16 décembre 2012
Bilan 2012 : quelques raisons d'espérer
par Le Yéti - La chose publique
Allez, je vous le lâche tout de suite, mon bilan 2012. Parce qu’après ce sera bousculade rituelle au portillon, comme d’hab’. Et moi, à ce moment-là, permettez, je serai plus porté sur le bouchon que sur les constats ronchons. Sur ce, je vous jure que mon présent titre n’est pas inspiré par un excès prématuré de bulles.
Pourquoi un tel optimisme ? En fait pas vraiment de l’optimisme, mais un triple constat plutôt encourageant.
1/ Un bulletin de santé jubilatoire du vieux monde
L’avènement politique du hollandisme fromage mou fut à la hauteur de ce qu’on n’osait pas attendre. Le nouveau pouvoir a implosé avant la fin même de sa première année d’exercice, sombrant dans le grotesque. Que dire aussi de la réélection pâteuse du farfadet Obama, dont la seule perspective est de se manger des “murs fiscaux” à la chaîne ?
L’autre bonne nouvelle, c’est l’état calamiteux des banques. La banqueroute du Crédit immobilier de France (CIF) et de Dexia, le Crédit Agricole qui affiche un résultat négatif au troisième trimestre, et les autres qui paniquent jusqu’au ridicule. Plus vite ces officines de voyous auront mordu la poussière, mieux ce sera. Elles sont l’obstacle majeure à la “Grande mutation”.
Enfin, les économies occidentales rentrent durablement en récession. Ce qui permettra aux populations de faire un peu moins de gras, au climat de souffler un peu, et aux partisans de la décroissance de sabler le mousseux.
Il n’y a plus guère que les bourses pour se réjouir, paraît-il. Mais les bourses, y a plus personne dedans, rien que des machines préprogrammées. Et des dingues coupés du monde en plein délire (se prendre + 15% en pleine récession généralisée, faut le faire).
2/ La lente mais perceptible évolution des mentalités
Heureusement, l’année 2012 est aussi encourageante pour des raisons plus positives. Elle semble avoir ainsi consacré une rupture bien venue dans les mentalités. L’ébranlement profond de deux citadelles symboliques en est preuve.
- La chute vertigineuse du marché de l’automobile, ce symbole de la toute-puissance individuelle, ne s’explique probablement pas par la seule baisse du niveau de vie des consommateurs, mais aussi par une désaffection croissante à l’égard du symbole même.
- Le marché de l’immobilier, emblématique de toutes les spéculations, chancèle et s’apprête inévitablement à revenir dans des clous plus fréquentables.
Ce revirement des mentalités est flagrant chez les jeunes générations. Celles-ci, plus frappées par la crise que leurs aînés, sont déjà passés à autre chose. Ont coupé les ponts avec les vieilles lunes consuméristes. Leur indifférence ressemble à s’y méprendre à du désintérêt total pour toutes les valeurs faisandées qu’on a tenté de leur faire miroiter.
Contrainte ou volontaire, passive ou active, leur résistance s’organise peu à peu, avec de nouveaux modes de vie en marge du vieux monde moribond. Comme chez nos voisins grecs, espagnols, portugais…
3/ La montée en puissance de nouvelles forces vives
On peut bien sûr mettre en relief les souffrances sociales subies par les plus défavorisés. Mais commençons d’abord par distinguer celles qui proviennent d’une réelle privation et celles résultant de la difficulté à faire le deuil du monde d’avant et de ces illusions forcenées.
On peut aussi s’alerter des possibles fuites en avant belliqueuses des moribonds détrônés, ou des mouvements de paniques (politiques) régressifs. Mais là, c’est comme sur les zones sismiques ou sous les volcans assoupis. On sait que ça peut péter, mais on n’y peut rien et en attendant, on continue d’essayer d’y vivre au mieux.
Ce que je retiens de 2012, c’est cette nette progression du deuil, cette rupture manifeste des classes populaires avec les tenants du désordre établi (mesurable à la hausse de l’abstention dans tous les scrutins, y compris présidentiel).
Les foyers de révolte se solidifient (NDDL). Des mouvements politiques, des intellectuels montent en puissance, qui affichent des projets de plus en plus structurés. Des réseaux se créent.
Bon d’accord, rien n’est joué. Mais il y a comme des frémissements et quelques raisons d’espérer que la “Grande mutation” ne soit pas seulement un rêve pieux ou un cauchemar apocalyptique. D’ailleurs, tiens, j’ai changé de devise, abandonné la citation de René Char dévoyée par des branques, et opté pour cet extrait du film “Indian Palace” :
« Tout est bien qui finit bien. Et si ce n’est pas bien, c’est que ce n’est pas la fin. »
Bonne fin d’année à tous et tchin !


Commentaires
Desole “Yeti” mais ton optimisme est tres tres exagere .Au japon la droite dure pro nucleaire revient au pouvoir , en chine on prepare les futurs conflits avec tous ceux qui ne sont pas d’accord , en fRance on s’active pour coute que coute preparer une attaque contre la syrie et detourner les yeus des bovidés sans cervelle de la grande arnaque en cours, aux USA les libertariens sont en train de gagner la guerre contre leurs propres agneaux sous leurs applaudissements et en plus on nous prepare le ‘Grand marche transatlantique” pour bientot, enfin la liste est longue mais tu as raison: bonne année a tous car de toute facon on n’a pas le choix
@r2d2 :
Vois-tu, r2d2, je préfère prendre l’immense risque de me tromper avec mon optimisme et mes petits jeunes, que d’être sûr d’avoir raison sans rien foutre avec ton fatalisme (« on n’a pas le choix ») et ceux que tu appelles gentiment les « bovidés »
Chapeau pour cet optimisme! Même si le réveil début janvier picote, je souhaite que la rupture en cours soit une rupture réelle, et pas juste l’occasion de rebasculer vers “l’autre droite-plus à droite” croyant (!!) qu’elle nous sauvera…!
Personnellement, je les ai définitivement classés ni à gauche, ni à droite, mais “à l’est”. Oui, oui, si loin à l’ouest, qu’ils sont revenus à l’est… Juste ce qui me déplaît dans l’image, c’est qu’elle ne fait pas apparaître la dangerosité, la nocivité de “ces gens-là”. En tous cas, malheureusement, de quelque côté qu’ils s’égarent, tournant en rond, ils sont voués à revenir! Jeu de dupes.
L’heure est visiblement à une parenthèse enchantée (quelle énormité que cette suite historique de vert à la bourse!!!), festive. Elle le sera pour nous aussi, de notre côté, et pour une bonne raison: on y a droit, tout simplement.
Restera toujours dans un petit coin de tête “Font chier quand même!”
2013 me semble en effet devoir être une année pleine de promesses. Ce monde est déjà mort mais comme un canard à qui on a coupé la tête il continuera à courir un certain temps.
“Il n’est pas de force au monde qui puisse endiguer le flot révolutionnaire quand il monte, et toutes les polices du monde, quels que soient leur machiavélisme, leurs sciences et leurs crimes, sont à peu près impuissantes”.” Victor Serge
Bonne année à toi, tes proches et à tous les contributeurs.
Tu as raison de souligner le facteur NDL, Yeti. Tu n’y es peut-être pas allé, mais là sourd une vie autre, où avec toutes leurs différences dont ils ne se cachent pas, tous œuvrent dans un même sens, jeunes et vieux. Et avec un élan, un bonheur qui font plaisir à voir.
Dommage que Michel Tarin, un des “grands historiques”, soit frappé brutalement par une cruelle maladie.
@Le Yéti : Tiens, en passant, ce que tu dis m’a fait penser à ce que la gauche disait dans les années 70: il vaut mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron. Cela dit, comme Le Yéti, tous ces mouvements de lutte qui se dessinent, jeunes pour la plupart, me donnent des raisons d’espérer.
Un imposteur parmi tant d’autres ( nous avons basculé dans le monde de l’envers ) viole la voix si forte de René Char …
“… Certes, il faut écrire des poèmes, tracer avec de l’encre silencieuse la fureur et les sanglots de notre humeur mortelle, mais tout ne doit pas se borner là. Ce serait dérisoirement insuffisant. Je te recommande la prudence, la distance. Méfie-toi des fourmis satisfaites. Prends garde à ceux qui s’affirment rassurés parce qu’ils pactisent. Ce n’est pas toujours facile d’être intelligent et muet, contenu et révolté. Tu le sais mieux que personne. Regarde en attendant, tourner les dernières roues de La Sorgue. Mesure la longueur chantante de leur mousse. Calcule la résistance délabrée de leurs planches. Confie-toi à voix basse aux eaux sauvages que nous aimons. Ainsi tu seras préparé à la brutalité qui va commencer à s’afficher hardiment. Est-ce la porte de notre fin obscure, demandais-tu? Non. Nous sommes dans l’inconcevable, mais avec des repères éblouissants …”
”René Char / 1941 ” premier billet à Francis Curel “
”
et,
..”.” J’entrevois le jour où quelques hommes qui ne se croiront pas généreux et acquittés parce qu’ils auront réussi à chasser l’accablement et la soumission au mal des abords de leurs semblables en même temps qu’ils auront atteint et maîtrisé les puissances de chantage qui de toutes parts les bravaient, j’entrevois le jour où quelques hommes entreprendront sans ruse le voyage de l’énergie de l’univers. Et comme la fragilité et l’inquiétude s’alimentent de poésie, au retour il sera demandé à ces hauts voyageurs de vouloir bien se souvenir .”
R.Char/ “Eléments”/ 1945”à toutes les personnes en grande souffrance ( en particulier,à nos amis grecs ), et à tous ceux qui sont lucides, donc douloureux, voeux de force et de courage !
Avec du cœur - –
Nous savons bien que n ‘ aura lieu aucune fin du monde ni aucune ère nouvelle –
Nous savons bien que ce qui se dit aux sombres veillées de l ‘ hiver n ‘ est pas ce qui se fait aux jours riants de l ‘ été –
Que tous les animaux ne vivent pas en groupe –
Que tous les groupes n ‘ ont pas une hiérarchie de pouvoir –
Que le sens m^me du mot pouvoir n ‘ est pas celui-là –
Que tous les couples m^me , ne vivent pas de cette façon –
Nous savons aussi que tous les humains ne partagent pas notre façon de voir , ni de vivre , ni m^me d ‘ aimer – Ne les partageront jamais –
Il nous faut continuer de danser , de rire , de nous reconnaître , nous organiser –
La lutcha continua ! ! !
Je pense comme toi mon Yéti, ça bouge, ça fermente, ÇA va naître!!!
Bon, alors, quand ? Ça c’est pas écrit dans les livres! Il y aura du sang et des larmes, les “fourmis satisfaites” deviendront guerrières farouches, mais l’avenir est là, bien différent, et de cela je suis sûre!
À l’échelle d’une vie d’homme ? Peut-être pas, mais qu’est-ce qu’une vie d’homme face au temps de l’univers….
Résistance!!! Résistance!!!
T’as raison Yéti, l’espoir fait vivre mais les prochaines heures vont être dures. Maintenant que la connerie à définitivement investie les classes dirigeantes, c’est au tour des classes moyennes d’être gagrenées. Alors soit les classes populaires se rebellent, soit elles se résignent et sauve qui peut !
Optimisme mais vigilant !
L’austérité à la vaseline de gôche, ya basta ! …ou encore un peu dès fois que FH soit fin stratège contre la Finance, préparant secrètement une virage social et écologique à 180°… Ce n’est plus de l’optimisme, c’est du végétatif !
Allez un dernier exemple, histoire de terminer l’année sur un plat de… résistance :
Après les n renoncements sans livrer bataille, ou en dépit des rares engagements de campagne, le flirt contre nature avec le Medef, Mital et autres puissants, des 1/2 mesures (la dernières sur les banques !), histoire de ne rien trop changer pour que rien ne change, le report aux calendes grecques de lois majeures sur le droit de préemption des salariés en cas de licenciements boursiers, un entêtement ubuesque pour l’Ayrault Port de NDDL, une nouvelle RGGP de gauche appelée MAP etc, etc (liste non exhaustive), voici maintenant qu’ils évoquent (donc ils préparent déjà) une nouvelle réforme des… retraites !
On laisse faire ?
On attend et on reste bonasse car c’est un gouvernement de gauche ?
Ou on considère que la ligne rouge est franchie ?
Solidairement.
François
Les retraites encore plus déficitaires que prévu en 2017
Le Conseil d’orientation des retraites a aggravé de près de 3 milliards d’euros ses perspectives de déficit des régimes de retraites d’ici à la fin du quinquennat, dans un rapport approuvé mercredi.
Moscovici évoque une nouvelle réforme des retraites
Malgré la réforme de 2010, le déficit des régimes de retraite devrait atteindre 18,8 milliards d’euros en 2017, contre 14 milliards en 2011, estime le conseil d’orientation des retraites.
@Fjabin : Évidemment, plus il y aura de précaires, de chômeurs et de bas salaires exonérés de charges patronales, moins le régime de retraites aura de recettes. C’est d’une telle évidence ! Le salut passe par le seul moyen que se refuse le gouvernement : la relance ! Cela creuserait peut-être l’économie au départ, le temps que la machine se relance et que les plus nécessiteux réussissent à se procurer un nécessaire qu’ils ne peuvent même plus s’offrir. Mais bien sûr il faut raisonner sur plusieurs années, pas de mois en mois.
L’avenir, cher Yéti, je le vois assez simplement : crise énergétique d’ici quelques années entraînant une longue et profonde période de récession un peu partout dans le monde, sauf éventuellement dans les pays producteurs de gaz et de pétrole (pays de l’OPEP, Russie). Pas de révolution (qui la ferait ? les jeunes drogués à facebook et à youtube ? soyons sérieux ! la plupart des jeunes et des gens en général n’ont pas vraiment de culture politique), mais une abstention qui se renforcera et une radicalisation des rares votes (gauche -> extrême gauche et droite -> extrême droite) pour un duel dont l’issue me semble assez aléatoire et qui au fond n’aura que peu d’importance (enfin, sauf pour les étrangers), bref, quelque chose d’assez merdique.
Je souhaite bon courage aux générations futures.