23 janvier 2010
UN HOPITAL PRIVÉ D'URGENCES POUR CAUSE DE "LOYER TROP CHER"
Ils ont mis le temps, mais ils y sont arrivés. Depuis quelques mois, un nouveau centre hospitalier flambant neuf a vu le jour à Cricqueboeuf, dans le Calvados, entre les villes de Honfleur, de Deauville-Trouville et de Pont l’Évêque. Mais sans service des urgences ouvert à ce jour !
Passons sur le choix du lieu qui fut prétexte à d’intenses controverses entre les villes principales soucieuses chacune de s’approprier le gâteau.
Un hôpital perdu en rase campagne
Après bien des polémiques et moult recours en justice, nos autorités s’accordèrent enfin cahin-caha pour un lieu à mi-distance de leurs pôles urbains, mais perdu sur un plateau en rase campagne et loin de toute desserte par les transports en communs.
À l’heure qu’il est, l’abribus bâti à l’entrée de notre valeureux centre hospitalier de la Côte Fleurie n’a d’ailleurs toujours pas reçu la moindre visite d’un autobus de la compagnie régulière du coin. Le Conseil Général, nous dit-on, “étudie le dossier”.
Mais il y a mieux (ou pire, c’est selon) : au jour d’aujourd’hui le centre hospitalier en question ne dispose toujours pas d’un service des urgences. Déjà reportée à de nombreuses reprises, son ouverture vient à nouveau d’être repoussée au printemps. Ou aux calendes grecques.
Les explications officielles naviguent bien évidemment sur les hautes sphères des raisons techniques et déontologiques que nul n’oserait remettre en cause.
« Il n’est pas question de faire du bricolage », clame Michel Lamarre, maire de Honfleur, dans l’hebdomadaire local Le Pays d’Auge. ”« Ceci dans l’intérêt de la population qui a le droit d’avoir un pôle de santé et un service d’urgence digne de ce nom. »»
Les urgences, victimes des prix de l’immobilier
La réalité est pourtant beaucoup plus prosaïque. C’est que notre fleuron dernier-né de la médecine triomphante et de la santé des citoyens est un compromis hasardeux entre le public (qui y a lâché quelques 45 millions d’euros) et le privé (qui compte déjà les sous qu’il pourra en tirer).
À l’hôpital de Cricqueboeuf, la gestion des urgences a ainsi été confiée au public. Mais le service en question appartient au privé ! Qui fixe le loyer. Et c’est là que le bât blesse, vu les sommes astronomiques demandées.
« Plusieurs dizaines de milliers d’euros par an », soupire Jean-Pierre Coll, directeur de l’hôpital, à propos du service des urgences. Et de surenchérir lui aussi à tout hasard dans le lieu commun et la langue de bois : « Dans l’intérêt de la population, il est nécessaire de garantir un service d’urgence de qualité. »
En attendant, dans l’intérêt bien compris de certains sans doute, mais certes pas des patients et de leurs visiteurs, les tractations immobilières de basse volée s’éternisent.
Et les estropiés des environs, ignorant qu’un si moderne endroit puisse manquer d’un tel service de première nécessité, continuent de rappliquer en toute innocence… pour être ré-expédiés illico, quel que soit leur état, vers les ex-centres de Honfleur et Deauville, maintenus sous perfusion pour combler le manque.

Commentaires
Je vous lis à chaque billet et j’apprécie beaucoup votre blog mais là, trop c’est trop : “au jour d’aujourd’hui” ne se dit pas et s’écrit encore moins
Un fidèle lecteur de Haute-Normandie toute proche.
@ jameswest
Si, si, “au jour d’aujourd’hui” se dit bien dans le langage courant (je l’ai entendu). Et maintenant ça s’écrit puisque je l’ai fait
Mieux vaut être riche, beau et bien portant que………
Dans mon coin (Bretagne nord) il me semble recenser presque autant de funérariums que de rond point….
Je sors…
Bonjour,
Permettez-moi de trouver votre billet plutôt soupçonneux quant à la l’honorabilité d’investisseurs privés dans le domaine de la santé publique et de “votre” hôpital en particulier!
Perfide même… car vous laissez sous-entendre que les
clientsmalades sont considérés par ces zélés philantropes comme… valeur marchande!Encore, vous signalez qu’aucun moyen de transport en commun ne dessert l’endroit alors qu’un bel abri-bus écolo (tout en bois) y trône.
Mais… Mr. Yéti, vous savez parfaitement que les pélerins sont arrivés à Fatima sur les genoux… alors, pourquoi
la clientèleles souffreteux ne se rendraient-ils pas à l’hôpital à cloche-pied?D’ailleurs, chacun reconnait l’importance d’exercices physiques pour retrouver la forme!
Vous êtes victime d’un infarctus du myocarde; allez à l’hôpital en courant, amputé des deux jambes; prenez le chemin en rampant etc…
De quoi y arriver guéri sans couter un cent à la sécu! Parole de C.Lagarde.
Cependant, pointer élégamment le sérieux des propos rassurants de “votre” édile comme vous le faites… témoigne de la confiance que vous lui accordez pour qu’il trouve une noble sortie à “votre” problème.
De mauvaises fréquentations m’autorisent de temps à autres à rencontrer ce genre d’individu.
Je suis donc, comme vous, persuadé, qu’il trouvera l’estimable compromis avec l’actionnaire majoritaire, susceptible d’aménager ce service des urgences appelé de vos voeux.
En effet, rien de mieux que l’adapter en pseudo maison de retraite d’urgence temporaire médicalisée, comme sont de plus en plus arrangés des hôpitaux de campagne.
Ainsi, Mr. Lamarre satisfairait les Vieux encore capables de voter, leurs familles enfin débarrassées reconnaissantes les jours d’élections, les administrés émus par cette si généreuse solution, Mr.Coll pourrait acquitter les faramineux loyers tout en visant une éventuelle promo en regard du sérieux de sa gestion.
Huuum!!! Ces réformes pour
privatisermoderniser nos services admnistratifs, nos acquis sociaux dans l’indifférence générale… c’est bon…!LE PPP
Pour info, l’hôpital de Cricqueboeuf, comme beaucoup d’entreprise publique est placée sous le régime dit du PPP (Partenariat Public Privé)
Plixp, commentateur du même billet sur Rue89, explique :
« Le promoteur vend un lot complet: construction, gestion, entretien etc… Du béton à la bouffe en passant par la serpillère, tout cela est privé.
Je vous raconte pas les enjeux financiers de telles opérations. Cela existe depuis 2004, je crois. Quant aux magouilles on saura plus tard.
Le nombre d’équipements qui sont désormais réalisés sous cette forme est largement au-delà de l’imaginable: lycées, restauration centrale, prisons…
Dans le domaine du bâtiment c’est une des pires choses qui ai pu arriver aux PME qui ne peuvent se placer sur ces marchés. »
Flixp donne aussi un lien pour en savoir plus:
http://www.ppp.minefi.gouv.fr