13 janvier 2010
PLUS PRÈS D'AILLEURS
Un petit rafraîchissement en passant.
Elle, je l’ai connue haute comme trois pommes, copine de maternelle avec ma fille aînée. Je l’ai vue grandir, devenir adulte, hésiter, se cogner à quelques murs existentiels. Et puis un jour, elle est partie. En voyage. Avec lui que je ne connais pas, mais c’est tout comme.
Le présent s’impose, car au moment où sont écrites ces lignes, ils y sont encore. Ne parlent pas de date de retour.
Jaipur, Darjeeling, Pokhara, golfe du Siam, Kohchang, Mandalay, le lac Inle… Des noms étranges pour des contrées qui ne le sont pas moins : Inde, Rajasthan, Népal, Thaïlande, Birmanie…
Ils tiennent la chronique photographique de leur périple au jour le jour (enfin, quand ils trouvent un point Internet), sur un blog au titre évocateur : Plus près d’ailleurs. Les images sont magnifiques, invitent à la visite. Et illustrent à elles seules la qualité des deux voyageurs.
Une aventure à la portée de tous ceux qui refusent de se laisser gâcher la vie
Ceux-là se fondent aux mondes qu’ils traversent, restituent leurs beautés. La misère, les drames, les injustices du sort ou des hommes sont transcendés par des paysages somptueux, des monuments grandioses et le chatoiement des couleurs dont les gens de là-bas parent leur quotidien.
Pourquoi est-ce que je vous parle de tout ça ? Sans doute un besoin d’air frais. Eux n’ont rien à vendre, rien à intimer, ne demandent rien, n’ont aucun record à battre ou exploit à faire valoir.
D’ailleurs, ce n’est pas vraiment d’eux dont il est question ici. Mais plutôt de l’exemplarité de leur aventure.
Ils ne roulent pas sur l’or (elle, aide bibliothécaire en vacance prolongée de poste ; lui, assistant d’architecte au chômage), se débrouillent selon leurs moyens, se contentent de peu, assurent la nourriture, l’hébergement. Se déplacent en autobus bringuebalants, en trains chaotiques, à pied.
En fait, ils sont juste comme vous et moi. Et chacun d’entre nous pourrait être eux, s’il le voulait.
Ces deux-là, avec leurs trois francs six sous en poche et leurs millions de petites fleurs dans les yeux, sont une si jolie petite brise vivifiante dans ce monde asphyxié.
Respirons.

Commentaires
Merci ! Ca fait du bien de voir ces photos ! Surtout que je connais déjà un peu l’Inde : Udaipur, Jaipur, Pushkar… Je me demande souvent si je n’ai pas rêvé ce voyage. Pourtant, c’était il y a que 2 ans… P…in, 2 ans !
Tu dis qu’on pourrait tous faire comme eux, mais tu sais bien que c’est pas forcément possible pour tout le monde.
Quoique… T’as raison, je pars demain !
Un étudiant de 19 ans, fidèle lecteur et grand déprimé de ce monde qui ne lui réserve pas d’avenir.
En tout cas pas ici, j’irais donc voir… ailleurs !
C’est étrange, j’ai cette envie de partir depuis un bon moment et hier soir des amis essayaient de me convaincre qu’il fallait le faire absolument malgré la peur de quitter son cocon mais aussi les rails du bac-études-boulot-carrière… Ton article tombe à pique.
Une étudiante de 19ans, fidèle lectrice, déprimée par l’ambiance d’ici.
On se barre ensemble, Raphaëlle ?
B’jour à tutti,
Yéti, tu as l’art de sortir des chemins balisés au moment où personne ne l’attend. Bien t’en prend ami. Cet article m’évoque la période, longue (12 ans), durant laquelle je suis parti moi aussi savoir qui étaient celles et ceux qui habitaient là-bas, ailleurs. En Australie, en Afrique (Sénégal, Mali, Burkina Faso), au Mexique, au Canada, aux Etats-Unis (San Francisco), en Europe (Belgique, Hollande, Italie, Grèce), Malaisie, Indonésie… je me suis mis en disponibilité, entendre par là que mon esprit voyageait avant même de partir et que mon désir de connaître cet autre était toujours plus fort que le plus beau des catalogues rutilants. J’en ai gardé beaucoup de souvenirs humains. De ces rencontres qui ne calculaient ni le temps, ni l’argent, ni la taille, ni le poids, ni la couleur, j’ai gardé le regard intense, la parole authentique, les moments de rire comme les galères (il y en a eu) qui aujourd’hui encore me titillent quotidiennement. Car après ces voyages, avec des amis ou en solitaire, c’est d’un autre voyage que j’ai eu la chance de vivre pleinement : mes filles. Autre voyage, autres histoires passionnantes. Je ne désespère pas un jour de partir avec elle et Aude mon épouse, histoire qu’elles aient du monde une toute autre image que celles colportés par les marchands de tout acabit.
@ Youri et Raphaëlle
C’est drôle mais vos réponses coïncident en tous points ! Peut-être, sans autre aspiration qu’un hasard qui n’en serait peut être pas un, vos chemins vers ces ailleurs pourraient très bien commencer ici sur le blog du Yéti, pour s’acheminer après conjointement dans leurs réalités.
A tutti, très cordialement
Luigi
Aventure très sympathique que j’applaudis des deux mains. Mais il est faux de dire, par modestie sans doute: “Et chacun d’entre nous pourrait être eux, s’il le voulait.”, car les longs voyages exigent bien plus de qualité(s) et de savoir faire qu’on ne l’imagine. C’est donc des félicitations qu’il faut adresser à ces jeunes gens, en soulignant que tout le monde n’est pas capable d’en faire autant.
@ crapaud rouge
Tu as raison. J’aurais dû être plus précis : tout le monde a “la possibilité” d’une telle aventure ; mais tout le monde “n’est pas capable” de la mener à bien.
“Tout le monde a “la possibilité” d’une telle aventure ; mais tout le monde “n’est pas capable” de la mener à bien. “
Ah bon ? Meme un ouvrier en batiment avec deux enfants en bas age ? qui ne parle pas anglais, parce qu’il n’a pas eu la chance d’avoir des parents qui s’assuraient qu’ils fasse de bonnes etudes bourgeoises ? et qui, en plus, n’aurait jamais eu une telle idee, parce qu’il n’a pas ete eduque a l’idee que “voyager c’est bien, ca ouvre plus l’esprit que le PMU” ? Ca te dit quelque chose “Les Heritiers” de Bourdieu ? (ah, et rajoute “La Distinction”)
Super, ils font un beau voyage en Inde. Ils n’ont pas le sou (romantique, ca), a peu pres autant que Carla Bruni est de gauche.
Lui qui a fait des etudes (archi !), elle… aussi. Et puis ils font un voyage en Inde. Alors il y a aussi ceux qui font un voyage dans la pauvrete en France, qui “se débrouillent selon leurs moyens, se contentent de peu, assurent la nourriture, l’hébergement” parfois dans une bagnole.
Desole pour le ton aggressif, j’aime bien ton blog, mais la c’est un peu dur. Faudrait eviter de devenir un televangeliste bobo (mes freres, mes soeurs prions pour ces jeunes partis a l’aventure). Ca m’agace peut etre aussi parce que j’en connais un paquet d’etudiants qui se presentent comme des victimes parce qu’ils ne recoivent pas toutes les prebendes qui leurs sont dues de par leur naissance, et qui font des voyages en Inde. Oui, en Inde, tres exactement. C’est tres a la mode figure toi. Alors non, la je ne marche pas…
Voyager en train ou en bus, surtout si le voyage dure plusieurs heures voire plusieurs jours, est un excellent moyen de connaître un pays et ses habitants. J’en fais l’expérience à chaque fois que je vais en Ukraine :
…L’Ukraine, encore. Mais une autre année. La compagnie à bas prix qui nous y transbahute en deux jours pleins a baissé aussi ses prestations : les chauffeurs chauffent surtout leur sièges, plus de thé-café à la cantonade, et les inopérantes commodités incommo-deraient les nez les plus bouchés. Et comme la convivialité depuis le départ se borne aux gens qui se connaissent, je m’ennuie.
Ça va se dégeler par la grâce involontaire (et peu gracieuse) d’un monstre de pas cinq ans monté à Metz avec sa mère. Il commence fort en sommant les gens du fond de faire comme lui ne fera jamais : parler plus bas. Sourires discrets, alentour, et ces passagers pour-tant peu volubiles ne lui en voudront pas, qui deviendront ensuite ses fournisseurs attitrés en caries dentaires. Et il continue à gêner de toutes les façons malgré sa mère, inapte à calmer cet ouragan couleur de prune. Les sourires se raréfient.
Tant qu’au bout de quelques heures, à une halte en Pologne, je finis par discrètement offrir à la dame mes services de conteur pour enfants (prof un jour, prof toujours). Elle bafouille un refus – mais après une heure m’appelle au secours sous une énième poussée du geyser. Ça marche, cahin-caha car le temps a un peu grippé mon moulin à contes. Monstro s’apaise rapidement, et se convertit ensuite en silencieux monteur de Legos. J’ai un œil au plastique, car il m’a élu conseiller technique, et une oreille à la maman, qui veut me remercier ; mais d’un coup craque pour livrer en vrac à ses voisins de sièges sa vie cassée, cassée comme sa jambe droite, cadeau de ce que seule la loi appelle mari, au vrai une brute perverse, vulgaire et méprisante (mentirait-elle à qui ne la reverra jamais ?) qu’épuisée elle fuit pour deux mois de repos dans sa famille à Kiev. Nous sommes alors plusieurs à la sou-tenir, à lui dire qu’elle a raison de vouloir le quitter, qu’elle est en train de se battre, pour elle, pour son fils, pour que Mini-Macho ne devienne pas le clone de son père tant déjà il la rudoie du haut de ses pas cinq ans.
Puis celui qui est redevenu un enfant s’endort, la tête contre moi. J’en informe aussitôt la maman, qui l’allonge délicatement sur la banquette. Je rejoins ma place. Autour, tout dort, bientôt c’est elle. Et je revois alors sa gène du début, je comprends son impuissance à dompter le fauve, sa quasi-fuite quand pour plaisanter je lui avais dit, à l’étape précédant celle de l’offre, que son fils ferait un bon gendarme.
Madame, avant de quitter ce car enfin chaud malgré le noir opaque de la nuit ukrainienne, je vous ai en tout honneur bisé à la mode de Bretagne : deux aller-retours sur les joues (plus un bisou au front du volcan qui a eu la bonne idée de rester éteint.) Bien petit geste pour dire, en notre nom à tous, que vous n’étiez pas seule dans votre lutte. Aura-t-il servi ? La suite aura-t-elle fini par vous donner une vie plus digne ?
Je paierais cher pour avoir la réponse.
@ Leo
Pour info, une “aide” bibliothécaire n’a pas le diplôme de “bibliothécaire”, ni même celui “d’assistante”. De même qu’un assistant dans un cabinet d’architecte, n’est pas un architecte.
Pour le reste, puisque tu dis ce que tu penses de mon billet, je vais faire de même pour ton commentaire : je ne le trouve pas tant agressif qu’étriqué et pleurnichard (le coup de l‘“ouvrier en batiment avec deux enfants en bas age”, faut le faire ! Pourquoi pas séropositif par dessus le marché !).
Et qu’est-ce que c’est que ces manières de juger de l’éducation (“bourgeoise”) de gens que tu ne connais pas ? Qu’est-ce que c’est que ce salmigondis sur le PMU, Bourdieu, Carla Bruni et les “televangelistes bobos” ?
Il n’y a que les “voyages dans la pauvreté” pour avoir de valeur à tes yeux ?
Une dernière chose : quand tu te lances dans ce genre de commentaire grandiloquent et assez déplaisant, rappelle-toi que c’est d’êtres humains dont tu parles, que comme toi, ils font ce qu’ils peuvent, que ce n’est pas de simples échantillons sociologiques pour démonstration politico-moralisatrice.
@Yeti
Peut-être que je me trompe, mais je vois dans le commentaire de Leo un peu plus que ce que tu veux bien en retenir. Ou du moins, j’y trouve un écho à l’une de mes propres réflexions, qui consiste à être tout à fait sceptique quant aux discours qui semblent faire l’apologie du nomadisme.
Il me semble en effet qu’une telle posture soit décelable notamment chez les chantres de “l’économie moderne” - on nous explique en long et en large la nécessité d’être mobiles - ce qui n’est déjà pas très engageant - à mon sens en tout cas - et que d’un point de vue anthropologique il s’agisse d’une régression formidable - la sédentarisation humaine est un phénomène vieux de 10 000 ans, tout de même.
Je suis un sédentaire qui aime l’être. Je suis sans doute capable d’aller voir ailleurs, mais je n’en ai pas la moindre envie, et je ne trouve pas spécialement agréable qu’on se permette de me juger négativement sur ce seul critère.
Lorsque tu évoques “l’exemplarité de cette aventure”, je suis tenté de te répondre qu’au contraire l’individu exemplaire, c’est peut-être celui qui accepte de ne pas vivre l’aventure, justement…
Accessoirement, n’est-il pas ironique d’invoquer “un besoin d’air frais” lorsqu’on évoque un des pays parmi les plus pollués au monde? (là je te le concède, c’est juste du mauvais esprit)
Bref, ni convaincu, ni dans le besoin de l’être, merci bien.
« Il y a une règle générale en biologie, les espèces migratrices sont moins “agressives” que les sédentaires »
(Bruce Chatwin, Le Chant des pistes)
« Dans les régions où l’abondance est assurée, les animaux sédentaires jalonnent leur territoire et le défendent en manifestant ouvertement leur agressivité »
(John Wien, spécialiste en oiseaux chanteurs migrateurs)
(Le Yéti, voyageur à domicile)
“il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages”
Sagesse populaire
B’jour à tutti,
@Léo et Dissonance
Je ne comprends pas ce procès d’intention. Léo que vient faire la bourgeoisie et les bobos vis à vis du voyage ? Lorsque j’ai voyagé durant 12 ans, je gagnais très moyennement ma vie. Mais j’avais fait le choix avec ces clopinettes là de privilégier le voyage plutôt que la télé ou je ne sais quoi encore de consommable ou tendance, ou conforme au statut social. Après, tout reste subjectif. Dissonance dit qu’il aime l’immobilité. Mais même dans ce cas elle n’est pas dénuée de contacts et de curiosité. Faut arrêter de se flageller. Que les deux jeunes dont parle le Yéti y puisent une multitude de plaisirs et d’échanges est plutôt de bon augure face à la morbide fatalité de nos sociétés qui s’acheminent si nous ne réagissons pas vers un nouveau féodalisme. Là il ne sera plus question de bourgeoisie, de bobos, mais de seigneurs et de leurs serfs. Pour ma part, les expériences que j’ai tirées de mes voyages sont encore prégnantes et j’espère bien le communiquer à mes filles. Et si d’aventure elles décident un jour d’aller voir comment c’est là-bas et bien je les encouragerais.
Bien à vous tutti
Luigi
Je vais sur nombre de sites de voyageurs comme les amis du Yeti. Beaucoup emmènent leurs enfants. La majorité d’entre eux sont des gens curieux, modestes, qui partent avec des questions et non des réponses. Qui font leur possible pour perturber le moins possible les écosystèmes où ils passent.
Les seuls qui m’aient déplu furent une famille dont les parents s’indignaient qu’on les ait mal reçus dans une tribu isolée en Ethiopie. J’avais voulu leur écrire pour leur demander s’ils trouveraient bon que des étrangers débarquent chez eux au moment où ils font des grillades dans leur jardin. Et puis j’avais laissé tomber…
Le nomadisme, ça a du bon. Vous avez l’air de quoi avec votre maison achetée à crédit si le chômdu, un aéroport ou le TGV passent dessus.
Procès d’intentions? Hola hola, Luigi, ne nous emballons pas…
Une petite chansonnette fera peut-être mieux passer le point de vue que je défends qu’un long post:
http://www.dailymotion.com/video/xb…
“je retourne en arrière”
La chanson réac par excellence !
PS : si vous passez par ici, Julie, Julien, oubliez le fil assez navrant de ces commentaires et retournez à votre émerveillement.
Les “sédentaires” de passage ici sont plus préoccupés de parler d’eux-mêmes que d’écouter les autres comme vous. Bon voyage, les amis !.
Hébé… Une chanson qui suggère simplement d’apprendre à se contenter de ce qu’on a, c’est réac maintenant?
Là je dois dire que je suis choqué de la violence des réactions que mes posts suscitent, d’autant que pour une fois, je n’étais pas particulièrement virulent.
Déçu.
Bon alors je vais preciser mon message. Je n’ai bien sur rien de personnel contre ces deux jeunes gens qui voyagent, grand bien leur en fasse. Par contre, tu sembles avoir compris que “tout le monde” ne peut en faire autant. De plus sache que quand je parle d’ouvrier en batiment avec deux enfants en bas age je vais reference a une personne particuliere qui nous a quittes il y a quatre mois, tombe depuis un echaffaudage, parce qu‘“il n’avait pas respecte les consignes de securite”, consignes que personne ne respecte, de toute facon, parce que ca fait diminuer la cadence. Du coup, le persiflage “et pourquoi pas seropositif pendant que tu y es ?” est de mauvais gout, mais tu ne pouvais pas savoir.
Mon probleme ce n’est pas avec tes copains qui voyagent, c’est avec le fond de ton billet. Si je comprend bien tu fais une apologie de la liberte, des grands espaces, de ceux qui ont le courage de s’arracher pour aller a la recherche des reponses a leurs questions. Fort bien. Saches que c’est ce que j’ai fait. Je me suis barre de France parce que je ne pouvais plus supporter ce climat, cette politique. Or si, au debut, je croyais pouvoir frimer avec ca (“moi je l’ai fait, quand tant de gens ne font qu’en parler”) - et, je precise, au risque d’etre un peu dense, je ne prete pas cette intention a tes jeunes amis - j’en suis revenu, parce qu’il s’agit en fin de compte d’une fuite. Plutot que de depenser mon energie a rechercher une solution collective, faire qq chose avec les autres (tu remarqueras, je ne dis pas “pour les autres”), j’ai prefere la solution individuelle, me barrer, faire sans eux.
Encore une fois, tes jeunes amis ne pretendent pas ca, mais ton billet les met sur un piedestal. Ils se font plaisir, tant mieux. Mais eriger cela en choix de vie, je trouve cela tres abusif. “chacun d’entre nous pourrait être eux, s’il le voulait”, pas d’accord et meme si c’etait le cas, super, on irait tous se balader sur un petit nuage ? tous dans notre bulle personelle oublieuse des autres, tous pareils, mais tous seuls ? pas la peine de rever, ca existe deja.
Bon encore une fois pour etre clair : je n’ai rien contre eux, je ne les connais pas et ils sont certainement adorables, mais j’ai qq chose contre la sacralisation du reve individuel contre le reve collectif.
“Une derniere chose” : essaye d’imaginer que mon commentaire n’est peut-etre pas seulement étriqué, pleurnichard, salmigondis, grandiloquent, assez déplaisant et politico-moralisateur, et au dela des attaques ad hominem, essaye de voir si l’idee que je defends ne serait pas aussi un peu la tienne.
C’est une belle histoire Yeti, des joies, des galères et des tonnes de souvenirs, les aigris n’ont pas de poids sur ça …
Oh, Yelrah, le retour, ouf !
@Leo :
Léo, tu parles d’individualité, d’oubli des autres, d’égoisme finalement, pour définir ce choix de partir voyager… pourtant c’est exactement tout le contraire. Si Julie et Julien sont parti, si Youri et moi avons envie de partir c’est justement pour découvrir les autres hommes ! Découvrir, s’inspirer, apprendre… des autres ! Même si l’on part seul, on reste rarement solitaire lors d’un voyage. J’en ai fais quelques un et c’est vraiment dingue de voir à quel point les gens sont venus systématiquement vers moi (ou moi vers eux) ne serait-ce que pour échanger quelques mots, tromper l’attente dans un aéroport… Le voyage, pour nous les jeunes qui rêvons de partir, est considéré comme un partage, une envie justement de sortir de sa coquille individualiste, se nourrir de la différence… Tout ce que je dis semble peut être un peu illuminé et utopique mais c’est vraiment cette envie là qui me pousse à partir. Reste à savoir si elle sera satisfaite…
Quand Yéti parle de ne pas être capable de partir, je n’ai pas pris ça comme un manque de moyen, d’intelligence ou d’ouverture ou de richesse. Je pense que ce qui empêche de partir, c’est la peur (pas facile de quitter sa famille, ses amis, sa situation… sa vie !) mais aussi une idée un peu perverse qu’on nous apprend depuis les débuts de notre scolarité. Le schéma “classique”, “normal” c’est : passe ton bac, fais des études, commence une carrière et rapporte. Il ne faut pas perdre de temps, la situation semble si précaire et difficile que le seul but de notre jeunesse puis de la vie est d’arriver à s’en sortir financièrement, avoir un métier, de bonnes qualifications… Partir voyager pendant un an, voir plus ? Un retour à 25ans sans diplômes, sans qualifications, sans argent… c’est presque du suicide. D’ailleurs Leo parle de fuite, d’individualité… comme si partir était une solution de facilité, une solution de lâche.
En voyageant comme le font Julie et Julien, on ne rapporte aucun profit à personne, aucune richesse matérielle, aucune carrière, aucun commerce, aucune aide à la société, voyager est tout bonnement inutile. Mais c’est cette inutilité là qui fait qu’elle est indispensable. Oui, nous ne faisons pas ça pour aider la bonne marche d’un pays ou pour rapporter de l’argent sur notre compte, nous faisons ça parce que ça nous plait et uniquement pour ça.
Et ça, c’est une belle révolution, ça c’est une force.
@Raphaëlle :
Merci pour ton message. Alors je vais essayer d’etre plus clair :
Je pense que les voyages forment la jeunesse, que c’est chouette et que les gens qui voyagent ont bien souvent plus d’ouverture d’esprit que n’en ont les autres. On y apprend du reste beaucoup plus sur soi que sur autrui, sur la relativite de ce qu’il faut appeler nos croyances. Donc le voyage je suis pour.
Tu dis que Yeti pense que c’est la peur qui retient de partir ? je postule qu’il y a d’autres raisons. Que certains, a qui ca ferait beaucoup de bien n’en ont tout simplement pas la possibilite pour les raisons que j’ai deja exposees. La faute aux autres. Seulement, dire qu’on devrait tous en faire autant me parait naif. Les avions (ou bus VW) ont ete construits par qq’un, le carburant a ete extrait par qq’un, la pollution qui resulte de leur utilisation retombe sur qq’un. Et ceux la ne voyagent pas, sans doute par peur.
Apres, en ce qui concerne le depart definitif (par opposition au voyage qui implique un retour), et qui est evoque dans le billet de Yeti, oui, ce depart demande du courage et un peu de chance. De laisser tous les amis, la famille, les connaissances, aussi. C’est sur ce point la que je m’interrogeais, en parlant de fuite.
La forme que prend l’education tente de faire de nous de bons produits censes travailler toute une vie et mourrir dans un coin sans faire de bruit apres expiration de la date de peremption ? bien d’accord. Il faut donc lutter contre ca. Quand tu dis : “nous faisons ça parce que ça nous plait et uniquement pour ça.Et ça, c’est une belle révolution”, je preche la prudence. C’est un peu comme “Vivre sans contrainte et jouir sans entrave”. Ok, a condition que ca concerne tout le monde. Sinon rajoute un slogan pour vendre un soda ou un telephone portable, et tu as l’illustration parfaite de notre epoque.
Sur ce je serais ravi de discuter de ca avec toi, mais sur un autre medium. Je ne souhaite pas polluer plus longtemps le blog de Yeti avec des points de detail qui ne font que projeter une ombre tenebreuse sur un aussi idyllique tableau. J’ai compris tardivement, qu’il y parle de sa vie, des ses histoires, et que je n’ai pas vocation a y semer le trouble. Si je devais y laisser d’autres commentaires, ils ne seraient que laudateurs.
“Si je devais y laisser d’autres commentaires, ils ne seraient que laudateurs.”
Ça va pas la tête ! Ca ne me gêne pas, moi, qu’on se châtaigne, ici, sur le domaine des idées.
Sauf que là, justement, il ne s’agissait pas d’idées, mais d’amis. Si on traite mal mes amis (“bobos”, “études”, “education bourgeoise”…), surtout sans les connaître, on me trouve !
Allez, te fâche pas, Léo. De mon côté, y a pas de rancune
Oui, on discute simplement.
Lorsque je dis ““nous faisons ça parce que ça nous plait et uniquement pour ça.Et ça, c’est une belle révolution” je ne pense pas la citation que tu as donné ensuite. Oui, vivre sans contraintes et jouir sans entrave”, c’est égoiste et ça n’amène rien de bon au final. Mais partir uniquement par plaisir, parce qu’on en a envie (mais sans défonçer toutes les contraintes ou avec irrespect, j’essaye par exemple d’éviter de prendre l’avion au maximum) mais avec une attitude responsable, ça c’est une belle revanche sur ce qu’on essaye de nous faire croire, qu’on ne peut pas abandonner ses études (ne serait-ce qu’un an !) ou une vie “raisonnable” pour partir à l’aventure. Si je dis ça c’est parce que j’entends bon nombre de mes amis dire “ah si je pouvais je partirais” et à 19ans, on a pas de crédit, pas de remboursement, pas de maison à payer ni de famille à nourrir alors qu’est-ce qui nous en empêche ?
Mais toi tu es plus âgé, tu as surement plus de recul sur tout ça, une autre expérience, une autre vision, c’est normal.
Je m’emballe sûrement trop mais ça m’énerve beaucoup toutes ces opportunités, ces rêves un peu fou qu’on ose pas saisir par peur, par conformisme, parce qu’il est établit que l’on ne peut pas ou par je ne sais quoi encore… pour regretter ensuite.
@Yeti : OK
alors sans rancune. Je prefere ca ! J’avais bien senti que tu voulais d’abord proteger ta petite tribu 
A ce propos, ca me rappelle une phrase que j’avais notee :
“Il n’est pas de haine plus implacable, plus sûre de son bon droit, que la haine au nom des autres.”
Et ca ne t’est pas directement destine, a ma facon, en reclamant qu’on decouvre un coin du decors qui masque les plus faibles, je me fais volontiers Marat. Je crois que c’est juste vrai. Food for thoughts…
@Raphaelle: Bah, on ne regrette que lorsqu’on a pas choisi, lorsqu’on a laisse les choses se faire. Apres, la peur de la liberte, la peur de l’independance, la peur de l’echec, certes, cette peur est paralysante. Et c’est un apprentissage difficile que d’etre libre, on a beaucoup a y perdre. Pericles disait : “Il faut choisir : se reposer ou etre libre”. Mais je crois profondement que la liberte et le bonheur sont deux facettes d’une meme chose : la vie.
Témoignage..
Je ne regrette qu’une chose c’est de n’être pas parti plus tôt…
Je vis et travaille à l’étranger après avoir passé quinze années à “moutonner” par conformisme. Je côtoie depuis, des “voyageurs”, des expatriés; jeunes, moins jeunes, très vieux, aucun ne peut dégager de bilan négatif d’avoir un jour osé….et bien sûr je retrouve avec plaisir ceux qui sont “restés” pour confronter nos points de vue faire un petit bilan… (ah tu y étais… et à ce titre je suis devenu ”très très méfiant à l’égard des médias, mais c’est une autre histoire…)
L’aller voir ailleurs est un enrichissement et les retombées ne sont que bénéfices au delà souvent de toute attente. Opportunités insoupçonnées, l’occasion faisant le larron…
A tous ceux que ça démange, (rappelez vous votre premier saut, là où on a pas pied…) je dis, et ça n’engage que moi “faites le”. Bien sûr, le planton ça n’arrive pas qu’aux autres, mais ça c’est la vie, que soit ici ou là bas. Foncez!