Comment les instituts de sondages imposent leurs candidats

Le cas Dominique Strauss-Kahn montre le forcing ahurissant des médias et des instituts de sondage pour imposer des candidats « convenables », de gauche comme de droite, à chaque élection importante. Mais les organismes sondagiers tentent aussi de marginaliser les candidats qui pourraient faire de l’ombre à leurs poulains.

Deux cas à travers deux figures emblématiques : Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon. Vous pouvez aisément vérifier les données sur lesquelles s’appuie cette chronique sur l’excellent site récapitulatif Sondages en France.

Eva Joly, qui est-ce ?

Nul ne contestera qu’Eva Joly a été pressentie comme candidate à la prochaine présidentielles de 2012 par toute une frange d’Europe Ecologie. Eva Joly elle-même a d’ailleurs confirmé son intention d’être candidate à cette candidature.

Or, à une exception près, les organismes de sondage retiennent systématiquement le nom de Cécile Duflot, responsable du parti des Verts.

Résultat des sondages :

  • Eva Joly (dans la seule étude -- BVA du 27 avril -- où elle apparaît) : 12% des intentions de vote au premier tour ;
  • Cécile Duflot : entre 5 et 6% selon les organismes dans leurs dernière études.

Exit donc pour l’heure, chez nos “faiseurs d’opinion”, la personnalité d’Eva Joly. Et les médias auront beau jeu de titrer sur le flop déjà prévu (par eux) de l’effet Europe Écologie, redescendue sous la ligne de flottaison des 10%.

Jean-Luc Mélenchon, le CSA ne connaît pas

Nul ne peut nier non plus la montée en puissance politique du citoyen Jean-Luc Mélenchon. Nul ne peut contester ses intentions proclamées de représenter le Parti de gauche en 2012 -- à défaut d’un Front de gauche déjà menacé par les ambitions d’un PCF pourtant moribond (Marie-Georges Buffet entre 2 et 3% dans toutes les dernières études).

Nul… sauf le CSA !

À l’heure qu’il est, Jean-Luc Mélenchon figure bien sur les listes Ifop (6%) et BVA (6%). Mais absent des hypothèses du CSA (dont de méchantes langues disent que sa direction a des accointances avec le Parti socialiste).

Il faut sauver le paysage politique institutionnel

Dans les deux cas, même technique : choix des candidat d‘“opposition” à leurs favoris le moins bien placé dans les études (Duflot et Buffet en l’occurrence). Comme par hasard, membres les plus représentatifs des partis les plus traditionnels dans le paysage politique le plus institutionnel.

Précisons pour conclure que ces deux exemples ne sont pas uniques. À droite pas mieux, Dominique de Villepin (7%) et Nicolas Dupont-Aignan (2%) ne retiennent l’attention que de la seule Ifop.