22 janvier 2013
Les cinq principes de la propagande de guerre, selon Michel Collon
par Le Yéti - Les mots des autres
Michel Collon, vous connaissez ? Belge, écrivain et journaliste indépendant, il livre sur son site Investig’Action des analyses au scalpel du monde dans lequel nous vivons. Sa dernière contribution m’a valu moult recommandations. Michel Collon y invite à détecter les “médiamensonges” sur la guerre que mène la France au Mali.
Pour sa démonstration, Michel Collon s’appuie sur cinq principes vieux comme le monde et utilisés à outrance, en boucle, par la propagande pour justifier toute expédition guerrière.
1. Cacher les intérêts
La lutte contre le terrorisme, la défense des peuples opprimés par l’islamisme, foutaise selon Michel Collon. Les intérêts à défendre dans la présente guerre du Mali, ce sont ni plus ni moins les gisements d’uranium, d’or, de gaz, de pétrole.
Si on avait vraiment voulu défendre les peuples opprimés, ça se saurait dit Michel Colon. Le Mali, le Niger et tous les autres pays voisins recèlent les plus formidables richesses naturelles. Exploitées dans des conditions « dégueulasses », aux détriments des populations locales, par des multinationales étrangères (Bouygues, Areva…).
Or ces pays demeurent les derniers des derniers en terme de développement humain : espérance de vie à 49 ans, alphabétisation à 28%, scolarisation 38% (Niger).
Et ce pillage éhonté est organisé avec l’aide de tous nos gouvernants qui se gardent bien d’obliger les multinationales à verser leur quote-part aux populations locales. N’est pas Chavez ou Morales qui veut (ou qui ne veut surtout pas).
2. Cacher l’histoire
« Chaque fois qu’un dirigeant africain a voulu que son pays soit indépendant, que les richesses servent à la population, a voulu dire zut aux multinationales, eh bien il a été assassiné. »
Et Michel Collon de citer les tragiques exemples de Patrice Lumumba, Thomas Sankara… Au Mali, les agissements de la France ont été de tout temps “honteux et abominables” ajoute-t-il. Des manipulations politiques criminelles à répétition pour promouvoir des dirigeants fantoches et préserver des intérêts particuliers.
En bref, la Françafrique dans tout son éclat, ce colonialisme sans foi ni loi par délégation.
3. Se faire passer pour les défenseurs des victimes
Car les dirigeants africains, les organismes transnationaux comme la Cedeao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) ne sont que des marionnettes installées et maintenues artificiellement en place par l’ex-puissance coloniale, assure Michel Collon. Et de donner nombre d’exemples à ses allégations.
4. Diaboliser l’adversaire
Pas difficile de diaboliser l’adversaire, me direz-vous. Ces zozos forcenés d’islamistes intégristes se prêtent à merveille au rôle de repoussoir morbide. À croire que ces toqués ont été inventés pour l’occasion. D’ailleurs, ceux-là préexistaient-ils aux agissements très intéressés des anciennes puissances coloniales ?
« S’il n’y avait pas la pauvreté au Mali, à cause des multinationales françaises, les gens ne seraient pas désespérés au point de se tourner vers ses fanatiques. »
Il est vrai que nos va-t-en-guerre à nous ne se préoccupent guère de cohérence. Michel Collon pointe les relations ambigües avec le Qatar qu’on laisse acheter nos équipes de foot d’un côté et qui armerait les terroristes islamistes de l’autre.
5. Monopoliser et empêcher le débat
Ne reste plus pour masquer tous ces tortueux stratagèmes qu’à monopoliser l’information et à faire taire toute opposition, y compris bien sûr au Mali. Écouter nos médias parler aujourd’hui de l’intervention française au Mali révèle pourtant vite la grotesque machination à l’esprit averti qui veut bien entendre.
Mais qui veut bien entendre ? Placés devant le fait accompli par un Michel Collon, nombre de lecteurs tenteront de désamorcer ses propos accusateurs en disant que oui, tout ça, c’est pas nouveau, on le sait déjà, nananère…
Non seulement ces insinuations ne désamorcent rien, mais elles confirment qu’en l’occurrence la responsabilité — que dis-je, la culpabilité — de nos politiques est largement partagée par ceux qui les ont élus. Hollande, moins pire que Sarkozy, la lamentable expédition malienne en apporte un nouveau cruel démenti.
Aller plus loin :
- Investig’Action, le blog de Michel Collon
- Anne Morelli, « Principes élémentaires de propagande de guerre » (Bruxelles, Labor 2006)


Commentaires
Totalement d’accord avec cette analyse. Le gouvernement Hollande ne vaut pas mieux que le précédent. Droite et “gauche”socialo, 2 faces d’un même système. Et soyons sûr que cette incursion militaire au Mali va nous réserver bien des surprises. Il n’y a pas de guerre propre ni de guerre juste. La guerre, c’est le mal. Le Mali a été saigné par le FMI, il va continuer à l’être pour les intérêts de la Françafric.
Où l ‘ on voit une fois de plus que les grands médias passent tout çà sous silence –
Qu ‘ on ne prétende pas qu ‘ ils ne sont pas au courant !
Alors , si au courant : complices !
Combien des ces « fois » faudra-t-il encore pour que nous nous décidions à créer nos médias à nous de grande-diffusion ?
Et encore …
Cela servira-t-il vraiment à quelque chose ?
Tous les bœufs pro- Hollande , Sarko , centre , FN .. ne trouveront-ils pas 1000 merveilleuses raisons pour justifier et sanctifier toutes ces horreurs ?
Que nous restera-t-il alors à faire ?
Devinez …
Ce qui est extraordinaire, c’est autant quand on est reparti en Afghanistan, j’étais super étonnée du consensus gentillet qui suintait partout à base de “on y retourne pour construire des écoles” parce que je lisais notamment le courrier international et j’étais au courant que la guerre reprenait de plus belle (les autres se sont réveillés quand il y a eu le premier soldat tué “ah bah mince mais y a la guerre là-bas”), autant pour cette guerre comme j’ai peu de temps pour m’informer en ce moment, je serais à priori pour. Hors j’ai trop peu de réserves à émettre pour qu’intellectuellement je sois satisfaite d’un consentement juste et éclairé. Je suis donc totalement manipulée, les effluves lointains des médias généraux dont je me méfie pourtant suffisent à me donner un à priori trop positif pour être honnête. Et après on fustige les américains de se laisser manipuler et embourber dans des guerres interminables.
Oui, après l’Irak, après la Libye, après la Syrie, et j’en passe comme le Front Polisario Vs Hassan ou Mohammed, ou la “dictature” de Chavéz, voici donc le Mali où les gentils Hessians dépêchés par le gouvernement français affrontent de méchants envahisseurs (depuis mille ans peut-être) Touareg. De qui se moque-t-on ?
Merci pour ces précisions ! Monsieur Collon est décidément très bon dans son domaine.
Pour une liste complète des techniques courantes de manipulation (de guerre mais aussi dans les médias, la société,…), ici :
http://tellthepeople.net/propagande…
Des précisions sur la propagande blanche, noire, grise..
Cordialement.