06 janvier 2010
L'OUTRAGE ISLANDAIS À LA HAUTE FINANCE INTERNATIONALE
Ce qui est en train de se passer en Islande, avec la décision du président Olafur Ragnar Grimsson de suspendre l’indemnisation des créanciers spoliés par la faillite de la banque islandaise Icesave, relève de l’outrage à la haute finance internationale.
Pire, d’une promesse de “révolution populaire” contre la toute-puissance du FMI, puisque le président islandais s’est carrément mis en tête de soumettre la ratification de la loi d’indemnisation à référendum auprès de ces administrés. Le genre crime parfait, assez inédit à ce niveau, de lèse-majesté.
« Souhaitez-vous, chers administrés et contribuables, rembourser des années durant, et même au-delà de 2024, les 3,8 milliards d’euros (soit près de 40 % de notre PIB) avancés par le Royaume-Uni et les Pays-Bas lors de notre gadin d’octobre 2008 ? » On imagine la tête (et la réponse) des administrés-contribuables, déjà saignés à blanc par la débâcle de leur pays, devant cette question saugrenue !
Nous avions dit ici-même qu’une des phases cruciales de la crise en cours serait la défaillance en chaînes des puissances publiques. Après celle de l’Islande, nous avions eu les sinistres craquements dans la majorité des États américains, à commencer par ceux d’une Californie en quasi banqueroute. Plus récemment, Dubaï était redescendu de son piédestal en se révélant incapable de régler seul sa dette. Puis la Grèce elle-même peinait à fournir un plan de redressement potable…
Un coin meurtrier dans les flancs de l’empire vacillant
Le fait nouveau dans l’histoire, c’est que cette fois-ci le pays en question qui, rappelons-le, loin d’être perdu dans ses glaces lointaines, appartient de plein-pied au cercle des pays dits riches et frappe depuis le 17 juillet dernier aux portes de l’Union Européenne, vient de refuser de se plier aux diktats de cette haute finance qui jusqu’à peu régulait de fait les affaires du monde.
Les autorités financières et politiques n’ont pas tardé à sentir le danger. Multipliant les consultations internationales pour organiser la riposte devant cet affront. Et lançant les premières salves offensives :
- dégradation de la notation Fitch (évaluation des places financières internationales) ;
- chantage à peine voilé quant à la candidature européenne du trublion ;
- menace pour le versement du solde de l’aide promise.
François Leclerc souligne à juste titre les risques d’une dangereuse jurisprudence si le « peuple » islandais y allait de son pied-de-nez à l’empire. Et cite la déclaration guerrière de Paul Myners, secrétaire d’État britannique aux Finances, promettant au débiteur récalcitrant un « statut de paria » :
« Le peuple islandais, s’il devait arriver à cette conclusion, dirait en réalité que l’Islande ne veut pas faire partie du système financier international, que l’Islande ne veut pas avoir accès au financement multinational, national et bilatéral et ne veux pas être considéré comme un pays sûr, avec lequel faire des affaires. »
Pas sûr que la rodomontade suffise. Quelques oreilles attentives n’en perdent probablement pas une miette et pourraient fort écouter d’autres sirènes : les pays de l’ancienne Europe de l’Est (dont l’Ukraine qui vient d’avouer son incapacité à payer le gaz russe), l’Espagne, l’Irlande… D’ailleurs, même en Chine…
Le résultat du référendum islandais est d’une importance capitale pour la suite des évènements mondiaux. Une confirmation noniste du bras d’honneur de leur président serait un coin meurtrier, et peut-être fatal, planté dans les flancs de l’empire vacillant par un de ses membres jadis les plus émérites. Avec tous les risques potentiels de faire tache d’huile.

Commentaires
juste pour te signaler que les entreprises chinoises sont aussi sur la même note (avec l’accord tacite du pouvoir) sur reuters une boite chinoise (Shenzhen Nanshan Power) refuse de payer Goldman Sachs sur des pertes d’options géré par GS ( J. Aron & Company) en retour de flame des pertes de 2008 sur les produits dérivées que ces boites avait acheté dans les banks US bref du rififi sous le tapis.
Super info, Sébastien. Merci ! Je l’intègre illico dans le corps du billet (cf. avant-dernier paragraphe).
Eh bien je vois avec grand plaisir qu’il reste quelques dirigeants courageux pour appliquer la seule mesure capable de briser le cercle vicieux de la crise financière. Reste neanmoins a appliquer le deuxième volet : l’interdiction totale du crédit.
Si le non l’emporte, il suffira de les faire revoter.
C’est hors-sujet tout en ne l’étant pas : que penses tu de çà ?
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article96675
@ turandot
“Ça” (la bulle financière en voie d’explosion), c’est exactement la thèse que je défends depuis le début. J’ai d’ailleurs écrit un billet sur le sujet : LA FINANCE COINCE SA BULLE.
Merci ! je connais ta thèse depuis le temps que je te lis
.
Je donnais ce lien justement parce que çà confirme tes analyses et que j’ ai immédiatement pensé à toi .
Merci pour tout !
Bonjour.
Je tiens aussi à rapprocher le thème de ce billet à un article que j’ai lu dans le Canard dernièrement (l’un des derniers journaux que je lis sans me demander à chaque paragraphe où est le mensonge) : en ces temps troubles, les capitaines d’industrie du CAC 40 et les banquiers s’empressent de vendre leurs actions sitôt libérées (système des stock-option).
Je n’ai jamais investi en bourse -par conviction personnelle- et j’ai l’impression que, contrairement à tous les analystes financiers, ces grands patrons n’ont AUCUNE confiance dans la viabilité économique de leur entreprise. Là où les analystes prévoient que les actions vont monter de 20% dans l’année (je n’ai plus le chiffre en tête), les PDG préfèrent vendre immédiatement… aux dépends d’une plus value affichée de centaines de milliers d’euros (n’ont-ils d’ailleurs aucune honte à jouer avec ces sommes ?)
Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part je trouve ça louche et la haute finance a l’air -contrairement à ce que nous disent les jités et notre gentille ministre de l’économie- totalement apeurée…
Où allons-nous ?