15 février 2013
"Grande perdition" : l'austérité (ou la relance) pour que dalle
par Le Yéti - La politique
Oui, malgré les efforts de l’Insee pour “estimer” le contraire, la France était bien en récession en 2012. Et à peine un mois et demi après le début de l’exercice 2013, le gouvernement recule déjà sur son objectif de ramener “coûte que coûte” le déficit du pays à 3 %. La politique d’austérité, elle, demeure…
Ah, ils s’en donnent du mal pour donner un semblant de vie à leur économie moribonde. Mais peu à peu leurs ficelles craquent. Estimations de croissance révisées à la baisse les unes après les autres, croissance négative “plus forte que prévue” au 4e trimestre (0,3 %), PIB 2012 en stagnation… avant prochaines corrections !
Plus pire qu’estimé
Car toutes ces “estimations” seront bien sûr encore revues à la baisse comme cela a été systématiquement le cas depuis 2008. Ce qui fait que oui, aujourd’hui, la France est bien en récession, tout comme l’Allemagne au 4ème trimestre (-0,6 %) et toute la zone euro sur l’ensemble de l’année 2012).
Mais alors pourquoi maintenir cette politique d’austérité douloureuse puisque de toute façon cela n’arrangera rien, et même pire puisque il est désormais acquis que l’austérité est un remède pire que le mal (la dette, qui ne sera jamais remboursée) et qu’elle conduit au gouffre de la récession ?
« La France aura besoin d’un délai pour les 3 % », titre déjà une dépêche AFP, relayant la nouvelle antienne du gouvernement. Mais oui, c’est ça, en attendant la reprise promise comme d’habitude pour le second semestre 2013, ou pour 2014, ou pour la Saint-Glinglin !
Et passons, pour ne pas les ridiculiser davantage, sur le fait qu’un déficit réduit à 3 %, c’est toujours et encore de la dette supplémentaire, meurtrière par temps de croissance négative.
Aussi pire ailleurs
Il n’y a pas que la France et l’Europe à mordre la poussière. Le Japon affiche lui aussi des résultats en berne. Et coupons net l’enthousiasme des chantres de la relance à l’américaine : non, il n’y a pas de reprise significative aux États-Unis !
Pour Olivier Delamarche, chroniqueur sur BFM Business, les quelques points glanés au pays d’Obama relèvent du trompe-l’œil. Entièrement financés par les largesses monétaires artificielles de la Fed. Et assurés presque exclusivement par de la dépense publique menacée par le “fiscal cliff” et le plafond de la dette.
Olivier Delamarche sur BFM Business le 12 février 2013
Bref, ni politiques d’austérité, ni politiques de relance n’y peuvent désormais plus rien. Comme il est répété ici depuis au moins le 27 novembre 2008, « oubliez le démarreur, c’est la machine qu’il faut changer ».
Des mômes !
La machine, je veux dire le système, est mort depuis 2008. Depuis 2008, la machine, le système, vit sous perfusion, jetant de plus en plus de gens dans le chaos. Depuis 2008, rien, absolument rien ne s’est arrangé. Tout se délite à petit feu. Nous vivons en sursis, sous l’épée de Damoclès d’un choc systémique grave.
Il ne s’agit plus de s’opposer au système, de vouloir l’amender, mais de tout faire pour le remplacer. C’est toute la logique qu’il va falloir changer, en adopter une nouvelle, basée sur la gestion écologique et sociale des richesses disponibles. En sommes-nous capables ?
Vous verrez que des voix (majoritaires) s’élèveront encore contre ce raisonnement, s’accrocheront comme des forcenées aux derniers oripeaux des faux-semblants, nieront la réalité au nom du réalisme. Mais bon, c’est comme ça, faut faire avec.
Après tout, il nous restera toujours nos équipées guerrières pour donner le change à la dépression qui nous lamine. Des mômes ! L’économiste Jacques Sapir résume très bien la situation en reprenant à son compte un vieux refrain du chanteur Graeme Allwright :
« … on avait de l’eau jusqu’à la ceinture, et le vieux con nous dit d’avancer ! »
Aller plus loin
- Les chroniques d’Olivier Delamarche sur You Tube
- « …on avait de l’eau jusqu’à la ceinture, et le vieux con a dit d’avancer » (blog de Jacques Sapir)


Commentaires
C’est clair : désormais il faut repartir de zéro, oublier les notions de dette et de profit partout dans le monde, ce qui implique que toute l’épargne disparaît, que la notion de propriété au sens de possession, et non au sens d’usage, est sujette à caution, que la notion de multinationale n’a de ce fait plus de sens, que l’usine ou l’immeuble de bureaux appartient à ceux qui s’en servent puisque ce sont eux qui font tourner la boutique…
Cela va très loin ! Mais à situation exceptionnellement grave, les remèdes doivent être exceptionnels eux aussi. Il va falloir passer de consommation “forcée” par la production, à une production conduite par les besoins réels.
Ceux qui ne sont pas d’accord ? (il y en aura, au début beaucoup sans doute, puis moins) Il faudra bien que ceux qui ont compris la situation réelle expliquent, expliquent, expliquent toujours. C’est le système tout entier qui est vicié au-delà de toute appréhension tant les chiffres, démentiels, ne veulent plus rien dire.
Qui sait, même nous les plus anciens, déjà sortis de la chaîne productive actuelle, verrons-nous ce basculement à la fois nécessaire et d’envergure comparable seulement avec le fiasco actuel. Un chambardement auprès duquel la chute de l’empire romain ne sera que broutille.
@ Yeti
je ne suis pas un chantre de la décroissance , ni même un militant actif, mais leurs analyses , assez souvent divergentes , il faut le dire , m’intéressent !
En fait celui dont je me sens le plus proche est Paul Aries .
Tout ceci pour te dire que je pense pas qu’ils ont tout faux, encore moins qu’ils s’inscrivent dans la même logique . Ou alors j’ai loupé une étape !
On y arrive, on y arrive… y a bien un moment où le nombre de ceux qui ont compris que le problème n’est pas économique mais idéologique seront plus nombreux que ceux qui veulent à tout prix sauver ce système injuste et inhumain !
PS : content de voir les commentaires ré-ouverts
Après les soupirs et les sueurs…
[http://www.lejournaldepersonne.com/2013/02/lhomme-de-nantes/]
Il y a les pleurs
Une larme qui tombe par terre
Peut transformer le paradis en enfer.
Quand il s’agit de celui qui a atteint le paroxysme du verbe souffrir
De l’homme de Nantes qui a décidé d’en finir
C’est à lui que je dédie aujourd’hui tous mes délires
Mes frémissements, mes embrasements…
Le courage qu’il lui a fallu pour mettre fin à ses tourments
Il a dû songer à la Saint Valentin
Aux amours déçus de tous les pantins
Avant de s’immoler par le feu
Rien que pour demander l’heure à Dieu
“Éternité… Éternité”
L’éternité pour tout être qui assimile liberté et dignité
Jusqu’ici, ça va… au delà, rien ne va
C’est ça : la nouvelle Loi
Ce n’est pas au fond d’un lit qu’on atteint les sommets de la volupté
Mais au bord du gouffre creusé par notre société
Qui déclare faillite à tout moment
Toujours en cessation de paiements
Notre société est en liquidation judiciaire
Son pouvoir est reconnu partout déficitaire
Elle dépose le bilan… et devient tributaire
De l’irrationnel et du sensationnel
Parce qu’il n’y a aucun sauveur à l’horizon
L’homme de Nantes a enfin trouvé un emploi
Éveilleur de consciences endormies
@boluti23 : Idem, je trouve que tu tapes un peu trop fort sur les décroissants, le Yéti. Les décroissants sont très pertinents. C’est quand même eux qui ont été les premiers avec les écologistes historiques et de la première heure à dire que le système capitaliste et consumériste conduisait à la catastrophe. Je pense même que nous mettrons plus vite le système par terre si nous consommons moins, surtout des produits industriels en se rappropriant notre savoir faire pour être de nouveau libre et indépendant. En ce qui concerne, je suis en résistance, sachant que celle-ci me demande pas beaucoup d’effort pour mener une vie frugale seine et heureuse. Ce qui ne m’empêche pas, croyez-moi, de participer activement dans la radicalité militante. Dans quelques mois, que dis-je, dans quelques semaines la rue va être en ébullition. Partout, les gens en ont marre, partout, ils s’organisent.
On est d’accord. C’est la machine qu’il faut changer. Mais est-ce bien la peine d’attendre que ceux qui sont en mesure de prendre cette décision fassent enfin ce qui est bon pour le pays ? Hélâs, je crois que c’est maintenant qu’il faut commencer, chacun à son niveau, a penser et à faire les choses autrement.
Déjà en démonétisant le plus possible nos échanges, par exemple, ne gardant que le minimum incompressible pour traiter avec ceux qui vivent déjà dans le passé. Prenons exemple sur les visionnaires de NDL par exemple
Nos chers ($$$$) dirigeants pratiquent la méthode coué, ils savent qu’ils ne tiendront pas les objectifs, mais ils font comme si, car ils font dans leurs frocs à l’idée que les marchés pourraient perdre confiance dans leur gestion du pays.
Mauvais calcul, car l’austérité aggrave la situation économique, et les marchés finiront de toute façon par sanctionner une gestion imbécile qui conduit à la récession.
Et ils auront tout faux, et nous, nous paieront les pots cassés, comme d’habitude. Il suffit de voir le sort des pauvres grecs.
‘Errare humanum est, perseverare diabolicum”
Ah, si l’astéroïde 2012DA14 pouvait tomber sur Wall Street, ou la City…
Mais on ne peut le souhaiter, car il y aurait trop de dégâts collatéraux alentour. Ceci dit la nouvelle crise économico-financière qui couve, risque de produire infiniment plus de dégâts sur la planète que cet astéroïde de 135 000 tonnes et de 45 mètres.
@Le Prévert @boluti23 :
Vous avez raison tous les deux. J’y suis allé un peu fort sur les décroissants. D’ailleurs, tenez, je viens de modifier le passage concerné.
Mais ce n’est pas sur les décroissants que je tapais, c’est sur la logique et les rejets (décroissance = retour en arrière) induits par cette appellation dans l’esprit du grand public.
Il est grand temps, je pense, d’impulser l’idée d’une nouvelle logique tout à fait nouvelle dans l’esprit des gens. Les décontaminer de ces idées de croissance, de compétitivité… Alors ok pour la politique proposée par les décroissants, mais sans leur appellation qui prête à confusion.
Bon , c ’ est un peu hors-sujet , mais je vous le donne qud m^me :
2 ptits blackos africains aussi squelettiques l ’ un que l ’ autre commentent l ’ actualité
- il paraît qu ’ en Europe ils ont été obligés de manger du cheval au lieu de boeuf
- Oh , les pauvres !
@Le Yéti :
Je préfère pour ma part la “sobriété heureuse” de Pierre Rabhi.