25 février 2013
Mali : ces « centaines de morts » jihadistes que personne n'a vues
par Le Yéti - Le monde et nous
Une chose est sûre : à chaque fois que des morts sont reconnus au Mali par la coalition franco-africaine, celle-ci annonce simultanément, et systématiquement, le double, le triple, voire le quintuple de victimes dans les rangs jihadistes. Mais qui les a vus, tous ces cadavres ? Où sont-ils diable passés ?
« Une centaine de morts » à Konna au début du conflit. « Une vingtaine d’islamistes tués » en réplique au décès d’un légionnaire français. « Entre 15 et 20 » rebelles tués contre deux soldats français « très légèrement blessés » à Gao. 65 (islamistes) à 13 (Tchadiens) dans l’Adrar des Ifoghas le 23 février (score corrigé ensuite en 93 à 23 après prolongation !)…
« Beaucoup, beaucoup de morts jihadistes. Le nombre des jihadistes tués est significatif » (Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, RTL, 26 février)
Invraisemblance quand tu nous tiens
Problème, si les morts déclarés de la coalition sont reconnus par leurs propres autorités, donc guère contestables, si ces victimes sont même dûment identifiées (quand elles sont françaises), jamais trace des victimes en nombre « significatif » du camp d’en face.
Qui évacuent ces « centaines » de morts ? Et accessoirement les « centaines » de blessés qui vont généralement avec ? Les rebelles en déroute eux-mêmes, dans leurs pick-up, vers leurs repaires du nord ? Jamais aucun prisonnier dans l’affaire ? Invraisemblance quand tu nous tiens.
Eh oui, ami lecteur, le doute s’insinue dans ton esprit. C’est toujours comme ça quand aucun journaliste qui se respecte (je veux dire celui qui valide les sources des informations qu’il transmet) n’est admis sur le théâtre des opérations.
À propos d’infos, nos Rouletabille cantonnés en salon seraient bien avisés de vérifier cette dernière “rumeur” lâchée par N’djamena Matin : lundi 25 février une centaine de soldats tchadiens seraient tombés dans une embuscade. Plusieurs de leurs camarades seraient prisonniers des djihadistes.
Une situation « pas du tout stable »
Bien d’autres interrogations demeurent sur la réalité de cette guerre. Par exemple, comment dans Gao “libérée”, des djihadistes prétendus affaiblis ont-ils pu occuper des places aussi stratégiques que le commissariat central (10 février), puis la mairie et la résidence du gouverneur (21 février) ?
Des voix un peu plus plausibles viennent tempérer l’optimisme des vainqueurs d’avance. La situation au Mali n’est « pas du tout stable », constate le responsable local du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). L’ONU déplore des « informations horrifiantes » en matière de droits de l’homme, sans préciser le camp où elles se produisent.
Et les États-Unis, inquiets de la tournure des choses, demandent désormais à la France de ne pas quitter la zone prématurément. Enlisement quand tu nous tiens.
En attendant, le citoyen français peut toujours se poser des questions. Sans être forcé de croire les réponses officielles qu’on lui donne. Parce que des infos non vérifiées, triomphantes ou horrifiantes, ça reste ni plus ni moins du domaine de la rumeur, de la propagande et du vulgaire baratin.
Pour Robert Fisk, François Hollande fait le jeu des islamistes
Le baratin n’est pas le fait que de nos néo-croisés socialistes. On le trouve dans les analyses souvent hilarantes des spécialistes médiatiques occidentaux à propos d’Al-Qaïda. C’est du moins ce que pense le journaliste anglais Robert Fisk dans sa dernière chronique.
Lisez plutôt, conseille-t-il, plus sérieux, les spécialistes arabes comme Abdel Bari Atwan, qui non seulement était familier de Ben Laden, mais connaît très bien la stratégie de ceux qui lui ont succédé à sa mort.
Selon Atwan, Al-Qaïda détaille sept étapes pour parvenir son Califat mondial rêvé. Et la première de ces étapes est très simple : inciter les Occidentaux à venir combattre sur leur propre terrain… jusqu’à (étape 2) que leurs inévitables débordements retournent et unissent les populations locales contre eux. Comme en Irak, comme en Afghanistan.
De fait, le président Hollande, usant et abusant de sa bonne « vieille rhétorique usée » (Fisk), continue à dénombrer des morts fantômes, poursuit vers le désert hostile du nord des combattants… qui attaquent sa base arrière de Gao au sud. Bref, donne allègrement dans le piège tendu.
À moins, conclut Fisk, que lui et ses alliés occidentaux aient la même nécessité qu’Al-Qaïda de poursuivre la guerre. Pour échapper à la crise systémique qui ronge leur empire. Qu’importe du moment que leur opinion publique continue de croire que le but de la croisade reste un combat quasi christique contre le terrorisme islamique.
Aller plus loin :
- War on terror is the West’s new religion (par Robert Fisk)


Commentaires
Bien sûr que les journalistes dérangent ! Exemple un peu plus ancien, notre copain de Cyrénaïque, Mo (Mohammed Nabbous), seul reporter indépendant là-bas, s’est pris une balle en pleine tête d’un sniper le 19 mars 2011 parce qu’il avait le tort de tout montrer. Y compris l’afflux de matériels étrangers, et de personnages aussi étrangers qu’étranges.
“Le bon journaliste est le journaliste mort”, et un journaliste qui ne va pas sur le terrain lui-même, sans “guides”, non “enbedded”, est un journaliste mort, un simple propagandiste.
“Au quatrième TOP…. il sera exactement VINGT HEURES…. ZÉRO MINUTE… TOP TOP TOP TOP” : çà, c’est du journalisme, exact, précis, et sans bavures. Quant au Paris-Gao, entre VLRA et pick-ups, qui gagnera le trophée ? Sans doute personne, comme à l’accoutumée. En particulier, ce sont les populations qui perdront le plus.
Sabre en bois ! Ce n’est pas cet article qui va te donner tord :
http://www.bastamag.net/article2947…
À le lire, on se dit que l’armée malienne va tenir un jour tout au plus quand l’armée française repartira…
Le Yéti dans l’oeil du cyclone de la dépression.
Je fais un retour coup de vent parce que je crois que l’heure est grave. Vous déprimez, ça se lit, ça vous ronge. Un conseil de jeune, arrêtez tout, faites autre chose, vivez heureux et laissez à une jeunesse entousiaste le soins de critiquer ou d’aimer le monde.
Si notre avenir appartient à nos enfants, alors ce présent appartient aux vôtres, c’est à dire à nous !!! Alors laissez le nous et arrêtez cette incessante râlerie qui perd inlassablement son sens…
Merci et bonne continuation ! (ne le prenez pas mal, je me suis dit que je me devais de vous donner mon avis humain).
Pourquoi reprendre toujours les mêmes protestations qui ne conduisent jamais à rien ?
S’il existe un décalage entre le cadre de notre représentation et l’action possible pourquoi ne pas agir en explosant les contraintes.
Exemple: Pour les Européennes ou les Législatives à venir, on annonce la couleur.
Candidature pour deux mandats à suivre, sans aucun autre mandat à coté, pour deux ou trois dossiers essentiels - sortie de la politique au bout des 10 ans
Tiens ! une initiative à prendre : sur les panneaux officiels, les “vieilles brisques” de la politique devraient se prendre le bandeau “CUMUL - TROP de MANDATS SUCCESSIFS - CANDIDATURE INTERDITE PAR LE PEUPLE”. Cela devrait les calmer…
Brovo d’avoir réussi à faire paraître cette chronique sur R89 .