RETRAITE : UNE LOGIQUE DE RÉFLEXION RÉVOLUE ET DES ACTEURS À ŒILLÈRES

Tout est en place : un constat d’un simplisme accablant (l’allongement de la durée de vie), un ultime rapport alarmiste opportun (manquerait de 70 à 100 milliards d’euros pour payer les retraites en 2050), une conclusion sur laquelle il ne reste plus qu’à s’entendre (l’allongement de la durée des cotisations). Le nouveau volet de désagrégation sociale peut s’ouvrir : la “réforme“ (sic) des retraites.

Une simple étude montre pourtant que la base de réflexion est vérolée d’avance. Et que tous les acteurs officiels du grand débat arborent déjà (volontairement) de resplendissantes œillères de circonstances.

Une réforme qui s’appuie sur une société de plein-emploi obsolète

La société de plein-emploi sur laquelle s’appuie cette future réforme a disparu de nos horizons depuis les années soixante-dix.

Aucune des sociétés leaders du bloc occidental n’a été en mesure, lors de ces trente dernières Foireuses, de fournir un emploi décent à l’ensemble de ces citoyens. Pas même, quoiqu’ils aient voulu le faire croire, la Grande-Bretagne ou les États-Unis d’Amérique.

Qu’on soit bien clair : nous appelons ici société de plein-emploi, une collectivité nationale où chaque individu peut vivre décemment d’un travail. Pas celles où le nombre de citoyens en dessous du seuil de pauvreté augmente de façon exponentielle, pas celle où règne la précarité, ni où fleurissent les travailleurs sans le sou.

Non seulement, la société de plein-emploi est obsolète, mais elle ne reviendra pas. D’une part, parce que les progrès techniques la rendent inutile. D’autre part, parce que le principe même de la mondialisation (et de ses délocalisations forcenées) finit de la condamner.

Une parcellisation sournoise et excluante du problème

En affichant (avec plus ou moins de circonvolutions gênées aux entournures) leur volonté résignée d’allonger la seule durée de cotisations sociales pour résoudre le problème des retraites, nos “élites” dirigeantes manifestent clairement leurs intentions de faire payer au seul travail la résolution du problème.

Quid des revenus du patrimoine ? des revenus financiers ? des magots planqués dans les paradis fiscaux ou dans les banques obscures à secrets ? Allez voir ailleurs, les gars ! Ici c’est chasse gardée et piège tabou à tous les bosquets.

Pire, à côté de cette “exclusion dorée”, il y a celle qui frappe l’autre extrémité de l’échelle sociale, celle des bas-fonds du chômage et du désœuvrement.

Même aux conditions actuelles, dites-moi donc combien de jeunes de moins de vingt-cinq ans aujourd’hui auront suffisamment cotisé, venu l’âge chenu, pour toucher une retraite pleine et entière (je n’ose parler de ceux des cités-ghettos où le taux d’inactivité est à deux gros chiffres) ? Combien de femmes, et même d’hommes, au parcours professionnel sans raté tout au long de ces trente dernières années ?

Des acteurs sciemment complices

Stupidité ? Résignation hypocrite ? Volonté commune de protéger leur bateau moyennant quelques atermoiements de façade ? Les acteurs de la réforme en cours, syndicats, politiques ou représentants patronaux servent tous sans complexe la même soupe.

Il faut voir avec quelle torve ingéniosité, syndicats confits et opposition politique officielle ont déjà commencé à essayer de faire passer l’aigre pilule du principe d’allongement de la durée du travail.

Et il est piquant d’entendre les représentants patronaux clamer main sur le cœur que ces prolongations sont inévitables… quand ils n’ont de cesse de virer leurs salariés à peine passée la cinquantaine.

Non seulement, la réforme des retraites telle qu’elle est présentement menée ne résoudra rien au problème, mais elle renforcera la montée galopante des inégalités, et entérinera joyeusement les exclusions. Une véritable nouvelle bombe à retardement sociale.

Alors quoi, la Grande Crise, qu’est-ce que tu en penses, toi, de ces agissements aussi sournois que bêtement suicidaires ? Tu ricanes ? Tu peux.