16 février 2013
Spéculation alimentaire : quatre banques françaises au piquet
par Le Yéti - La chose publique
Non, ça n’existe pas qu’ailleurs. L’association Oxfam France vient de publier un très intéressant rapport sur les banques françaises qui spéculent sur les produits alimentaires. Vous savez, cette pratique dégueulasse qui impacte sans vergogne la faim dans le monde. Quatre banques françaises au piquet !
Clara Jamart d’Oxfam France :
« Les banques françaises, au premier rang desquelles BNP Paribas, participent à l’insécurité alimentaire mondiale croissante en spéculant sur les marchés de matières premières agricoles.
Ces banques proposent à leurs clients des outils financiers destinés à parier sur la faim. Face aux conséquences des flambées des prix alimentaires à répétition, ces groupes doivent mettent fin à leurs activités de spéculation sur les matières premières agricoles. »
Selon ce rapport publié le 12 février 2013, elles étaient quatre à se partager en 2012 au moins 18 fonds permettant de spéculer sur les matières premières pour un montant d’au moins 2,5 milliards d’euros.
Si BNP Paribas se taille la part du lion avec 10 fonds pour une valeur de 1,4 milliard d’euros, trois autres enseignes ne sont pas en reste :
- Natixis ;
- Société Générale ;
- et Crédit Agricole.
Nombre de fonds indexés sur les matières premières (source Oxfam France)
Un phénomène qui s’aggrave depuis 2008
Oxfam France rappelle les conséquences désastreuses de ces pratiques spéculatives sur les prix alimentaires mondiaux : une augmentation de 83 % entre 2005 et 2008 avec un sinistre record pour le blé (+181 %).
Mais Clara Jamart trouve des raisons encore plus graves de s’alarmer :
« L’évolution des pratiques est inquiétante : c’est depuis la crise alimentaire de 2008 que la majorité des fonds permettant de spéculer sur les matières premières agricoles ont été créés en France.
Au niveau mondial, la tendance est la même : le montant total de ces fonds représentait 90 milliards de dollars en 2011, contre moins de 10 milliards en 2004. »
Et Clara Jamart d’en appeler à inscrire d’urgence ce problème dans la réforme bancaire en cours. Las, vu l’insipide copie rédigée par les banquiers, reprise à son compte par leur ministre Moscovici, et mise au vote des députés mardi 19 février, c’est plutôt mal parti.
Mais ne désespérons pas. Après tout, reste toujours aux citoyens responsables qu’à réguler les banques eux-mêmes d’autorité, non ? Holà, quelqu’un ?…
Aller plus loin
- Rapport Oxfam complet (pdf)
- Groupe Facebook “Régulons les banques nous-mêmes !”


Commentaires
Il faut se garder des visions simplistes concernant la faim dans le monde. Les prix agricoles nous paraissent élevés mais s’ils ne permettent pas à un petit agriculteur des pays du Sud de survivre et le poussent à l’exode rural, augmentant d’autant plus la dépendance de son pays aux importations, c’est que le prix est TROP BAS. Au lieu d’acheter les derniers joujous électroniques, l’alimentation doit redevenir un des postes principaux de dépenses y compris pour les occidentaux. Et cela participe à la disparition des emplois dans les pays occidentaux notamment ceux aux smics (les prix agricoles trop bas faussent le salaire “acceptable” dans les pays du Sud, augmentant le différentiel entre le Sud et le Nord et donc les délocalisations).
@lyly :
Simplisme, pourquoi ? La situation très précaire des petits agriculteurs du Sud est due aussi en grande partie à la spéculation malsaine. C’est cette spéculation qui concourt à augmenter les différences entre les prix bas payés aux producteurs et les prix exorbitants imposés aux consommateurs.
@ Lyly
Il y a pire. Les subventions accordées à l’agriculture par les pays occidentaux (Europe+USA), mais interdites par le FMI et l’OCDE aux petits états africains endettés. Et le poids des multinationales agroalimentaires, toutes ou quasi occidentales qui inondent les marchés locaux de produits à bas prix, face aux petits fermiers isolés, en Afrique ou ailleurs. Les petits producteurs ne peuvent soutenir cette concurrence
déloyalepardon, libre et non faussée.Autre chose, le prix payé par le consommateur n’a rien à voir avec celui obtenu par le producteur, ce dernier étant fixé par le marché mondial, c’est -à-dire imposé par les spéculateurs, et toujours fixé au plus bas, quel que soit le volume de la récolte ou de la demande.
Payer chaque année plus cher notre kilo de café n’enrichit pas le fermier africain, mais les multinationales distributrices et les
crapuleshonorables financiers qui ont spéculé sur son prix.(On peut essayer Oxfam et Max Havelaar, mais aujourd’hui, même là, j’ai des doutes :-(. Hélas!).
Oui et non, l’augmentation malsaine des prix dus aux spéculateurs ne rattrapent pas le prix qu’il faudrait de toute façon payer aux producteurs. Même si Leclerc se fait une belle marge, si on enlevait cette marge et qu’on la reversait aux producteurs (grosso modo j’arrive à trouver des paniers aux producteurs dans mon coin bio qui s’en sortent et je paye à peine plus cher que dans un hyper au final), les occidentaux geignent encore en oubliant les subventions colossales de la PAC. On a oublié le VRAI prix de la nourriture, cela doit redevenir un poste important de dépense. On ne paye pas de prix exorbitants.
Et si on voit émerger de plus en plus de la spéculation financière, la première spéculation qui touche notamment le riz qui est la céréale la plus importante au monde est le fait des intermédiaires stockeurs des pays asiatiques. Réguler la spéculation financière aidera juste les occidentaux à réguler le maïs et le blé et à se payer plus d’ipad, mais surement pas à réguler les problèmes en Afrique et en Asie.
@ Agnès, je sais tout cela :-), c’est un sujet très vaste et très complexe.Je suis assez investie sur le sujet, je n’ai pas une vision politiquement correct du sujet, je pense qu’il est CRIMINEL de rentrer dans le jeu “il faut baisser les prix pour nourrir l’Afrique” qui en fait ARRANGE bien les spéculateurs et les multinationales et les gros propriétaires terriens de ces pays pour qu’ils puissent imposer sous couvert de sauvetage l’industrialisation des terres arables du tiers-monde en esclavageant les ouvriers agricoles.
Pour moi il ne faut pas dénoncer des prix élevés parce qu’ils sont rémunérateurs, il faut dénoncer la répartition des profits. Un prix doit être rémunérateur aux producteurs et pour cela les occidentaux doivent accepter que leurs baguettes soient à 1,50 euros sans la PAC et la savourer.
Voilà désolée pour le pavé