En cause, un manuel d’histoire de 1e L/ES/S publié dans le cadre des nouveaux programmes de première en vigueur dès la rentrée prochaine. Plus particulièrement visée, une double page consacrée à des documents de l’Onu sur le partage de la Palestine en 1947-1948.

Une réécriture manifeste de l’histoire

Europe-Israël, créée pour traquer la « paranoïa antisioniste » partout où elle se niche, eut tôt fait de monter au créneau en apercevant une référence à la « nakba » (« catastrophe » en arabe, visant les expulsions de populations palestiniennes pendant la guerre israélo-arabe de 1948) et en constatant l’absence de mention du nom d’Israël sur la double page incriminée.

Or on notera qu’historiquement le nom d’Israël n’était pas mentionné dans les documents de l’Onu concernant la préparation d’une partition entre ce qui était alors appelé « État juif » et « État arabe ». Ainsi de ceux composant la double page controversée.

Et les expulsions de populations palestiniennes furent bel et bien une réalité historique.

L’association Europe-Israël nie ces deux réalités, mais elle va beaucoup plus loin dans son interprétation de l’histoire. Elle reproche aux auteurs de l’ouvrage « une négation de l’histoire du peuple Juif sur cette terre depuis plus de 3 000 ans » et met sur un pied d’égalité Palestiniens arabes et juifs (ceux-là représentaient à peine 17% de la population palestinienne en 1931).

Bref, l’habituelle antienne ressassée par ces mouvements prosélytes, basée sur une vérité historique douteuse et remise en cause par une partie de la communauté juive elle-même.

Une double page parfaitement équilibrée

Qu’en est-il de la “faute” des auteurs et de l’éditeur ? La double page stigmatisée traite de la question de la Palestine en 1947-1948 à travers l’étude de documents d’époque. Ces documents se répartissent ainsi :

  • un document émanant du Service de colonisation de l’Agence juive ;
  • deux documents de l’Unscop, commission spéciale des Nations unies chargée de la partition ;
  • un document sur la version arabe des faits (la « nakba ») ;
  • une carte modernisée mais à l’identique du plan original de partage de la Palestine, légendes comprises (le terme d’Israël n’y figurait pas), tel qu’élaboré le 29 novembre 1947 par l’Unscop.

Rien à redire donc sur l’équilibre de la présentation. Si “maladresse” il y eut, ce fut de publier une carte modernisée, laissant supposer une interprétation des faits, plutôt que le document original.

Des injonctions inadmissibles

L’éditeur montré du doigt fut pourtant prompt à indiquer par communiqué sa décision d’étudier le problème et de procéder à d’éventuelles modifications dans la prochaine édition de l’ouvrage.

Sans préjuger des modifications qui seront apportées ou non, on peut se demander si un peu de recul n’aurait pas été préférable à une réaction à chaud. N’eut-il pas mieux valu consulter au préalable les cercles d’historiens autorisés et ne pas céder aux injonctions inadmissibles d’une organisation qui ne se distingue guère par son souci de l’exactitude historique et son sens des nuances ?

On se rappellera que les mêmes se vantèrent d’avoir fait interdire récemment une conférence de Stéphane Hessel à l’École normale supérieure de Paris. Et on terminera par quelques extraits d’une profession de foi qui parle par elle-même :

« À vous, amis de la vérité,

Qui sans relâche, poursuivez l´information mensongère là où elle se niche…

Dans les condamnations Onusiennes de bon aloi…

Dans les indignations sélectives des ONG…

Qui ne vous fiez pas aux déclarations du Conseil des Droits de l´Homme…

Qui refusez la paranoïa antisioniste…

Europe-Israël est nécessaire, car le temps de la vérité s´approche, celui du combat qui oppose Israël aux forces du Mal. »

(Rachel Franco, Europe-Israël, 30 septembre 2010)

Sans commentaire.