Au tableau de chasse des émeutiers : Ben Ali, Moubarak, Kadhafi, excusez du peu ! Les ébranlés : Bahrein, Yémen. En cours : Syrie. Pétards (encore) mouillés : le Maroc, l’Algérie.

Des révolutions arabes inscrites sur la durée

Les révolutions arabes sont désormais suffisamment enracinées dans l’esprit de leurs participants pour être assimilées à des mouvements de fond de longue haleine. En témoigne la reprise virulente de la protestation sur la place Tahrir du Caire.

Il fut assez ahurissant de voir comment toutes les puissances déclinantes tentèrent de récupérer des mouvements qui leur échappaient.

Abandonnant sans façon leur pion Moubarak pour tenter de circonscrire le danger que les émeutiers de la place Tahrir faisaient courir sur Israël.

Sacrifiant leur cavalier Kadhafi pour sauver leur accès à ses puits de pétrole.

Regardant les  mouches voler en espérant que les soubresauts du Bahrein et du Yémen n’atteignent pas trop leurs protégés d’Arabie saoudite et autres pétro-potentats islamistes en diable.

L’avènement par les urnes de régimes ouvertement islamistes ? Il est assez piquant de voir des Occidentaux s’en effaroucher alors qu’ils restent obligeamment sous la férule d’un maître du monde prêtant avec ostentation serment sur la bible.

Le ferment des “indignés”

Ce que Stéphane Hessel n’avait pas prévu, c’était que certains allaient vraiment prendre au pied de la lettre son appel à l’indignation. Lui qui pensait que son cri allait être catalysé pépère par une candidature DSK à la présidentielle française de 2012 en fut pour ses frais.

DSK fut balayé par de privatives démangeaisons en-dessous de la ceinture et remplacé au pied levé dans la vraie actualité brulante — non, non, pas par l’insignifiant Hollande — mais par une bande de braillards exaspérés : les “indignados” espagnols pour commencer, puis leurs petits cousins grecs, américains

Il est notable de constater, à travers quelques sondages pourtant officiels, le soutien populaire accordé  par une bonne partie des populations à nos excités des places publiques. Simple procuration sans doute… mais en même temps reconnaissance d’un ferment possible pour l’avenir.

La routine de la “Grande perdition”

Parallèlement à ce que le microcosme abasourdi essayait de considérer comme des inconvenances aussi accidentelles que passagères, la crise de la “Grande perdition” poursuivait son insidieux travail de sape. Avec des maîtres du monde retranchés dans d’imbuvables et impuissants Gtrucs.

Les États-Unis, maîtres d’Empire en délicatesse, passaient plusieurs fois à côté du méchant couperet par une fuite en avant pathétique côté planche à billets.

L’Europe unie [rires] n’en finissait pas de se désagréger et de se déchirer sous le poids d’une dette devenue ridicule par excès.

Le Japon se nucléarisait sous les coups de boutoirs d’un tsunami pourtant prévisible.

Les fleurons émergents (Chine, Brésil, Inde…) commençaient à sérieusement voir leur croissance tousser. Et la bonne vieille lutte des classes reprendre quelques couleurs inédites en leur sein.

N’oublions pas non plus les perditions guerrières de nos matamores épuisés (Afghanistan, Irak, Pakistan…), à peine corrigées par quelques épisodiques victoires de façade (la mort de Ben Laden).

Oui, l’année 2011 fut bien celles des incongruités inattendues, mais aussi une année de transition dont l’issue ne peut encore être revendiquée par personne, surtout pas par les tenants confits d’un système moribond.

La suite palpitante au prochain numéro, croquignolet n’en doutons pas, celui de l’année 2012…