y aurait probablement plus grand monde pour parler de la ZAD aujourd’hui, moins encore pour y vivre. »
La non-violence comme anesthésiant
Voici clairement posé le problème de la légitime défense et de la violence comme arme politique en période de grave crise. D’ailleurs a-ton jamais vu les forces de l’ordre établi venir le défendre avec des petites fleurs à la main ?
Un Nelson Mandela ne dut-il pas se résoudre à l’action politique violente pour mettre à bas l’apartheid en Afrique du sud ? Et Gandhi ne déclara-t-il pas un jour que s’il préférait la non-violence à la violence, il choisissait néanmoins la violence plutôt que la lâcheté ?
La non-violence est souvent posée comme anesthésiant contre toute tentative de contestation de l’ordre établi. Qui ne se souvient de l’interview mémorable que David Pujadas, présentateur TV du microcosme, fit subir à Xavier Mathieu, responsable syndical des “Conti” sur le site menacé de Clairoix ?
Fin de la comédie
Et si cette comédie était finie ? On a vu dans un précédent épisode sur la sortie de crise comment le sang serait probablement de la partie. Les bonnes âmes terrifiées ne nous épargneront sans doute pas les leçons de morale lénifiantes. Mais le coup de l’autre joue tendue, c’est aussi de l’histoire ancienne et pas tellement ragoutante.
Étonnant, vous ne trouvez pas, que le journal Le Monde ait publié la tribune de nos trois apaches de NDDL ? Pas son genre. Mais voilà, les temps changent. Les vieux tabous chancellent. Et soudain vous sautent à la figure des évidences que les courtisans à la Pujadas ne parviennent plus à tenir enfouies.
Tiens, pour garder un semblant de bienséance convenue, terminons ce voyage sulfureux avec un de nos honorables prix Nobel, ce bon vieux Albert Camus, non-violent notoire, qui se refusait lui aussi à légitimer la violence, mais qui l’estimait pourtant, dans certains cas, inévitable :
« Ce n’est pas me réfuter en effet que de réfuter la non-violence. […] Je ne pense pas qu’il faille répondre aux coups par la bénédiction. Je crois que la violence est inévitable, les années d’occupation me l’ont appris. Pour tout dire, il y a eu, en ce temps-là de terribles violences qui ne m’ont posé aucun problème.
Je ne dirai donc point qu’il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique, en effet. Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation lui vienne d’une raison d’État absolue ou d’une philosophie totalitaire.
La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut. »


Commentaires
“Refuser toute légitimation de la violence …” y compris d’État. Toute la nuance est là.
Et Gandhi : “Je crois que s’il y a seulement le choix entre la violence et la lâcheté, je conseille la violence.”
Mais c’est tout de même pitoyable d’en être arrivé là : qu’un gouvernement prétendu de gauche fasse primer la violence d’État sur le dialogue et la raison. Réaction de sale gosse trop gâté : “je veux mon aéroport, j’aurai mon aéroport! M’en fous que c’est trop cher, m’en fous que ça pollue!”
Bon, il s’en trouvera toujours pour justifier la répression, si violente soit-elle, sur base de légalité, de gouvernement élu, de respect de l’autorité etc. A ceux-là, on peut leur demander quelle serait leur réaction si les même scènes pour les mêmes causes avaient lieu, au hasard, en Russie ou au Venezuela. (qu’on se marre un peu).
La violence découle-t-elle de la loi qui la comprime ou la loi découle-t-elle de la violence pour la contenir?
La violence est-elle seconde ou première?
N’y a-t-il pas nécessité que les deux s’accompagnent, se bousculent, prennent le pas sur l’une ou l’autre par alternance…
Droit de rebellion, ou pas (Hobbes - le Leviathan) Le Contrat Social (Rousseau) - Article 35 de la Constitution du 24 juin 1793 - Platon, Georgias…
Par provocation, je ne citerai aucun penseur anarchiste.
Je m’aperçois simplement que les esprits évoluent. Mais, quand on a un mur devant qui se rapproche et un mur derrière qui nous presse on a de cesse que de les casser pour Respirer.
Est-ce la Liberté?
Il est bon de rappeler que Gandhi et Mandela, afin que la DIGNITE humaine soit respectée, debout, vraie…,ont, eux aussi, proné cette violence qui est simplement vie naturelle.
Précision, quand je dis: ” que les esprits évoluent…” c’est par rapport à l’ l’adoption du “système démocratique” qui a anesthésié et ensommeillé nos esprits, notre pensée dans un schéma idyllique, apaisé.
Nous sommes très surpris de nous apercevoir que “notre système” c’est pas ça du tout, que ce qu’on nous “vend” par Démocratie, c’est pas ça du tout, que ce que nous vivons, c’est pas ça du tout…
Alors on se dit que ce que nous voulons il faudra aller le chercher, il faudra aller l’arracher, et que personne ne nous le donnera.
On connaît la conclusion de cette réflexion.
Je ne pense pas qu’une table ronde de négociations sera la réponse à nos souhaits, à nos désirs, à nos vies…
J’avais parlé, déjà sur ce blog, du sang et des larmes.
Voyez-vous une autre solution pour être dignement debout?
Bon courage à tous.
Pourtant, sur la ZAD, on ne peut pas dire que les résistants soient violents a priori….. Au contraire, pour les avoir côtoyés, je les trouve bien sympathiques !
A force, il y a de quoi l’avoir mauvaise !
C’est bien tout le problème que de définir raisonnablement les limites du déraisonnable…
Nous ne comprenons pas la violence qui est en face de nous car ses motivations ne sont pas de notre monde –
Il n ‘ y a pas à la comprendre –
Juste la voir et la refuser –
Y répondre de manière violente peut être une solution , si efficace –
Jusqu ‘ où ?
On verra bien … notre cœur non-violent parlera –
En attendant , la violence peut n ‘ être pas qu ‘ une simple solution – Elle peut aussi être une nécessité : la violence actuelle des systèmes libéraux et/ou totalitaires a un niveau de barbarie , dans et hors de Babylone , aussi monstrueuse que celle des pires dictatures de fraîche mémoire –
La violence a été le moyen d ‘ en sortir –
Notre violence se doit seulement d ‘ être opportune et efficace -
Derrick Jensen écologiste radical états-unien aborde également le sujet. J’avais “linké” son blog sur SeenThis”
http://derrickjensenfr.blogspot.fr/…
http://derrickjensenfr.blogspot.fr/…
http://seenthis.net/people/sombre?d…
et qui m’a valu une petite prise de tête avec un autre “SeenThis-naute” mais on est là aussi pour s’engueuler parfois … tant qu’on arrive à “définir raisonnablement les limites du déraisonnable”
Bonjour à toi Yéti !
Voilà quelques temps que je suis ton blog via Rue89 et que j’adhère à la pensée que tu défends !
Je te conseille vivement la lecture de cet ouvrage :
http://www.editions-harmattan.fr/in…
Tu y trouveras sûrement de nombreux atomes crochus avec l’auteur !
Bien à toi
@Cyrilou :
Merci pour le conseil (que je vais suivre)
Je ne pense pas qu’il soit souhaitable de citer cetexte de Camus mis à toutes les sauces.
La Vérité de Camus, c’est quand il dit choisir sa mère, sa petite tribu de pieds-noirs incultes et pas les poseurs de bombes dans des lieux publics à Alger, poseurs animés de l’idéal de l’émancipation des algériens sous le joug.
Ni à Paris, ni à Alger, ni à Tunis, ni à Rabat, ni à Stockhom personne n’a entendu - personne n’a jamais entendu. Déjà le 25 janvier 1956 au Cercle du Progrès à Alger, personne n’écoutait même ses amis.
Ambroise Croizat disait, dans l’enceinte même de l’Assemblée Nationale, que s’il fallait, pour défendre la sécurité sociale, prendre les armes, il le ferait… On en est peut-être pas loin aujourd’hui….
@baillergeau :
sa petite tribu de pieds-noirs incultes
Que connaissez-vous de ces gens ?
Qui prendrait les armes? Il faut déjà en posséder. Et puis, il est préférable de faire attention avec ça. Je veux dire avec la violence, car quand on la déclenche, on ne sait jamais où elle s’arrêtera. En général, la violence engendre la violence en crescendo. La lutte armée dans l’Italie des années 70 n’a pas été une réussite. Aldo Moro en a été la victime expiatoire. Que faire? ce n’est pas simple car chacun à sa façon de réagir. En général, quand on se fait frapper, on riposte ou on prend la fuite ( quand c’est possible). L’important, c’est de faire corps, de ne pas laisser un camarade isolé. Mais avant de se battre, il convient d’abord de se protéger. Comment? En mettant un casque sur la tête et en se protégeant le visage. Il faut s’équiper. Ils le sont bien, eux, en face. Je parle bien sûr des gardes mobiles. On peut faire aussi la tortue. J’ai été impressionné de voir nos camarades italiens le faire dans des manifestations face aux forces de l’ordre. En conclusion, la violence, oui, mais dans certains cas seulement, comme légitime défense, et qu’elle soit organisée et préparée pour faire front aux assauts des GM qui sont eux d’une extrême violence.
@Le prévert :
Qui parle de “prendre les armes”, Le Prévert ? Qui parle de partir au casse-pipe face aux escadrons de gendarmes mobiles ? Pourquoi pas présenter sa poitrine à une horde de chars pendant qu’on y est (comme le malheureux type de Tian-anmen) ?
Il n’est pas question ici d’un quelconque romantisme révolutionnaire, suicidaire par défaut, mais du droit à la légitime défense des citoyens dignes de ce nom.
@wuwei
Je parle la famille et des proches qui n’avaient pas dans leurs relations, ni Bercque, ni Chevallier.
@Le Yéti : tu n’as peut-être pas bien suivi. Je répondais au commentaire du dessus, lequel, citant Ambroise Croizat, disait “que s’il fallait, pour défendre la sécurité sociale, prendre les armes, il le ferait…” Et s’il faut s’insurger, à mon avis, on ne le fera pas avec des fleurs à la main et encore moins avec des roses au poing. Le courageux chinois de la place Tian Anmen est un contre-exemple. Ce manifestant est seul face au char et je dis qu’il ne faut surtout pas être isolé. Cet étudiant chinois a tout de même arrêté le char si je me souviens bien. Les occupants de la Zad de NDDL ripostent aux assauts des GM. Ils dressent des barricades, ils lancent des projectiles ou les renvoient aux forces de l’odre, ils s’opposent comme ils peuvent à la destructions des cabanes. Leur violence est légitime car ils ne font que se défendre. Certains sont équipés contre les gaz lacrymogènes. Alors oui, face à la violence policière, il faut que les manifestants soient préparés et équipés.
Envisager la violence est une chose –
Envisager son opportunité en est une autre –
Pour cela – oui , pour tout cela ! - il nous faudrait encore savoir pour quoi faire ?
A en juger par les 1000 et uns petits attrapages de gueule sur les commentaires du site , comme sur ceux de TOUS les autres sites , on peut douter que nous sachions pour quoi nous nous battons / m^me si nous savons bien contre quoi –
Il nous faudra bien un jour , dire ce que nous voulons – et pas que , ce que nous ne voulons pas !
NoN ?
Allé , osez , Joséphine ! !
@baillergeau :
Sans doute. Dans sa tribu du quartier de Belcourt il y avait des anars, des communistes et d’autres. Tous des inconnus, (ceux dont Camus parle dans “les Voix du quartier pauvre”) d’origines italienne, Espagnol, algérienne ou Maltaise, et parmi eux … mon père.