08 mai 2013

Un paysage politique français entièrement redessiné par la crise

En précipitant son divorce avec le Parti socialiste par l’incontestable réussite de sa manifestation du 5 mai, le Front de gauche a au moins eu le mérite de redessiner un peu plus clairement le paysage politique français. Et de confirmer dans les actes, son implantation en tant que force politique de gauche.

Passons rapidement sur la querelle habituelle de chiffres. Il est tout aussi puéril de s’arrêter sur les chiffres de la police (30 000, pour une place de la Bastille archi pleine en contenant à elle seule environ 65 000), sur ceux de la presse du microcosme (50 000 selon Libération) que sur ceux d’un FDG probablement un brin euphorique (180 000).

La réussite de la manifestation du FDG tient surtout à la consécration du divorce et à la décantation des courants politiques qui en découle. Et là, vu la fébrilité des réactions des “conjoints” contrariés (socialistes, écolos d’EELV, microcosme médiatique…), on a été servis !

Trois courants de pensées bien distinctes, trois ensembles structurés, apparaissent désormais qui interdisent la facilité de mettre tous les hommes politiques dans le même panier. Ces trois courants se distinguent par leur positionnement vis-à-vis du système capitaliste financier.

1. La droite hors système

Constituée de plusieurs mouvements : le Front National, le “Debout la République” de Nicolas Dupont-Aignan…

Ces partis se réclament des valeurs traditionnelles de la droite (le mérite) fondée sur un souverainisme volontiers protectionniste et excluant (les “Français d’abord” de Marine Le Pen, le frein à l’immigration souhaité par Nicolas Dupont-Aignan).

La droite hors système (l’emploi du qualificatif repoussoir “extrême” est ici volontairement évité) ne rejette pas le capitalisme, mais oppose un capitalisme national à la papa — vive la petite entreprise ! — au “mauvais capitalisme” financier mondialisé.

2. La gauche hors système

Composée essentiellement de deux partis majeurs : un Parti communiste renouvelé sous la direction de Pierre Laurent, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Ces deux-là ont fait alliance au sein du Front de gauche.

Sous l’effet de la crise, ces deux mouvements coupent peu à peu les derniers liens qui les retenaient encore au vieux système (et les alliances de circonstances électorales qui allaient avec). Hésitant encore un peu entre un européanisme de circonstance et un souverainisme contraint par les faits (la chute inéluctable de l’euro).

Le Front de gauche présente aujourd’hui un programme structuré, clairement orienté à gauche, pour le meilleur ou pour le pire (la valeur travail), fondé sur les notions d’égalitarisme (l’échelle bloquée des revenus) et de protectionnisme social.

3. Un “milieu” pro système

Représenté par deux forces majeures, l’UMP et le Parti socialiste, autour desquelles gravitent quelques satellites : le(s) centre(s), les écologistes d’EELV…

Les différents courants de cette mouvance, encore clairement majoritaire dans le pays, affectent des oppositions de pures convenances électorales : le néolibéralisme pur et dur de l’UMP, l’habillage social du PS, l’écologisme des écologistes, la “modération” réaliste des centristes.

Mais tous se retrouvent finalement pour défendre le système néolibéral dont ils sont issus et qui les fait vivre. Sous le choc de la “Grande perdition”, parions qu’ils finiront en pathétique coalition de survie comme nombre de leurs coreligionnaires étrangers (Grèce, Italie…).

Au final, les ultimes passerelles entre ces trois courants de pensée ne peuvent plus guère répondre qu’à des préoccupations stratégiques ou prosaïquement carriéristes.

Le point d’équilibre mouvant qui fera basculer les foules d’un côté ou de l’autre et départagera les trois courants du paysage politique français tient de fait à deux facteurs :

  • les dégâts sociaux de la “Grande perdition” (et les lames de fonds sociales qu’ils déclencheront) ;

  • les électeurs (si tant est que le “milieu” pro système ne sacrifie pas purement et simplement les derniers oripeaux de la démocratie sur l’autel du néolibéralisme agonisant).

Mais une chose est claire : la “Grande crise” est très probablement en train de battre en brèche l’hégémonisme du “milieu”.

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