18 janvier 2010
« IL EST INDISPENSABLE DE RÉTABLIR UNE LÉGITIME PROTECTION »
Maurice Allais, unique prix Nobel d’économie français (1988), mais bien méconnu en son pays, vient d’accorder une rare interview à l’hebdomadaire Marianne, « Contre les tabous indiscutés », reprise en boucle sur le web, beaucoup moins par les médias du cénacle.
Il faut dire que pour faire face à la crise, notre illustre inconnu y préconise le rétablissement de barrières protectionnistes « indispensables ».
Deux protectionnismes, l’un néfaste, l’autre « absolument nécessaire »
Maurice Allais se définit comme un théoricien libéral (pour ce qui est de l’efficacité de production des richesses) et socialiste (pour ce qui est de l’équité de leur redistribution).
Il distingue deux sortes de protectionnismes :
- l’un néfaste, qui introduit des barrières douanières entre « pays à salaires comparables » ;
- l’autre « absolument nécessaire », entre pays de niveaux de vie trop différents (il cite l’Inde, la Chine, mais aussi quelques pays d’Europe proches de nous).
La libéralisation totale du commerce est le fondement même, selon Maurice Allais, de la très grave crise qui secoue la planète toute entière. Les écarts béants entre les coûts de fabrication faussent de fait la sacro-sainte “concurrence” et sont facteurs du chômage actuel, de l’aggravation de la situation sociale.
Il faut délocaliser Pascal Lamy !
La récente réunion du G20 rappelant son indéfectible dénonciation du protectionnisme, lui apparaît non seulement comme « nuisible », mais « constitue une sottise majeure à partir d’un contresens incroyable », doublé d’une « ignorance criminelle ».
« Il faut délocaliser Pascal Lamy (directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, ndlr), un des facteurs majeurs de chômage ! »
Maurice Allais en appelle à un protectionnisme raisonné et raisonnable en recréant des ensembles régionaux plus homogènes, sur la base des conditions de revenus et des conditions sociales.
Selon lui, cela ne nuirait en rien, bien au contraire, aux pays en voie de développement.
La « libéralisation nocive » des échanges internationaux les condamnent à maintenir des salaires au plus bas. Tandis que des mesures d’harmonisation avec leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, les inciteraient à développer ensemble un marché interne suffisamment vaste et équilibré pour soutenir à la fois leur production et leurs conditions de vie.
Je suis un prix Nobel… téléspectateur !
Étonnez-vous après que notre homme soit boudé par les médias du microcosme. Ceux-là lui préfèrent les « experts autorisés », chantres de la pensée libérale débridée. Celle-là même qui fait la fortune de leurs maîtres, ces puissances d’argent et ces multinationales aux intérêts particuliers et exclusifs bien compris.
Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir proposé ses services !
« Par le passé, j’ai fait transmettre à certaines émissions auxquelles j’assistais en téléspectateur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant des années. »

Commentaires
Ça fait deux jours que j’attendais que tu nous parles de cette article de Maurice Allais.
On aimerait le voir plus souvent ce prix Nobel, ça nous changerait des pseudo économistes qui n’ont pas vue la crise alors qu’elle nous pendait au nez. D’ailleurs moi-même, je n’ai appris l’existence de M. Allais qu’il y a quelques mois, à travers Contreinfo.
Pourquoi peu de monde le cite alors que la reconnaissance international qu’il a eut il y a 22 ans devrait pousser nos dirigeants à l’écouter.
Il y quelques chose que tu n’as pas cité dans ton petit post le yéti, c’est cette phrase: “Les échanges, contrairement à ce que pense M.Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen.”
Cette phrase est capital, et va à l’encontre de la doctrine dominante, qui considère l’échange comme une finalité et non comme un moyen, c’est-à-dire la concurrence acharné et parfois illusoire entre certains États, au lieu de considérer l’échange comme de l’entraide.
@ Crapounet
“Les échanges, contrairement à ce que pense M.Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen.”
Va voir mon petit programme, notamment le paragraphe sur la philosophie dans Éthique de l’économie. Et tu verras que c’est bien le principe que je défends, cher Crapounet.
Tu verras aussi dans le volet 5 sur les échanges internationaux que je propose également des “droits de protection sociale” (au nom d’un principe d’ “exception sociale” semblable à notre “exception culturelle”) similaire au “protectionnisme nécessaire” de Maurice Allais.
Merci en tout cas pour ta piqûre de rappel, bien nécessaire pour contrer les “fumées” que ces tordus font avaler au bas peuple.
Merci de faire connaitre ce monsieur, que l’on essaye souvent de faire passer pour ce qu’il n’est pas.
De mon coté j’avais découvert le monsieur tardivement, et j’avais essayé d’en parlé sur le blog de Paul Jorion, ces réponses était relativement rapide et vague, il m’avait dit par mail qu’il ferait un sujet sur Allais mais rien de neuf depuis ce mail .
Donc il est laissé de coté par beaucoup d’économiste même progressiste…
Dommage
B’jour à tutti,
Allais ou Lamy ? L’un est volontairement ignoré, l’autre apparaît de temps à autre dans les médias autorisés pour porter la bonne parole de l’OMC. Yéti, quand tu dis qu’il faudrait virer Lamy, tu n’as pas tort mais cela ne suffirait à résoudre les problèmes que pose l’OMC. Depuis sa création en 1995 (ça fait un bail maintenant) son existence comme les accords qu’ils portent restent méconnus dans le milieu politique, syndical et plus encore chez les habitants. Pas plus tard que dans la journée, je lisais avec attention la rubrique internationale du document d’orientation ma fédération syndicale (cgt énergie), outil de réflexions et de débats à venir lors de son prochain congrès en mars prochain. Et bien pas une ligne sur l’OMC et l’AGCS ? 15 ans après ? Pourtant je crois savoir que parmi les têtes pensantes de mon syndicat, de la confédération, ils n’ignorent pas le poids démesuré de cette institution internationale ! Lorsque Lamy parle, dans les journaux ou à la télé (rarement), c’est toujours pour se plaindre que les négociations n’aboutissent pas (le cycle de Doha par exemple), mais jamais un bonze ne le soumette à la question pour que sa propagande (néolibérale, et c’est un socialiste… allez je rigole il l’est autant que Strauss-Khan, désormais patron du FMI qui travaille de pair avec l’OMC et la banque mondiale) simpliste, cynique soit mise à jour.
Pour revenir à mon syndicat (qui n’est pas le pire dans le monde syndical hexagonal), sa rubrique international s’arrête à l’Europe et à la Confédération européenne des syndicats (CES). La même qui, lors du référendum sur le projet de traité constitutionnel européen, n’y voyait pas d’opposition de fond ? Cette omerta est lamentable, risible jusque dans la communication qu’elle diffuse (à grands renforts de monnaies sonnantes et trébuchantes), évitant soigneusement de développer pensée et regard critiques. La situation actuelle des Etats (dette endémique, politique de déréglementation tout azimut, régression sociale, misère dans les pays du sud -avec en prime la corruption) relève tout à la fois de la crise systémique de la sphère financière que de l’incurie des politiciens à dépasser les contraintes imposées par les géniteurs du néolibéralisme (Freedman, Von Hayek, Adam Smith). Et les courroies d’opposition ne sont guère mieux qui vacillent lentement mais sûrement vers un modèle d’exclusion et de fracture sociale telles que je ne m’étonnerai pas dans les années à venir d’une remontée de bretelles violentes de la part de populations qui n’auront plus à rien à perdre, étant constaté qu’elles n’ont et n’auront plus rien.
Virer Lamy ne suffirait pas, disais-je précédemment, ce qu’il faut c’est supprimer l’OMC tout simplement. Il reviendrait à l’ONU, réformer enfin pour qu’un pays représente une voix, d’établir un système équitable, une adéquation entre l’humain et la terre, une économie ramenée à sa juste place (un outil parmi d’autres). Ce chemin est mal engagé mais à lire ta dernière rubrique et les commentaires qui suivent, je me dis que le travail d’informations, de sensibilisation, d’alerte que nous avions effectué voici onze ans avec attac n’était pas dénué de fondements.
Bien à vous tutti
Luigi
Maurice Allais fait pâle figure par rapport à un Attali ,un Cohen, un Minc , bref tous nos économistes néolibéraux…Nous protéger des BRIC ? Et encore quoi ? Non, les salariés français doivent accepter des salaires à 55 euros par mois , 55 à 60 heures par semaines , jusqu’à ce que mort s’ensuive…Comme ça les retraites , ce sera vite régler…
Pourquoi pas faire le bonheur du peuple , tant qu’on y est !
“Il faut, on a qu’à, on devrait, …” mais qui, quand et comment ??
C’est bien beau d’avoir des idées mais à quoi servent-elles si on ne les appliquent pas, ou si on ne peut les faire appliquer ?
Bonjour,
Rentour d’un mois passé au Brésil. Buzios.
Façon comme une autre de passer les fêtes, de travailler en compagnie d’Amis, de femmes à la chute de reins naturelle succeptibles de décongestionner les pires ordures de la planète finance sur un air de Kid Abelha par exemple Grand’Hotel… ou Lança Perfume interprêtée par Rita Lee.
Un séjour tout trouvé pour Lamy l’invertébré.
Pendant que j’y suis, excellente année 2010 à tous.
Structurons-nous, oxygénons-nous ( c’est bon pour la santé ) en battant le bitume hexagonal pour exiger une société plus juste et plus éclairée.
Chahutons les élus, véritables ecclésiastiques de “l’artiche pour l’artiche”, méfions nous de l’opposition et des têtes de Cohn considérés comme la “relève”!
Mon rendez-vous arrive, je file.
Message perso: Ma moitié est en rééducation suite à une pirouette.
Le(s) verre(s) de l‘amitié a la terrasse du Perroquet prévue plutôt pour février.
Un parti dans son programme propose des solutions réalistes,à vous de le découvrir:”Retrouver la maîtrise de nos échanges par une nouvelle politique douanière. Il faudra soit rétablir des quotas d’importation dans les secteurs les plus sinistrés, soit instaurer un système de droits de douane remboursables. Dans ce dernier cas, l’idée est que les pays exportateurs qui devront acquitter ces droits pourront simultanément bénéficier, à due concurrence, de crédits utilisables pour leurs achats de produits fabriqués en Europe. Ces droits de douane seront suffisamment élevés pour freiner les importations en provenance des pays qui ne respectent pas les règles élémentaires régissant le travail dans notre société. Ils resteront néanmoins suffisamment raisonnables pour conserver un effet compétitif par rapport aux produits fabriqués à l’intérieur de l’Europe. Le cas échéant, la France doit être déterminée à mettre en oeuvre seule ces mesures s’il n’est pas possible d’agir de concert au sein de l’Union européenne.
- Exiger le remboursement des aides publiques pour les entreprises qui délocalisent.”
@ Le Patriote
Le parti que vous n’osez pas nommer (et pour cause sans doute), appelons-le par son nom : Front National.
Mais défendre une même mesure (la protection sociale douanière), ce n’est pas adouber un parti, encore moins lui prêter allégeance. Pas plus que ne l’était le fait de voter “non”, comme le FN, lors du referendum sur le projet de constitution européenne.
Je laisse votre post, car c’est un post argumenté techniquement. Mais sachez que pour le reste, la plupart des gens qui passent ici n’ont STRICTEMENT rien (et ne VEULENT surtout rien) à voir avec un parti aux idées aussi déplaisantes et étriquées.
(Note du Yéti : je vous laisse un post, pas deux ! Vos leçons de morale n’ont rien à faire ici.)