17 décembre 2009
BILAN 2009 : LA COMÉDIE DES APPARENCES
Donc il apparut que tout devait absolument être présenté sous son côté le plus positif. Le moins négatif. Tout devait impérativement être déclaré “moins mauvais que prévu”, “pas aussi pire que redouté”, “meilleur qu’escompté”… Juste pour essayer de gagner du temps et reculer l’instant fatidique de la dégringolade générale.
Le premier réflexe serait bien sûr de tenter de prendre nos maquilleurs aux mots, de démonter un à un leurs si spécieux arguments.
Bateaux ivres
Railler, par exemple, cette phynance et sa danse obscène sur les ruines fumantes. Qui se goinfre, avec un cynisme sans scrupules, de ces milliards d’opérette que les pouvoirs publics lui ont si obligeamment lancés pour éviter son anéantissement. Mais qui ne veulent strictement plus rien dire (les milliards), car désormais coupés de toutes réalités économiques. Toxiques à mort pour drogués overdosés du fric.
Mettre à nu encore cette réalité économique qui s’étiole inexorablement, mais s’échine à se donner des airs de “reprise”, malgré un lot grandissant de défaillances d’entreprises et des chiffres d’affaires à la ramasse, rien que par la magie absurde d’un robinet à dette publique coulant à flots débridés (ah, cette si ambiguë appellation de prime “à la casse” !)
Avez-vous remarqué combien, tout au long de cette année, les Parisot et consorts, cousins tout proches des PME/PMI, ou parents à peine éloignés des caisses publiques exsangues, firent beaucoup moins les farauds que les banquiers glaçants ?
Car en fait de croissance, la seule à deux chiffres fut celle, impitoyable, du chômage.
Perte de contrôle
Et puis soudain, vous n’avez plus envie de continuer cette bataille de chiffoniers sur les chiffres et les tendances, les fluctuations. Vous sentez que sous cette navrante comédie des apparences, quelque chose de plus grave se dessine.
La perte de contrôle, par les puissants et leur cour, des évènements qu’ils sont censés diriger. De leur propre destinée. Sous les masques, une impuissance pandémique liée à une sidération devant la décomposition de leur empire en carafe.
Des politiques aux abois aux syndicalistes dépassés, des élites désemparés aux médias du microcosme désarçonnés. Sans parler, pour rester dans notre carré hexagonal, du “chef” soi-même, plus vizir Iznogoud que jamais, s’exténuant en pure perte à rivaliser sur la scène internationale avec le nouveau calife Obama, radotant de vieux discours miteux, infoutu de se rendre à la moindre manifestation publique sans muraille policière.
On s’épargnera la liste exhaustive de leurs échecs en rafales (en 2009, nos paillasses ratèrent à peu près tout ce qu’ils entreprirent). Citons seulement le fiasco de la campagne anti-grippe H1N1 ; la dilution lamentable du débat sur l’identité nationale ; et même le boomerang d’une qualification minable de leur équipe de foot au prochain Mondial.
Leur seule réussite aura été de démantibuler un peu plus ce qui reste de nos pauvres services publics, éducation, santé, transport… Et de contaminer notre pauvre justice, mouillée dans l’affaire de Tarnac, se bouchant le nez devant les charters de sans-papiers afghans ou autres.
Pas mieux au niveau international, avec ces G20 fébrilissimes, toujours emprunts d’une solennité dégoulinante, pour finalement se dissoudre en eau de boudin, oubliés sitôt terminés, sans jamais le moindre résultat probant. Sauf à mettre un peu plus en lumière le considérable bouleversement géopolitique en cours avec la montée en puissance des pays émergents (Chine, Brésil, Inde…)
Triste cerise sur cet indigeste gâteau : la déception Obama, douteux prix Nobel de la paix expédiant des milliers de nouveaux soldats dans la guerre déjà perdue d’Afghanistan, pieds et mains liés aux faucons de Wall Street qui l’ont porté au pouvoir, bafoué un peu trop résigné par son indéfectible “ami israélien”.
Deux menaces sur la planète
On pourrait rire de ces monumentaux pétages de plomb, de ce naufrage moral et mental, si deux graves menaces ne se profilaient pas à un horizon de moins en moins lointain.
Menace sur nos conditions de vie avec ce dérèglement climatique et les ravages de la pollution. Dont on sent bien qu’ils appellent des mesures incompatibles avec les exigences du système néolibéral et de ses “marchés”. Raison pour laquelle, quelle que soit la pression populaire et celle des pays émergents, aucun sommet de Copenhague, aucun “accord” de convenances arraché par les circonstances, ne pourra déboucher sur des résultats réellement probants. Ils ne sont plus maîtres du jeu, savants fous emportés par leur créature.
Plus inquiétant, à l’image de ces rats qui, enfermés par le professeur Henri Laborit dans une cage close, ne trouvaient d’autre solution, pour évacuer leur stress et leurs angoisses, que de se battre entre eux, voici que nos puissants, pris au piège sur leur planète étriquée, s’enferrent dans une fuite en avant agressive. Afghanistan, Irak, Iran, Moyen-Orient… autant de poudrières pour de nouvelles tragédies meurtrières.
Quelques lueurs sur un paysage désolé
Au beau milieu de ce chaos généralisé, de cette faillite de la raison et de la montée des périls, tandis que retentissent de nouveaux craquements sinistres dans leur décor de carnaval (Dubaï, la Grèce…), peut-on entrevoir autour de nous quelques lueurs d’espoir ?
D’abord, constat précieux, malgré la crise, malgré la montée des difficultés et de la précarité, on ne meurt toujours pas de faim ou d’inanition dans notre contrées favorisées (ce qui, ne l’oublions pas, n’est hélas pas le lot commun de l’humanité). Si le système de distribution des richesses est en charpies, il reste encore des richesses, richesses naturelles, outil de production en état de relatif fonctionnement, et des mains, des cerveaux, pour les exploiter.
Ensuite, nous avons pu constater une nette évolution des mentalités, sans doute un peu contrainte et forcée, sans doute encore un peu embryonnaire, mais bien réelle. Un retour au collectif après des décennies d’individualisme forcené. Un souci écologique évident dans les comportements. Et à la renaissance d’une économie de proximité plus préoccupée de bien-être et de durabilité que de profits imbéciles.
Enfin, dans la fourmilière des élites en panique, quelques réactions dignes d’intérêt : montée en puissance de la société civile dans la sphère politique (le rassemblement Europe Écologie) ; mobilisation d’envergure mondiale comme lors du sommet de Copenhague ; nouveaux intellectuels pointant sur le devant de la scène (Paul Jorion, Joseph Stiglitz…) ; ou prise de distance salutaire d’anciens serviteurs du sérail (Nicolas Hulot, Al Gore…).
Trop tôt, bien trop tôt pour parler de 2009 comme d’une année de transition d’un monde vers un autre. Mais tout de même, trois petites pistes à tracer dans une jungle par trop malodorante et dangereuse, trois toutes petites lueurs sur le paysage désolé et désolant laissé par les affligeants pillards à costumes gris.

Commentaires
C’est vrai qu’après avoir écouté l’interview de Nicolas Hulot sur le dvd du film “Nos enfants nous accuseront” je me dis qu’avec le regard qu’il est capable de poser sur l’état du monde il finira bien par enfin tirer les conclusions politiques qui s’imposent.
Y’en a qui se battent , et ça fait du bien…
http://politiken.dk/fotografier/sou…
(lien fourni par monolecte )
cher chroniqueur avec lequel je suis en ph du moins je l’espère ?
Pourrais-tu ne plus parler d’élite au sujet des détenteurs des pouvoirs en passe de décomposition ?
C’est toi l’élite,ou Paul Jorion qui nous annonce qu’il va passer sur France Culture à 12h30 ce jour même, avec J.M. Colombani
C’est à 12h45 évidemment que Paul Jorion passe sur France Culture, après les informations
On va pas refaire le débat mais quand même:
Ce que tu appelles des “signes d’espoir” sont, au mieux, quelques écrans de fumée supplémentaires à mon sens. Pour certains, on peut même parler d’imposture. Pour d’autres, d’impotents (au sens littéral).
Je ne reviens pas sur le mouvement Europe Écologie sur lequel je me suis déjà très largement exprimé ici, simplement disons qu’il réponde parfaitement à la définition d’une chimère.
Al Gore… Co-fondateur d’un fond d’investissements, acteur dans le marché naissant du négoce des certificats d’émission de CO2… Assurément pas une oie blanche: Le bonhomme plaidant pour une économie verte de façon si brillante qu’il en reçoive un prix nobel est en réalité juge et parti: Il défend l’un de ses gagnes pain…
Nicolas Hulot, plus modestement, est fait du même moule, comme le montre cet article de l’express (pas mon journal favori, mais bon):
http://www.lexpansion.com/economie/…
Le gars est toujours salarié de l’un des médias les plus cyniques du PAF, ne l’oublions pas.
Stiglitz, “nouvel intellectuel” peut-être, mais aussi ancien décisionnaire au FMI et à la banque mondiale, et conseiller de l’administration Clinton (celle qui a achevé de déréglementer la finance américaine - cause sous-jacente de la crise actuelle). Pas vraiment un perdreau de l’année non plus. Au moins, on peut lui reconnaître le mérite de savoir précisément de quoi il parle, puisqu’il est l’un des artisans du chaos, notamment du fait de son “rapport sur les crédits immobiliers faits aux ménages insolvables”, dans lequel il conclut à une “quasi absence de risque de défaillance”… Belle performance, non?
Reste Jorion… Aussi libre de parole qu’il est démuni de tout moyen d’action. D’ailleurs, le second élément permet largement d’expliquer le premier: Imagine qu’un politique au pouvoir annonce “nous allons suivre la Chine dans leur décision d’interdire les paris sur les fluctuations de prix”. Par un simple effet de verrou idéologique, on peut parier qu’une telle annonce lèverait contre elle une forte majorité. Cette prise de décision de la Chine est en fait la pire nouvelle qui pouvait arriver, aucun politique se proclamant démocrate ne pouvant se permettre de porter à ce régime par ailleurs détestable le moindre crédit, aussi pertinente la mesure soit-elle fondamentalement.
Tu vois, Dissonance, la différence entre toi et moi, je crois que c’est peut-être ça : les “petites lueurs”, même blafardes, même très imparfaites, je mets un point d’honneur à essayer de les attiser. Pas de les éteindre comme tu le fais.
Sur la version du même billet publié par Rue89 (intitulé par la rédaction Entre chaos généralisé et lueurs d’espoirs), j’ai eu le commentaire suivant (extrait) :
Ma réponse :
“Supposez qu’en décembre 1913 ou en décembre 1938, tout le monde ait balayé les dernières “lueurs d’espoir”, les derniers réflexes de survie ?
1/ Les choses se seraient sans doute déroulé de façon aussi dramatique, sinon pire ;
2/ “sinon pire”, car je suis persuadé que ce sont les ultimes accros aux “lueurs d’espoir” et aux réflexes de survie qui ont constitué les premiers réseaux de résistance.”
Tu vois Yéti, la différence entre toi et moi, c’est que je ne souscris d’aucune façon à l’adage “la fin justifie les moyens”. D’abord pour une simple question d’honnêteté intellectuelle, et ensuite parce que je ne suis absolument pas convaincu qu’un objectif aussi exigeant que celui dont nous parlons puisse se satisfaire d’une construction faite de brics et de brocs, autrement dit cet objectif nécessite un certain degré de cohérence. Or les gens dont tu nous vantes les mérites n’observent aucun de ces principes élémentaires.
Le désespoir à cet avantage considérable de prémunir de beaucoup d’illusions, tandis que l’espoir les appelle de ses vœux. Alors libre à toi de t’y bercer, mais pour ma part je n’en suis plus là, désolé. Et, tu me croiras ou non, ça ne m’empêche même pas de chercher à survivre.
@ Dissonance
Toujours dans le chapitre des “différences” (n’y vois surtout pas une quelconque marque d’agressivité ou de mépris
), il y a ceci :
tu parles d‘“un objectif aussi exigeant que celui dont nous parlons”, quand moi, je prends acte du monde tel qu’il est, cad “de bric et de broc”, très divers et très imparfait, pour essayer de voir comment accommoder tout ça au mieux (ou m^me au moins pire), sans chercher à lui imposer l’exigence impossible d’un très incertain “idéal”.
Bonsoir !,
Autres temps, autres représentants.
La tête importe moins par les idées qu’elle recèle…que par les sentiments qu’elle dégage.
La simplicité du vocabulaire est devenue primordiale car elle offre au citoyen le plus obtus la délicieuse impression d’être intelligent.
Une chevelure bien ordonnée ou élégamment hirsute, un oeil qui frise, des mains qui virevoltent facilitent la com’.
Il faut faire “peuple”, “people” pour qu’ils restent au service.
Au service de ceux qui les font. Pas des électeurs, de leurs sponsors.
Les banquassureurs, les fabricants-marchands-d’armes-patrons-de presse, quelques mécènes d’enseignes de distributions alimentaires etc…
Et c’est ainsi que nous nous apercevons, fondements collés aux canapés, nourris aux programmes télécontrôlés que si les représentants changent, les dirigeants restent.
Tout homme à son prix.
Qu’il soit en billets de banque, en intimidations feutrées, en accidentelle chute mortelle aussi stupide qu’inopportune, jusqu’à l’attentat vulgaire, fâcheux, commis par l’anarchiste ou le déséquilibré, voire les deux à la fois, armé d’un fusil à lunette.
Les “de Funès” en herbe (verte) sont déjà sous contrôle.
Sans un petit coup de main populaire autre que par le bulletin de vote, sans avoir bien verrouiller les cibles, les politiciens du sérail continueront à s’exprimer selon les règles en place, promesses sociales et sociétales en plus, histoire de trouver, en ardents démocrates, écho auprès des zombies appelés aux urnes.
A bien réfléchir, le phénomène du coup de foudre qui soude des bipèdes est encore plus mystérieux pour le profane que la fission qui sépare les atomes…
J’ai soif.
@Yéti
Ah bon. La maîtrise de la dérive climatique, ou celle de la régulation financière ne sont plus des objectifs désormais… Soit, si tu le dis. Mais alors pourquoi nous citer tous ces gens? Pourquoi même ce billet? Et les autres?
(J’ai la détestable impression que tu ne fais que jouer sur les mots là - ceci dit on peut jouer tous les deux).
Quand on parcourt ce site on se rend compte effectivement de l’évolution de la pensée du Yéti :
- Présidentielles 2007 : ne plus voter PS (c’est à dire ne plus voter pour le moins pire), et mettre en chantier des structures pour aider les gens
- Mai 2008 : lancer la révolte comme en 68 (même si le peuple ne suit pas)
- 2009 : finie l’action (qui n’a jamais commencé!) et fini le refus de soutenir le moins pire, on y va pour un mouvement vaguement écolo mais surtout bobo, car même si la venue de certains militants semble donner de l’espoir - encore que Augustin Legrand aime bien se montrer dans les médias, et pour cela les EDQ c’est foutu désormais et José Bové idem, alors qu’il a prouvé qu’il était nul en politique et qu’il a donc besoin de se sentir utile ou bon dans une structure où c’est facile…encore que il n’a pas été foutu de voter contre le nucléaire, c’est un comble, voire drôle - aux yeux de mr tout le monde Europe Ecologie c’est bel et bien Cohn Bendit, c’est comme ça…Et ce Monsieur se dit bien libéral, sans problème, alors qu’il n’est pas dit qu’Europe Ecologie devienne majoritairement “à gauche” mais plutôt qu’elle fasse appel (pour les élections, tellement importantes!) au modem…Alors on pourrait penser qu’agir de l’intérieur va changer les choses, mais dans ce cas pourquoi ne pas rejoindre la frange gauche du PS, qui dit la même chose ? Ou pourquoi ne pas rejoindre le PG ? Lui au moins il fait des accords (nuls aussi) avec le PC, mais c’est quand même mieux que Cohn Bendit et le modem…
Dommage que peu de personnes (mais il y en a la preuve dissonance) ne se rendent pas compte que ces mouvements politique “à visage sympathique” sont un bel alibi pour que le système continue à prospérer, l’écologie étant le nouveau masque du libéralisme, pour lui permettre de ne rien changer.
Et voir tous ces militants hier anti libéraux s’agiter dans ces mouvements (avant tout électoraux de surcroit) est une franche rigolade…Le système est sans doute heureux de voir tous ces anciens militants s’agglutiner dans une structure qui ne le menacera jamais et Sarko vous remercie déjà pour sa facile réélection en 2012
C’est sûr ça occupe d’être dans une structure, et ça permet de se croire utile…
Oui 2009 est une année de transition, mais de notre Monde vers le Meilleur des Mondes d’Huxley…Et les anciens militants anti libéraux qui se raccrochent désormais à des espoirs bidons et à des branches pourries ne se rendent même pas compte qu’ils finiront par terre, et qu’ils auront brassé du vent, voire aidé le système, qui lui n’est pas prêt de tomber. Heureux les simples d’esprit…
@ jp
“L’action” avec qui, jp ? Avec le PC ?



“Le moins pire” avec qui ? La gauche du PS (Fabius ? Emanuelli ? Hamon ?) ?
Un programme daction gouvernementale avec qui ? Le NPA ?
Le PG ? Oui pourquoi pas. Mais alors le jour où il sera sorti de cet archaïsme qui voudrait qu’on rêve encore d’un “front de gauche” avec le PC et le NPA. Le jour où il se rend compte qu’on ne conquiert pas un pouvoir en ne s’appuyant que sur des militants. Le jour, oui le jour, où il trouve le moyen de ne plus être illisible et invisible. En rejoignant Europe Ecologie, par exemple
Bonjour.
Une remarque fort matinale sur notre divergence d’hier:
Dans cette “liste” que tu dresses de nos différences, je n’en vois en fait qu’une seule que tu exprimes à deux reprises de manières différentes:
Tu n’es pas idéaliste et tu considères que je le suis.
Alors, bien que je ne ressente pas comme toi cette “pesanteur” de l’idéalisme, admettons qu’elle soit. Pour autant, es-tu capable d’admettre une distinction entre “idéalisme” et “besoin de rigueur”?
Car tout bien considéré, ce qui me dérange aussi bien chez Europe Écologie que dans les actions d’un Hulot ou d’un Gore, ce n’est pas tant le fait que leurs propositions soient imparfaites (j’ai passé l’âge de croire au père noël), que leur manque de rigueur manifeste.
C’est la moindre des choses de considérer que la préoccupation écologique soit foncièrement sincère au sein du mouvement de D. Cohn Bendit. La pertinence même de cette préoccupation est difficilement attaquable.
En revanche, les moyens qui sont envisagés pour servir ce but louable en soi sont pour certains discutables, pour d’autres critiquables et, pour d’autres encore, contre-productifs. C’est précisément ces derniers qui disqualifient l’ensemble.
Un exemple: La taxation carbone. Sur le papier, le principe “pollueur payeur” semble légitime. Mais ramené à son application réelle, comment s’organise-t-il? Il s’organise dans les conditions qui par ailleurs ont généré la crise environnementale, c’est à dire dans un contexte financiarisé jusqu’à l’absurde.
On en vient à créer un “marché carbone”, nouvelle cible de toutes les spéculations et qui a déjà commencé de produire de jolis morceaux d’aberrations (Arcelor Mital qui dégage un profit de la revente de ses droits à polluer, amoindri qu’il est par la crise).
Or, que dit E. E. en matière de finance? Rien. Mme Eva Joly aussi compétente soit-elle en matière de droit fiscal, sa croisade contre les paradis fiscaux n’a à peu près rien à voir avec les mesures qui tariraient les sources du bazar actuel.
Ces sources sont archi-connues désormais, décrites (entre autres) par des personnalités aussi diverses que P. Jorion, F. Lordon ou M. Allais.
Alors, question simple: Y-a-t-il une seule proposition de l’un de ces trois là (ou d’un autre ayant le même type d’analyse) qui soit reprise par E. E. ?
Aucune, à ma connaissance. Par conséquent, E. E. admet d’inscrire son action dans un contexte néo-libéral, rendant de facto toute action de sa part parfaitement inopérante, voir contraire aux objectifs annoncés.
Du reste, depuis la dernière discussion sur ce sujet, tu ne m’as pas répondu: Comment expliques-tu d’afficher un refus toujours explicite de l’Europe telle qu’on nous l’a imposé, et par ailleurs de soutenir un parti dont la fondation même est liée à cette entité. Pour être franc, je trouve ici que c’est toi qui manques de rigueur.
@ Dissonance
“… soutenir un parti dont la fondation même…”
E.E. n’est pas un parti, mais un rassemblement. Un rassemblement loin d’être parfait, mais la seule organisation sérieuse que nous ayons à nous mettre sous la dent aujourd’hui. Ce n’est pas une question de manque de rigueur, mais une question de survie. En 40, il y avait dans les rangs de la résistance des gaullistes et des communistes. Manque de rigueur ?
“Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours.
Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes (ou de ton verbe), que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, - et que tu nous imposes par ton imbécillité.
Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Votard Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance (et non ton individualisme) , tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.
Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.
Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.
Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action.
Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement du pourras vivre pleinement.
__LE CRIMINEL, c’est l’Électeur !__”
– En aucun cas je mets la sincérité de vos combats en doute, je préfère livrer les miens hors dés pipés et règles faites et contrôlées par et pour les maitres du jeu.
Ce qui pourrait me désoler c’est de voir autant d’énergie, la votre et tant d’autres, se dissoudre en cette imposture politique généralisée, de la même ampleur, peut-être, que l’imposture spirituelle des religions, qu’est le suffrage universel!
Personne ne nous apprend, ni à l’école ni dans les journaux, que durant toute l’histoire des hommes, le tirage au sort a été reconnu comme LE SEUL moyen démocratique de désigner les représentants de la Cité. Il n’y a que 200 ans (c’est peu à l’échelle de l’histoire) que ce savoir essentiel a été enfoui dans l’oubli.
L’élection est aujourd’hui communément présentée, aux enfants comme aux adultes, comme le seul moyen “démocratique” de désigner nos représentants : les parlementaires, les ministres et les juges sont les trois pouvoirs classiques. (Aujourd’hui, il faudrait sans doute ajouter les médias d’information à la liste des pouvoirs à contrôler, comme les autres, dans l’intérêt de tous).
En prenant le temps de lire sur ce sujet, on découvre le grossier mensonge que constitue cette association ‘démocratie=élections’ : d’innombrables penseurs (Platon, Aristote, Montesquieu, Rousseau, Tocqueville, Kant, Marx, Castoriadis, Rancière, etc.) démontrent et reconnaissent que l’élection est fondamentalement aristocratique et que seul le tirage au sort est démocratique.
Mais depuis 200 ans, les politiciens professionnels (et leurs complices, souvent involontaires sans doute : professeurs, journalistes, notables…) ont fait disparaître cette réalité (gênante pour eux) pourtant reconnue et longuement décrite depuis 2 500 ans : l’élection est dangereuse pour les citoyens car elle permet à une caste politicienne de prendre le pouvoir, de le garder et d’en abuser au profit du groupe dominant.
Depuis mon enfance, je croyais ce qu’on m’avait tant rabâché, sans y réfléchir, comme on croit en une religion, je croyais que le suffrage universel était consubstantiel de la démocratie.
Le débat sur le TCE m’a fort opportunément enfin conduit à LIRE, lire beaucoup, et je découvre.
Amicalement d’un ancien commercial en pays d’Étienne de la Boêtie, sur le chemin de la révolution du brin de paille!
Car seuls le radis noir et la betterave rouge vaincrons le capital !
NB : “Sans Empathie et sans les conditions qui la favorisent, les droits de l’Homme ne peuvent être une évidence.”
Bien à vous tous.
Naradamuni/Sans, ni + ni -
ARH !!! Comparer Europe Ecologie à un mouvement de résistance ! Alors là je suis écroulé de rire…et triste pour la résistance de 40 (et les personnes encore en vie du CNR) qu’on les rabaisse à ce point à les comparer à un mouvement pareil !
Car oui en 40 la résistance était pluriel ! Mais la résistance de 2005 tu t’en souviens ? As tu compté bcp de personnes d’EE ? La réalité c’est que non, et que de toute façon EE n’a pas une vocation résistante mais de pouvoir, ce qui n’a rien à voir, et que ce projet est actuellement tout sauf anti libéral (comme l’était par contre le non de 2005)
Je remarque que, sans doute pour tes propres contradictions, tu contournes les questions ou problèmes : mais c’est le propre de ceux qui veulent agir à tout prix, la cause, même perdue justifiant tous moyens. En effet quand dissonance te dit que ce mouvement repose sur l’europe, que tu as nié (et qu’on nous a imposé), tu fais le jeu du pouvoir en soutenant un mouvement qui met en avant cette europe, alors même qu’en plus à l’intérieur de ce mouvement bcp ont été pour le oui en 2005.
Ensuite si j’ai bien parlé du PG, j’ai bien aussi parlé des accords avec le PC qui sont inacceptables : mais c’était pour te dire à quel point ta compromission est ridicule, car tu préfères un mouvement prêt (clairement et c’est déjà fait) à s’allier avec le modem, plutôt qu’avec le PC ! C’est pourquoi je te conseille vivement (puisque tu parles de pouvoir…comme si EE allait en avoir en plus!) de rejoindre l’aile gauche du PS (le PS ne fera sans doute plus d’accord avec le PC, mais surtout avec le modem, et a clairement plus de chances de gagner qu’EE)
Sinon je t’aurais bien recommandé de rejoindre la CGT car pour eux c’est pareil : essayer de pas trop perdre désormais plutôt que de gagner
Et quand tu dis que EE est visible, je confirme ! Effectivement puisqu’elle ne gêne pas le système…Même à l’UMP ils se régalent de parler d’écologie (pour leur image, car l’écologie est consensuelle alors que la finance peut créer un désaccord, et ça évite de parler du social “on fait déjà l’écologie”). Oui c’est “gentil” l’écologie, on l’aime bien au village
L’UMP dit aussi “on aime bien les écolos, car avec la naïveté des citoyens et de leurs militants ils prennent des voix à nos adversaires, sans pour autant nous inquiéter !” (rires moqueurs)
En fait, qu’on le veuille ou non, le NPA est le seul parti qui a un discours clair, préférant transformer la société, et agir, et ensuite seulement parler d’élections. Car croire qu’on peut arriver au pouvoir, quand on est réellement à gauche (ou à préférence sociale) dans une société libérale, sans changer préalablement la société, est d’une bêtise incroyable ! Mais pour ta part tu sembles donc avoir renoncé à changer la société, tu préfères te changer toi, et rejoindre donc un mouvement libéral pour avoir donc (un peu) de pouvoir. Sur le principe tu as donc raison car dans les années qui viennent seuls les mouvements libéraux auront du pouvoir…Mais crois moi celui d’Europe Ecologie sera fort restreint, tu le verras aux régionales, même allié au modem, voire au PS…Donc cours vitre adhérer au PS, pour toi c’est la solution pour sauver le Monde ! Même si évidemment sarko sera réélu en 2012…et tu peux garder ces 2 infos aux chaud, défaite EE régionales et victoire sarko 2012, tu verras, j’avais prévu l’élection de 2007 dés 2006 et je fréquente des personnes qui ont parlé de la crise à la même époque (il ne s’agit pas de P.Jorion of course)
Michel Onfray, l’un des rares qui continuent à penser, continuera sans doute à voter NPA, car c’est le plus honnête, même s’il n’accèdera pas au pouvoir, et qu’il a mal négocié la création du mouvement. Personnellement le trotskisme me gêne à l’intérieur de cette structure, et je préférerai surtout aider un mouvement citoyen qui agit sur la société pour la réveiller, la transformer, car c’est la seule chose à faire si on veut avancer…le reste n’est qu’illusion de façade et de passage, et agitation stérile pour quelques ex militants en mal de “victoires” - mais dans une société en quête de croyances, ayant abandonné ses idéologies, et se contentant désormais de (petites) victoires lamentables au travers de grosses défaites, pas étonnant que ce mouvement qui se base sur du casting de stars et sur des cotisants arrive à se montrer…Ceci dit ça n’ira pas plus loin que le bout du nez, car la tête n’est pas bien remplie (comme le dit dissonance chez EE on ne comprend pas grand chose à la finance!)
Eh bien pour ma part je continuerai à essayer de gagner à titre individuel ou en petit groupe (car j’en connais un paquet qui ne tomberont pas dans cette grossière farce médiatique, alors que ce sont les médias qui décident et ne sont jamais utilisés…d’ailleurs voir Duflot partout sur le PAF est pitoyable pour elle), et donc je regarderai en rigolant les perdants d’hier s’agiter demain pour perdre à nouveau - mais cette fois ils auront en plus perdu leur âme.
Je m’associe aux commentaires de Polaire et naradamuni/sans;
et pour ma part, je vais regarder tout ce joli bordel s’entretuer, s’auto-bouffer, se décomposer… Les forces de la nature balayeront tout ça, comme si jamais cela n’avait existé.
“En n’exaltant pas les sages, on empêche le peuple de se disputer.
En ne prisant pas les biens d’une acquisition difficile, on empêche le peuple de se livrer au vol.
En ne regardant point des objets propres à exciter des désirs, on empêche que le cœur du peuple ne se trouble.
C’est pourquoi, lorsque le saint homme gouverne, il vide son cœur, il remplit son ventre (son intérieur), il affaiblit sa volonté, et il fortifie ses os.
Il s’étudie constamment à rendre le peuple ignorant et exempt de désirs.
Il fait en sorte que ceux qui ont du savoir n’osent pas agir.
Il pratique le non-agir, et alors il n’y a rien qui ne soit bien gouverné.”
Tao Te King, Livre 1 Chapitre 3
Bonsoir !,
Permettez-moi Mr. Yéti de digérer ici, chez vous, mon déjeuner dominical et la lecture des quelques interventions sur fond de j’ai raison, tu as tort par une citation d’Albert Camus remis à la mode par les storrytellers sarkoziens:
“Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande, elle consiste à empêcher que le monde se défasse.”
Le 10 décembre 1957. Tiré de son dicours pour la remise du Nobel de littérature.
Je vais tout de même faciliter ma déglutition avec un verre de Calvados millésimé de chez Drouin avant que les anti-capitalistes prennent le pouvoir et réquisitionnent la distillerie !
Bien à vous.
@Yéti
Ça me désole de voir que tu persistes à jouer sur les mots, d’autant que, ce n’est peut-être qu’une fausse impression de ma part, mais ça me donne le sentiment que tu me prends vraiment pour un crétin fini.
“E.E. n’est pas un parti, c’est un rassemblement”.
Sérieusement, Yéti, qu’est ce que ça change, si ce n’est de mettre un nom sur ce que je dénonce précisément chez eux, à savoir de “bouffer à tous les rateliers”, pour parler vulgairement?
Ensuite, l’appel à l’une de tes références favorites, la résistance. Je ne suis pas spécialement chaud pour m’engager sur ce terrain là. Tu dois connaître aussi bien que moi le principe énoncé par Godwin, et je n’ai franchement pas envie de tomber dans un travers aussi grossier.
Mais pour te répondre, d’un mot tout de même: Au cas ou tu ne l’aurais pas remarqué, la différence majeure entre les années 40 et aujourd’hui, c’est qu’aujourd’hui, la France n’est en conflit armé avec aucun de ses voisins, pas plus que l’Europe. Aussi, je t’avoue que je ne vois franchement pas bien ce qu’une évocation de la résistance vient faire ici, si ce n’est pour combler une argumentation faiblarde en sortant des références grandiloquentes.
Au final, ce qui me désole plus que tout, c’est que tu n’as toujours pas répondu à la question que je t’ai posé:
Comment tu concilies le refus de l’Europe de Lisbonne avec un “rassemblement” entièrement dédié à son application?
P.S. A ce stade de la discussion, je te rassure: Je ne m’attends plus à une réponse de ta part. Tu peux continuer de faire comme s’il n’y avait pas de contradiction majeure dans les idées que tu exposes.
@ Dissonance
“ça me donne le sentiment que tu me prends vraiment pour un crétin fini”
Je n’ai pas l’habitude de prendre les gens avec qui je discute pour des “crétins”, même quand j’expose des idées différentes des leurs. Cool