24 février 2013
L'Homme Occidental et le spectre de Néron (par un Belge)
par Le Yéti - Le monde et nous
Formidable billet dans le blog de Jorion par un certain Belge : « Le spectre de Néron », cette ombre désolante qui pèse si fort sur « l’Homme Occidental » et sa civilisation en pleine folie décomposition.
« Osons regarder en face l’Homme Occidental véritable : c’est Néron, ému aux larmes en jouant suavement de la lyre, cependant que le monde incendié par ses soins brûle dans le lointain… »
Un peu bizarre de se retrouver dans la peau d’un fou furieux, n’est-ce pas ? Mais attendez, la description assassine n’est pas terminée…
« Voici l’évêque qui monte en chaire pour prêcher le massacre du Sauvage ou de l’Infidèle au nom du Christ… Voici l’économiste du FMI qui condamne à mort, d’une équation, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants à travers le monde… »
Le problème, selon notre Belge, c’est que notre Homme Occidental, après avoir ravagé les vieilles terres colonisées, ne trouve rien de mieux que de foutre le feu à sa propre cité. Comme ce dingue de Néron. Après l’incendie de Rome, la “Grande perdition”.
Réflexe de Pavlov
Que peut le plébéien ordinaire face à ce déluge de bêtise suicidaire ? Pas grand chose en fait, tant il est pris dans les rets des carcans mentaux que son éducation lui inflige. Au point de se sentir coupable dès lors que son esprit torturé est confronté à des pensées un tant soit peu transgressives.
On le vit bien sur Rue89 dans les commentaires qui suivirent mon précédent billet où l’économie souterraine était présentée comme « une planche de salut vitale pour les populations précarisées ». Sachant bien sûr que cette « planche de salut » relève moins d’un nouvel ordre social, économique et politique que du pis-aller imposé par l’urgence.
Le réflexe de Plavlov n’a cure de telles précisions. Nombre de commentateurs laissèrent éclater leur indignation : le Yéti encourage « la fraude aux cotisations sociales [???] », « l’économie souterraine c’est plus souvent le capitalisme en pire », « L’honnête citoyen qui respecte règles du jeu et obligations fiscales se retrouvent à devoir payer (plus) pour ceux qui s’en moquent »…
Hollande dans le rôle de Néron
En bref, l’économie parallèle serait une atteinte aux acquis sociaux, à la sécurité sociale, aux pensions de retraites. Qui ne profiterait qu’aux riches et ne pénaliserait que « le pauvre bougre qui s’est coltiné le boulot ».
Ben tiens, parlez-en donc aux Grecs, aux Espagnols et aux Portugais qui aujourd’hui ne peuvent plus se nourrir correctement que par les marchés parallèles (lisez, la débrouille). Qui aujourd’hui, de la Commission européenne ou du petit fraudeur au fisc, détruit le plus sûrement les services publics et les protections sociales ?
Sonnez pipeaux, chanter trompettes, l’ordre établi est bien protégé, même par ceux qui en pâtissent le plus. Si Néron put brûler Rome, c’est parce que les Romains se laissaient ensorceler par sa lyre, paralyser par un vieil ordre hiérarchique pourtant déliquescent.
François Hollande, avec une lyre, une toge et une couronne de laurier, vous ne lui trouvez pas des petits airs de Néron ?


Commentaires
Merci Le Yéti, de vous faire l’écho de tels articles et d’en écrire vous-même de si bien affutés.
J’ai fait moi-même hier l’expérience cuisante de ce refus d’avoir les yeux en face des trous. J’expliquais à ma mère le projet que nous avons avec mon homme de sortir du système avant qu’il ne nous digère avec force éructations : trouver un terrain à plusieurs, y construire de nos mimines des petites maisons en bauge (paille et terre) et partager le reste : potager et verger en permaculture, four à pain, salle commune de fêtes et de classe, réserves, poules…
Voilà t-y pas que ma maman se met à fondre en larmes : “je t’en conjure, ne prends pas de décisions hâtives, pense au moins à tes enfants”. Couic, les bras m’en tombent.
J’ai là affaire à quelqu’un qui manifestement préfère se fourrer la tête dans le trou de l’optimisme confiant plutôt que de se réjouir de constater que nous nous préparons au mieux à affronter l’effondrement qui ne fait que commencer.
Cet effondrement est justement une chance pour le petit peuple de tenter de repartir du bon pied, mais nan, on se cramponne. Couic.
En fait, il ne s’agit pas d’un Néron, encore moins d’un pauvre Hollande, il s’agit de la civilisation des économistes au service, en passant, par toutes les recettes de gauches comme de droite, du 1%, du capital.
Comme ces défroqués qui se sont coltinés le petit et le grand séminaire, ils leurs restent quelques accents audibles, même si il sont parfois dissimulés, à ces économistes. Par exemple, le Yéti qui a bien travaillé sur lui- même, évite de nous emmerder avec son savoir que l’Épicerie de la rue d’Assas lui a dispensée.
Mais tous ces bonnes attentions s’effondrent de temps à autres et le naturel revient au galop: Le yéti a trouvé une nouvelle manière ( avec Jorion) d’accommoder les restes, il propose même des solutions de renouvellement…
Or là, nous assistons à une allégorie sur la décomposition ( putréfaction, plutot, tu n’as pas de nez?) de notre civilisation en plein désastre.
Quand il lui a fallu cinq ans pour piger l’UE, d’autres fulminés depuis plus de dix, alors depuis il essaye de ratrapper son retard.
La vie alternative immédiate est un grand pas pour des zexperts qui travaillaient à une alternative, en fonction de scrutins et de prises de consciences à venir. Autant dire que l’immédiateté, l’action empirique est pour un voyageur immobile un grand pas.
Ce qui a séparé les pauvres cons et les autres , aprés 68, cela a été d’abord et avant tout la qualité de chaque individu, comme dit Jaime Semprun d’abord se sauver soi- même , c’est pour cela que certains se sont installés dans un système et d’autres sont partis ailleurs, refusant les carrières, le fric, le faux confort, la néo-nourriture…
A présent, il semble que nous soyons à un carrefour identique, la crise systémique sépare les personnalités des loufiats. faire tout de suite de petites choses, pour commencer ( retraite stratégique), en attendant le moment de la contre attaque…
Le choix sera la civilisation industrielle ou sa fin.
Affronter le système, pour le faire changer, nécessiterait une mobilisation populaire massive, qu’on a peine à voir se dessiner. Donc chacun s’en sort par ses propres moyens, en particulier par l’économie souterraine.
Nous sommes d’accord, l’économie souterraine est un pis-aller, reste la dissidence d’avec le système, le retour à des communautés locales autogérées. Mais dans ce cas, il faut me semble-t-il rompre avec tous les aspects du système, y compris les allocations diverses et variées et avec les diverses couvertures sociales, je ne pense pas que ceux qui sont prêts à le faire sont légion.
Je pense qu’il n’est pas si facile que cela d’être en dehors du système, même si l’idée peut paraître séduisante de prime abord.
@Cendrine : Votre mot pour le Yéti est très émouvant, d’abord parceque je me mets à la place de votre mère et bien sûr de la vôtre.
Tout d’abord vous êtes un couple, pour moi c’est déjà mettre une grosse chance de son côté, ensuite vous ne théorisez pas à perdre haleine : On se barre, on fait autre chose, on a un but , un horizont, une hypothèse, une utopie, une espérance ; pour être plus prosaïque un projet.
Pour ma part, j’ai toujours voulu ne pas faire certaines choses dégradantes, faire carrière, faire du fric, mener une vie de con. Rien que de l’avoir décidé, c’était irrémédiable, la vie a dû s’arranger avec cette lecture de jeunesse:
Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon âme est un brumeux et dégoulinant novembre, quand je me surprends arrêté devant une boutique de pompes funèbres ou suivant chaque enterrement que je rencontre, et surtout lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me retenir à quatre pour ne pas , délibérément, descendre dans la rue pour y envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends alors qu’il est grand temps de prendre le large. ( Melville, Moby Dick chap. 1, Mirages)
Tout a été merveilleux, avec le sang et les larmes qui vont avec, mais dans l’ensemble…
Votre mère pleure parcequ’elle vous imagine revenir avec des pleurs plein les yeux, amère et toute frippée, je l’a comprend.
Une dernière chose, méfiez vous des communautés, faites plutôt votre coin intime légèrement un peu éloigné des réseaux, car ce qui se résoud pas trop mal en famille, et beaucoup plus complexe à arranger avec toute une bande.
J’ai vu passer des choses, c’est pourquoi je me permets de vous en faire part, en vous souhaitant à vous et votre Jules du bonheur.
He! bonhomme! tu ne voudrais pas qu’on t’explique tout, avec les détails? on pourrait pas, même si on le voulait.
Bien sûr il y a un mur, il ne s’agit pas de s’y jeter la tête la première pour essayer de passer, il faut chercher les portes, ça passe par des contradictions à résoudre, des concessions à faire. Si tu veux une subvention il faut bosser, mais jute ce qu’il faut, on peut aussi faire un boulot qui vous plaise, ou bien vivre pendant des périodes d’une manière sauvage et d’autres périodes plus civilisées.
Votre idées de communautés est une connerie, faites plutôt des réseaux solidaires où vous ne serez pas les uns sur les autres, avec échanges de compétences, et pragmatisme ( ça n’empêche pas de penser)
Le manichéisme est un suicide à court terme, on peut faire tellement de choses sans attendre le grand soir, souvent fois des gens s’adonnent volontairement à une vie de con, la Servitude volontaire peut se combattre très facilement avec peu de moyen. Un exemple, vous n’êtes pas obligé de bouffer de la néo-nourriture, vous pouvez cuisiner, vous n’êtes pas obligé d’habiter dans une caserne, dans une ville, dans un pays, enfin merde! il y a des la marge, mais faut pas chouiner, et bricoler sa bagnole, montez à pieds des escaliers, enfin vivre dans cette frugalité qui vous fait apprécier les petits bonheurs.
On n’est pas forcé de vivre pour cela en parasite ou en pic assiette!
Je crains que ce soit dans les gènes…
@Macarel : Ode à Macarel
Le maître de ces lieux m’a fait remontrance
Jugeant qu’en mon ton il y avait carence
Ainsi toujours poussé vers de nouveaux rivages
Nous nous laissons aller à quelques forts outrages…
Pour quelques mots maladroitement jetés
Me voici en place de grève pour subir l’épée
Le lâche craint le temps parce qu’il fait mourir…
On ne sait jamais rien de ce que les mots
Font de mal à l’égo
Aussi faut-il s’en servir avec délicatesse
Car le plomb qui imprime
Peut être aussi celui du crime
Priez Dieu que Macarel veuille bien m’absoudre.
Bretagne
« Que peut le plébéien ordinaire tant il est pris dans les rets des carcans mentaux que son éducation lui inflige. Au point de se sentir coupable dès lors que son esprit torturé est confronté à des pensées un tant soit peu transgressives. … mon précédent billet où l’économie souterraine était présentée comme « une planche de salut vitale pour les populations précarisées » / »
Si les carcans mentaux existent sans doute ( LoL : quand on dit « sans-doute », c ‘ est souvent qu ‘ on doute déjà ) , mon opinion est qu ‘ il existe surtout des conditions extrêmement difficiles à la transgression – et principalement pour la plèbe / disons fièrement , pour le peuple –
Ces conditions : les lois – et leur corollaire , la pénalité .
Il ne fait pas de doute que les lois et la pénalité sont faites et arrangées subtilement ( ou pas ) pour les riches –
Si quelques rusés et audacieux franchissent le pas , la condition matérielle précaire du peuple rend ces transgressions très difficiles – pour peu qu ‘ on ait à charge un peu de progéniture , on aura bien du mal à se lancer dans l ‘ aventure –
Pour les riches , on voit quotidiennement que le banditisme ne pose pas ce problème et que la transgression des lois et de la morale humaine ne les empêche jamais de retomber sur leur pattes – Rarissimes sont les affaires et les crimes qui peuvent les mener à la sanction ou la prison –
Et la classe moyenne ?
Celle-ci tient trop à ses biens , hormis quelques « cacous » pour essayer l ‘ infraction – et puis ses rêves de grandeur sont si magnifiques !!
La classe riche-dominante sait bien sait bien l ‘ importance de la classe moyenne pour le maintien de l ‘ ordre et de ses lois , qui lui concède ce qui convient de petites faveurs …
Quant aux carcans mentaux , il s ‘ agit de bien + que d ‘ éducation : c ‘ est tout l ‘ espace culturel qui est occupé par la morale de l ‘ enrichissement matériel illimité – ( les champs de la contestation et de l ‘ humain restent prudemment confinés sur les circuits parallèles et internet , bien loin des circuits de grande diffusion / et que dire de l ‘ espace culturel extérieur des paysages urbains livrés à la quasi seule marchanderie !! ) –
Il paraît vraisemblable que nous aurons à imposer quelque média de grande diffusion si nous voulons faire entendre notre voix –
Il paraît encore + vraisemblable que nous aurons à /économiquement par exemple / à faire sécession , en interne dans les pays , peut-être en relations internationales – à l ‘ instar de l ‘ Islande , des pays bolivariens et amis , et d ‘ une certaine manière de notre excellent Mélenchon –
Car il y a des idéologies avec lesquelles on ne compose pas ni ne pourra jamais composer –
Sous peine de devoir s ‘ associer avec le diable , comme en 1789 , ( aujourd ‘ hui avec la classe moyenne ) – ou devoir attendre une + qu ‘ improbable révolution ou un grand soir pour les calendes grecques ( peuchère ! ) -
@monde indien :
en clin d ’ oeil d ’ encouragement j ’ ajoute que ni les riches , ni les classes moyennes ne survivraient à un boycott par le peuple ( qui ferait son boulot ?? )
@ Cendrine,
Je voulais vous faire suivre un lien utile pour vos projets mais impossible !
Vous le trouverez certainement ici :
MEDIAPART
blog vert-tige par Corinne N
“habitats écologiques groupés autogérés” Programme “des oasis en tous lieux” initiés par Pierre Rabhi.
Bonne chance !