Nous y voilà ! Une troisième guerre mondiale, si longtemps annoncée, si terriblement redoutée, est en train d’éclater. Qui aurait dit qu’elle opposerait le genre humain aux éléments naturels par lui déchaînés ?

L’évènement de destruction massive qui frappe le Japon et menace les pays alentours ne tient pas à une cause naturelle comme le séisme du 11 mars ou le tsunami qui a suivi. Non la catastrophe qui va semer la consternation et la tragédie pour des années et des années tient à l’activité humaine.

Fukushima en lieu et place d’Hiroshima

Sinistre coïncidence, l’effroyable conflit — oui, c’est bien d’une guerre qu’il s’agit désormais — éclate comme le précédent s’est terminé : une catastrophe nucléaire aux conséquences incalculables. Fukushima, en lieu et place d’Hiroshima et de Nagasaki réunis.

Les particules radioactives, libérées par la stupidité humaine, emportées par les vents mauvais, ont ceci de différent avec les cendres volcaniques issues d’un quelconque volcan islandais : même retombées au sol, les particules gardent leur radioactivité meurtrière pour des centaines et des centaines d’années. C’est plusieurs années après l’explosion d’Hiroshima que bondit la courbe des cancers.

Qui sait où elles vont échouer, où elles vont errer, ces particules assassines ? Qui croit encore que le Japon sera l’unique victime de ces errances ? Va-t-on scruter l’orientation des vents des centaines d’années durant ? Oui, la guerre est bien mondiale.

La gravité de la tragédie se mesure au ton de la voix des différents spécialistes, responsables politiques, techniciens. Voix de plus en plus blanches, graves, presque balbutiantes de désarroi à mesure que la catastrophe prend de l’ampleur.

Un signe : l’évocation des actes d’héroïsme et la glorification du sacrifice de ceux qui sur place mènent le combat, remplacent les déclarations lénifiantes de victoire assurée et de dangers écartés ou en voie de l’être. Quant à l’empereur japonais Akihito, aux apparitions si rares et mesurées, il a appelé ses sujets à prier. Prier !

L’humanité au pied du mur

L’ennemi ? Fukushima qui a échappé à tout contrôle. Mais aussi Onagawa et toutes les autres centrales nucléaires japonaises. Mais encore les 442 réacteurs disséminés de par la planète pour, dit-on, notre confort ! Et au-delà du nucléaire, toutes les usines du monde classées Seveso…

La catastrophe de Fukushima n’est qu’un des révélateurs de cette guerre inédite, mais si peu inattendue.

Faut-il rappeler l’état de notre atmosphère rongée par nos émanations toxiques de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre ? L’état désastreux de nos fleuves et de nos océans ? Les catastrophes pétrolières comme celle, récente, du Golfe du Mexique ? Et jusqu’à ces alertes à la pollution au-dessus de nos villes, presque anodines à force d’être répétées … ?

Il est trop tard dorénavant pour gémir ou récriminer sur les causes et les responsabilités. Prématuré et déplacé de jouer les dingos de l’apocalypse. Mais obscène aussi de continuer comme si de rien n’était en parlant juste de renforcer la sécurisation des sites survivants, seraient-ils en France.

Juste le temps de se retrousser les manches. L’humanité toute entière est vraiment au pied du mur. Une bataille terrible s’engage entre l’homme et lui-même. Issue incertaine.