26 janvier 2013
La confusion des esprits, nouvelle (et dernière) étape de la "Grande perdition"
par Le Yéti - La chose publique
Bon, nous y voilà, la crise de la “Grande perdition” atteint enfin son ultime étape : la confusion des esprits. Avec ses multiples déclinaisons : la régression épidermique, les réactions de défense incontrôlées, les explosions de haine et d’agressivité, la stupeur, les fuites en avant meurtrières… Les défaites ont des relents mauvais.
La crise de la “Grande perdition”, c’était d’abord, en surface, de simples ennuis de type mécanique : la finance grippée, l’économie en panne, les acquis sociaux frappés de dégénérescence pathologique.
Les encéphalogrammes plats du système
- La finance ne vit plus que sous perfusion des « aides illimitées » accordées par les présidents illuminés des banques centrales. Les profits à la Goldman Sachs ? Le remboursement anticipé des dettes par les banques européennes ? Du dépeçage (on se partage les restes entre voyous), de la poudre aux yeux (les banques remboursent… ce qu’elles n’ont évidemment pas prêtée à l’économie réelle !).
- Tous les indicateurs économiques, je veux parler des vrais, ceux qui rendent compte d’une situation concrète, sont au rouge cramoisi : récession généralisée (-0,5% pour le PIB allemand au dernier trimestre de 2012), marchés en berne (l’automobile, l’immobilier)… Les profits toujours miraculeux des grandes entreprises ? Du dépeçage (les plans sociaux, les fermetures d’usines, plus rien pour l’investissement).
- Tous les critères sociaux sonnent le tocsin : taux de chômage galopant (60% chez les moins de 25 ans en Espagne), hausse dramatique de la pauvreté jusqu’au cœur de l’Empire. austérité généralisée pour 90% des populations (devinez qui sont les 10 % restants ?)
Une confusion soigneusement entretenue
Aujourd’hui, la maladie atteint désormais le cerveau, provoque des dommages irréversibles, s’attaque aux cellules-souches de ce qui faisait (en principe) notre civilisation. Les esprits se crispent, le haines se cristallisent, la rage aveugle fait pendant aux aveux d’échecs.
Confusion soigneusement entretenue par intérêt bien entendu. Au nom de la lutte de la pensée unique contre le confusionnisme ! Qu’est-ce que cette foutue “pensée unique” ? me demandait un interlocuteur à la suite de mon précédent billet. Réponse en quatre propositions :
- la mondialisation est un phénomène irréversible ;
- il n’y a qu’un seul système (le capitalisme) viable au monde ;
- il n’y a aucune alternative politique au bon vieux bipartisme à la entre-soi ;
- les banques et les riches gagnent toujours.
Ceux qui contestent ces quatre affirmations sont au choix : des “confusionnistes”, des “complotistes”, des “populistes”, des “soviétistes” nostalgiques…
Les spasmes dangereux des corps malades
Ces déviances sont gentiment tolérées (au nom de la démocratie !) en période de bombance. Mais lorsque le corps se disloque, que l’encéphalogramme du système se met à tourner en rond, alors les spasmes du moribond peuvent devenir franchement redoutables.
Les déviants, devenus dangereux, sont cloués au pilori, condamnés en hérésie. les étrangers impitoyablement chassés comme vulgaire poussière dans l’œil. Et qui ne rentre pas dans leurs fichu moule ébréché est bientôt déclaré traître à la nation.
Ou pire encore, complice de nos démons du moment. Lisez donc les commentaires de ceux qui interdisent de contester notre expédition guerrière au Mali, au nom du combat anti-islamique et, en vrac, du droit de femmes (qu’ils jettent dans des centres de rétention avec mômes et barda), du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (mais un peu moins de leur uranium)…
Le summum de la “Grande perdition” est atteint lorsque la confusion s’installe dans les esprits mêmes de ceux qui croient défendre des intérêts (ah, l’aide “illimitée” des banques centrales !). Regardez bien aussi ce qui se passe au Mali. Ces reconquêtes de villes… sans combat. Cette progression dans le sable et les cailloux vers le nord désertique… sans opposition.
Nos stratèges politiques ignorent-ils que les combattants de l’ombre ne font jamais face, mais attaquent… dans l’ombre ? Ignorent-ils qu’outre les terroristes, le désert va être aussi leur ennemi, à eux et à leur matériel ? Ignorent-ils que la saison dans la région va changer à leur désavantage dès avril ? Puissent-ils méditer cette sentence de Robert Fisk :
« Il [Moktar Belmokhtar, nouveau chef emblèmatique des terroristes, ndlr] avait appris que les guerres ne connaissent pas forcément de fin, que la victoire est consacrée par l’humiliation de vos ennemis, plutôt que par des conquêtes militaires. »


Commentaires
Cette confusion permet aussi l’ère du chantage: Renault et les accords salariaux et la flexibilité, Cameron et son referendum, soutenu par Merkel sur ces exigences de encore plus de libéralisme, Hollande isolé au Mali ( non que j’approuve cette guerre, loin de là), qu’a t il pu lui être dit en terme de soutien pour qu’il se lance comme ça? Donc aujourd’hui la France isolée…pour faire accepter quoi?
Tu as raison, Yéti, cette grande confusion est le lieu de tous les coups, mais aussi un signe de l’incroyable état politique, économique, social, du monde.
L’ère du ” j’assomme celui qui s’accroche à la même planche que moi, en espérant qu’il sera le seul à se noyer”
Ci-dessous une réflexion très intéressante et très pessimiste sur ce qui se passe dans le sahel…
http://www.m-pep.org/spip.php?artic…
Salut Yéti,
Puisque tu cites notre échange sur ton précédent billet, je me permets de préciser mon point de vue sur celui-ci.
Je continue de penser que l’on peut (l’on doit, même) lutter contre la “pensée unique” (telle que tu la définis) ET lutter contre les idéologies pas très claires (euphémisme) de certains s’en déclarant dissident.
Il n’y a aucune incompatibilité entre les deux.
Une personne rencontrée me disait: “un Etat régresse quand un des trois piliers est en déclin: la santé, la justice, l’éducation”.
Chacun voit midi à sa porte. Derrière l’économie, la vie du terrain…
J’apprends par un flash spécial (suis prof), que le décret sur les rythmes scolaires vient de passer.
A ceux qui ne connaissent pas les tenants et aboutissants du sujet:
problème complexe qu’il me plairait de voir abordé en des termes “justes”.
Une prof rencontrée hier, jury au concours de cette année en sciences, m’a dit avoir du rendre admissibles des candidats avec 02/20. Rapport au nombre de candidats et au nombre voulu de recrutements.
Avant de railler bêtement (ou peut-être: raillez un bon coup, et revenez au sujet sérieusement: vous avez des enfants, et serez concernés par un sentiment que “quelque chose ne tourne pas rond”).
Sachez que les 3/4 d’heures enlevés chaque jour à vos enfants (je parle des enfants, pas des enseignants!) auront en contre partie la suppression de récréation l’après-midi, soit 2h1/4 non-stop. Ca c’est sûr, ils seront moins fatigués. Les mairies vont vers une pause très longue le midi (pour beaucoup une très longue récré dans la cours), en groupes plus importants, le taux d’encadrement étant relevés pour les animateurs.
Nous subiront, nous les profs, mais surtout les enfants d’abord.
Parents, et grand-parents qui aimez vos (petits) enfants, où êtes-vous? Comment laissez vous faire cela avec la délectation assumée ou non de “casser du prof?
Nous créons chaque jour aujourd’hui dans nos classes le monde de demain. Vous ne le voyez pas, mais les “grands” de demain courent devant nos yeux aujourd’hui, sont devant nos petites tables. Et on nous empêche de bien faire notre travail. L’image qui me vient est un treck avec un sac que l’on remplit de cailloux. On n’aide pas, on rajoute des cailloux.
Des avancées (reculées) majeures se jouent là, et personne ne rebondit sérieusement dessus. On nous dira: avant 2008, ils étaient en classe le samedi, soit: 4 jours et demi. Mais il y avait la pause salvatrice pour tous du mercredi. Cinq jour sans pause, il est vrai, seuls ceux qui ont eu une classe à gérer savent de quoi je parle.
Encore une fois, vous êtes où vous qui aimez vos enfants? Ouvrez les yeux svp, cela passera par les parents, pas par les profs, si décriés!!!
“au secours”!
Nous ne créons pas de masse lucide pour changer le monde de demain, si cela peut nous ramener au sujet!!!!!! De ce point de vue, c’est une belle conservation du système qui est assurée…!!!
@Laffreux :
Tout à fait d’accord, Laffreux. Même si, je le confesse, j’ai tendance à ferrailler d’abord avec les “pensées uniques” solidement installées en place, plutôt que contre « les idéologies pas très claires » qui rêvent de le devenir mais ne le sont pas encore
De la pensée unique et des déviants –
Il n ‘ y a pas + de pensée unique que de déviants –
Je m ‘ explique :
pensée unique n ‘ est que celle qui se présente que comme telle –
Mais la question est grave :
La pensée présentée comme unique parvient à en prendre toute son apparence en mobilisant tous les médias de la pensée –
Tous les médias –
En écartant toute autre pensée des médias –
Par sa prise de pouvoir sur les médias –
( c ‘ est ce que Mélenchon s ‘ échine à dire )
Et si cette pensée , nous le savons bien , n ‘ en est pas pour autant unique , c ‘ est pourtant bien elle qui occupe la majeure partie de l ‘ espace culturel , et influence moins la grande partie de nos frères et sœurs citoyen/ne/s , qu ‘ elle ne fait taire tout ce que nous tentons de dire de notre légitimité –
Les déviants ne sont pas + déviants que la pensée unique n ‘ est unique : juste réduits au silence –
Il n ‘ est plus ici question de pensée « unique » , mais de pensée « dominante » , dominante en ce qu ‘ elle domine l ‘ espace médiatique et culturel –
Aucune lutte contre cette pensée dominante ne pourra se faire sans la reconquête des espaces médiatiques et culturels -