RÉGIONALES : L'ABSTENTION PASSE AU PREMIER TOUR (53,6%)

Tous de pérorer sur leur victoire(PS, Europe Ecologie) ou de relativiser l’affront de leur défaite (UMP, Modem). Pourtant le grand, et inquiétant, vainqueur de ce premier tour des élections régionales est une nouvelle fois, et de loin, le parti des abstentionnistes : 53,6 % du total des inscrits (source : ministère de l’Intérieur).

L’impression de malaise est évacuée d’un geste dédaigneux par le clan peau de chagrin des “votants” : qui ne dit mot consent ! c’est parce que les Français sont moins motivés par la nature de ce scrutin !

Les unes de nos médias relèguent le fâcheux événement en second rang et glosent à l’envie sur la signification des seuls suffrages exprimés : « le PS en tête, l’UMP enfoncé » (Rue89), « succès de la gauche, sursaut du FN » (lemonde.fr).

Une désaffection historiquement grandissante

La situation est pourtant loin d’être aussi claire et révèle de la part de nos élites et de nombre des commentateurs autorisés une vision à œillères bien commode, et très tendance de ces temps de crise : d’abord, sauver les apparences.

Mais le résultat est sans appel :

Abstention : 53,6%
PS : 13,59%
UMP : 12,11%
Europe Ecologie : 5,75%
FN : 5,43%
Front de Gauche : 2,61%
Modem : 1,99%
NPA : 1,09%

Le “qui ne dit mot consent” peut à la rigueur s’appliquer à la frange irrépressible des indécrottables “pêcheurs à la ligne” (une trentaine de pourcent). Beaucoup moins quand cette frange va grandissante et devient inhabituellement majoritaire.

Peut-on qualifier de simple indifférence ceux qui s’exprimaient auparavant et restent chez eux en ces temps de crise aigüe ? Alors qu’ils avaient tout loisir de donner un “signe fort de mécontentement”. Et dont une grande partie se recrute dans les milieux les plus défavorisés (ouvriers, chômeurs, banlieues sinistrées…)

L’argument de la nature du scrutin (les régionales dont “les Français” peineraient à saisir les enjeux) est balayé par la comparaison historique : en 2004, l’abstention au premier tour des précédentes régionales n’étaient que de 37,88%.

L’isoloir n’est pas le seul lieu d’expression

Après le coup de semonce des dernières européennes (abstention : 59,4%), et le constat d’une évolution historique de plus en plus marquée par le refus de voter (la participation exceptionnelle des présidentielles 2007 relève à l’analyse plus de l’exception que de cette évolution générale des choses), il eut été préférable de se pencher un peu plus sérieusement sur les raisons de cette désaffection du “corps électoral”.

Ce qui apparaît pour le moins, c’est que le fossé va grandissant entre une désormais minorité élitiste à la bonne conscience étriquée qui fait comme si, et une population lasse, de plus en plus écœurée par la réponse des politiques à la nature des évènements qui la frappent de plein fouet.

D’aucuns auraient tort d’oublier que l’isoloir n’est pas le seul lieu d’expression.