21 septembre 2009
APPRENDRONT-ILS UN JOUR, APPRENDRONT-ILS JAMAIS ?
Mary Travers, du trio Peter, Paul & Mary, vient de s’éteindre. Les membres du G20 auraient à coup sûr gagné à ré-écouter le refrain d’un des succès que popularisa ce groupe célèbre dans les années 60, Where Have All The Flowers Gone (Que sont devenues les fleurs) de Pete Seeger :
Oh, when will they ever learn (apprendront-ils jamais)
Ils n’ont vraiment rien appris
Manifestement, eux, n’ont vraiment rien appris.
Car que peut-il sortir de leur prochaine sauterie prévue à Pittsburg les 24 et 25 septembre ? RIEN ! Il suffit de lire l’ordre du jour pâlichon du programme pour s’en convaincre. Haro sur les bonus des traders ? La belle affaire ! Avaient-ils besoin d’un tel tralala pour légiférer en la matière ? Un os à faire ronger par la plèbe pour faire oublier le reste, et masquer à grands coups de menton les divisions et les tergiversations entre les importants de ce gotha. Aussi crédible que leur “offensive” précédente contre les paradis fiscaux !
En attendant, le venin d’un désastre autrement plus sérieux se répand inexorablement :
- des dettes publiques plus que doublées en moins d’un an ;
- une consommation en jachère sous perfusion des aides publiques (primes à la casse automobiles et même, au Japon, versement de sommes en liquides aux ménages !) ;
- des caisses publiques locales ou nationales saignées à blanc par la diminution vertigineuse des rentrées fiscales ;
- des banques croulant sous les actifs toxiques en veux-tu, en voilà (440 milliards d’euros de crédits en difficulté de par le monde, dont 64 pour la seule France, selon la BNP) ;
- des centaines de milliers d’individus jetés au chômage chaque mois (25 millions de plus d’ici 2010 selon l’OCDE) …
Nul doute que le prochain sommet s’achèvera par une déclaration commune pleine de miel convenu et la sempiternelle photo des intéressés avec sourires enfarinées à la clef et grandes tapes dans le dos.
Que nous auront-ils pondu de plus depuis les mois que leurs tuyaux sont percés ? RIEN. Leurs plans de relance stériles touchent à leur terme sans n’avoir strictement rien changé à la vie du monde. Les milliards de milliards sortis des planches à billet en surchauffe n’auront servi qu’à sucrer encore un peu plus les financiers défaits.
Une bouffonnerie lourde de conséquences tragiques
Toutes ces gesticulations prêteraient à la franche rigolade si la situation n’était pas si poignante. Car pendant ce temps-là…
- nous nous agitons comme insectes affolés devant la propagation de pandémies secrétées par notre propre stupidité ;
- des hordes de gueux se pressent dans nos Sangatte, que nous refoulons vers la mer et leur misère ;
- 75 milliards d’euros manquent aux organisations internationales pour sauver les pays pauvres ;
- notre planète se réchauffe plus vite que prévue avec toutes les conséquences dramatiques qui menacent de s’ensuivre ;
- nous nous perdons dans des conflits absurdes, en Irak, en Afghanistan, au Moyen-Orient, au nom d’un Bien qui apparaît de plus en plus, aux yeux des autres, comme maléfique.
Insensiblement, nos farces bouffonnes, tel ce énième G20 de l’inutile, nous conduisent tout droit vers des tragédies effroyables.
Que reste-t-il à quoi nous accrocher, au beau milieu de toute cette pitoyable irresponsabilité ? Quelques vieilles chansons du passé un peu naïves à entonner, gorge serrée et rage au cœur…

Commentaires
Yéti, sans nul doute n’ont-ils jamais pris d’autres chemin de Travers(e)s que ceux dont ils vénèrent psychotiquement les bienfaits. Je parlai encore ce matin de cette double névrose qui permet à notre ministre de la Santé, la frétillante Bachelot d’annoncer aux assurés que nous sommes qu’il nous faudra contribuer de nouveau au déficit de la sécurité sociale quant, dans le même temps, les gouvernements sont incapables (ou du moins ne se bousculent pas en volontarisme) pour réglementer les banques et les marchés financiers. Le prochain G20 sera une mascarade de plus.
Un contre sommet tentera d’alerter le monde de la nième supercherie qu’ils préparent avec sans doute une répression encore plus accrue. Pascal Lamy de l’OMC, Strauss-Khan du FMI et le pandore de la banque mondiale iront de leurs commentaires sur la nécessaire continuité de la libéralisation des activités humaines (mise en concurrence des individus sous le regard attendri des actionnaires, des plans d’ajustement structurels, etc.. ; les responsables politiques continueront à s’épancher en compassion sur les dégâts de la spéculation, des en-cas des traders, de l’immoralité des paradis fiscaux, placeront de temps à autre l’urgence d’un véritable plan d’action contre le pillage de l’environnement et, comme tu le précises, se serreront la louche devant les caméras et autres appareils photos numériques affichant le sourire de circonstance qui sied à tout responsable politique.
En dehors de ce tableau mirifique, reste une inconnue de taille que personne ne maîtrisera jamais, à savoir le degré de révolte que sous-tend ce système sous perfusion. Sans tomber dans une vision catastrophique de l’avenir, il est certains que les bons samaritains du système verrouillent tout ce qu’ils peuvent, préparent la réponse qu’ils devront apporter à la grande révolte que ne manqueront pas de formaliser les cohortes de miséreux qui ne cessent d’augmenter en essayant de maintenir la couche supérieure dans l’ignorance ou l’indifférence. Jusqu’à ce que la susdite couche se retrouve à l’étage du dessous et viennent à son tour grossir les rangs des précédents miséreux. Et jusqu’à ce que… jusqu’à ce que …. bon sang de bonsoir … jusqu’à ce qu’en chemins de traverses et chemins de travers, on ait redécouvert qu’il n’est point utile d’attendre qu’ils apprennent un jour mais comme jamais nous substituions à leur cynisme markétisé un autre monde possible.
Bien à vous tutti
Luigi
Ce groupe célèbre et talentueux des années 60 a fait partie de toute une mouvance que j’appellerai, pour simplifier, les enfants de Woody Guthrie : la chanson est une arme, et de gauche. Ces enfants ont eu des cousins en France, dont Roger Mason et Graeme Allwright (La ligne Hollworth, Qui a tué Davy Moore*). Googlez Joan baez, bien sûr, mais ausi Judy Collins, Tom Paxton (Little boxes), Richard et Mimi Farina (Pack up your sorrows) ou Pete Seeger (Banks of marble)
Petite anecdote : je les ai découverts par hasard avant qu’ils ne soient connus en France… sur la BBC, avec leur version de Blowin’ in the wind. En croyant, avec mon faible niveau d’anglais qu’il s’agissait d’un chanteur : Peter Pollenmary !!
* Chanson d’actualité quand on pense aux morts de France Télécom.
PS Aller ici : http://www.youtube.com/watch?v=h5gO…
Bonsoir,
Que de noirceur dans ce billet !
Pour un peu, j’aurai presque envie d’hiberner sans manger…
Fort heureusement, je me remémore toutes les fortunes faites en périodes de guerres sans un radis au départ et pense aux cours de chinois à prendre pour ne pas louper le coche à la sortie du prochain conflit.
A votre lecture, Mr Yéti, j’entends mes Vieux qui disaient, et ils ont vécu 39-45:
-… mon p’tit gars, c’est malheureux… mais c’qui faudrait c’est une bonne guerre pour remettre de l’ordre dans tout ça.
Et encore:
-… si les saisons sont détraquées c’est à cause de toutes ces saloperies envoyées au dessus de nos têtes…
Ils me manquent malgré ces conneries…
Merde! Dites moi qu’ils avaient tort…
Bien à Vous.
Et faut ajouter le pic pétrolier, qui serait beaucoup plus proche que prévu. Lire ici.
@ Polaire (et @ Blaise11 sur Rue89)
Noirceur, oui, mais ni nostalgie, ni abattement.
Si j’ai introduit Peter, Paul and Mary dans mon analyse du G20, c’était à un autre dessein. Rappelons-nous que ces « petits » groupes, ces « petits » chanteurs (PP&M, mais aussi Dylan, John Baez, Pete Seeger ; Richie Heavens…) sont parvenus à arrêter une guerre, celle du Viet-Nam. Et qu’ils sont à l’origine d’un des plus formidables mouvements de libération de notre histoire.
Si j’ai mis à la fin la petite vidéo sur Que sont devenues les fleurs, ce n’est pas par nostalgie. Mais pour donner envie aux lecteurs, à la plèbe, d’entonner des chants de cette force. Quand je montre le film Woodstock à mes filles, elles ne rêvent de RE-vivre une telle époque, mais au moins de VIVRE quelque chose d’aussi fort à la leur. Je voudrais transmettre cette envie.
Et puis mon petit texte ne se termine pas par le “désespoir au cœur”, mais bien par “la rage au cœur”
.
Par contre, il y a une chose que je voulais souligner avec ma petite dissection anatomique de la situation générale. Par delà le ridicule de ces pantins (dans un premier temps, on aurait tendance à en rire, à ironiser), il y a leur extrême dangerosité. Il y a l’extrême gravité de la situation elle-même. Sa noirceur. Sans pleine conscience de celle-ci, difficile de trouver les réactions appropriées dans les moments graves qui vont suivre.
Bien à vous.
L’IGNOMINIE EN DIRECT
France Inter, 22 sept. 2009, 7h00 du matin.
Les forces de l’ordre s’apprêtent (nous dit le présentateur du journal d’un ton policé très professionnel) « à donner l’assaut » contre le camp des migrants de « la jungle de Calais ». Environ 200 journalistes ― « plus que le nombre de migrants » ― attendent sur place. « Il règne une atmosphère surréaliste… »
Où est la noirceur ? Où est l’ignominie ?
J’ai lu hier sur le site internet du Monde, un article à deux mains signé notamment par Michel Rocard (+ un avocat), où il explique doctement tout l’intérêt qu’aurait la France a démentelé la SNCF.
Avec la Poste, ce sont deux fronts qu’ouvre Sarkozy.
Apprendront-ils un jour, apprendront-ils jamais ?
Nul besoin pour eux car ils savent. Ils savent d’où viennent les coups, comment les renvoyer, comment en asséner d’autres à leurs homologues, à leurs concurrents. Leur compétition de pouvoir est éternelle, sacralisée, théâtralisée lorsqu’elle leur pète à la gueule (la crise financière par exemple) aux seuls fins de leur assurer plus de pouvoir, plus de prébendes.
Cyniques avez-vous dit ! Oui ils n’apprendront pas un jour, ils n’apprendront jamais parce qu’ils ne veulent rien savoir de plus que ce qui les maintiennent en vie : le pouvoir et l’argent. Jusqu’à ce que…. (lire à ce sujet l’interview donné par Denis Robert sur le site du Nouvel Obs au sujet de l’affaire Clearstream).
Bien à vous tutti
Luigi
Si la Sarkozie agissait vraiment contre les passeurs, nul doute qu’avec son goût immodéré pou la com’, les noms de ces voyous ne quitteraient pas les manchettes des journaux et leurs porteurs connaitraient la paille humide des cachots.
Vous en avez vu un, vous ?
Bonjour tout le monde !
Le 15 septembre ARTE diffusait une excellente émission : “Les Yes Men refont le monde”.
que l’on peut revoir ici :
http://plus7.arte.tv/fr/1697660,CmC…
Cela permet de voir en taille réelle le cynisme, la goujaterie de ces belles multinationales qui tiennent le monde dans leur mains sales (très sales).
Bonsoir,
Encore une belle journée. Soleil. Vent léger. Sec.
Avec une lente chute des feuilles cuites par la chaleur de l’été des branches d’arbres se préparant à l’hiver… un peu comme les Vieux lachent les élastiques à la sortie de celui-ci laissant place aux jeunes générations pleines de fougue et d’audace… seulement dépourvus d’idéaux…???
J’ai bien noté Mr. Yéti que jamais vous ne perdiez force et vigueur tout en tirant le signal d’alarme.
Faire référence au passé pour construire l’avenir n’est bien sur pas vouloir revenir en arrière. Encore faut-il s’en donner la peine et en être convaincu!
Oui ce matin une poignée de pauvres pékins a subi les coups des forces de l’Ordre sous les yeux de voyeurs accrédités reporters-journalistes dans une indifférence médiatique quasi-générale.
Oui demain les bourses recommenceront à monter plus vite demain qu’aujourd’hui jusqu’à la prochaine cata car les intérêts des banq-assureurs sont loin des préoccupations quotidiennes des morts-vivants oeuvrant l’échine courbée à l’instar du PDG de France Télécom qui reçoit ses objectifs de la part du gouvernement-actionnaire majoritaire gavé par la bête. Mieux que Total, FT reverse 92% de ses bénéfs à ses actionnaires.
Oui la dette de l’Etat explose sans que personne ne s’insurge.
Oui les représentants de la planète sont semblables aux héros de L’aventure c’est l’aventure
Oui, oui, oui, oui… ça sent la poudre! Et pourtant… Tian’anmen à la Bastille, c’est pas pour demain!
M’enfin… on a déjà les vélos.
Bon, c’est l’heure de l’apéro. Et on ne plaisante pas avec le p’tit blanc sec de 19h comme disait Blondin au comptoir du Courrier de Lyon.
A votre santé.
Moi qui croyait que c’était les vietnamiens qui par leur résistance avaient gagné la guerre…
J’ai dû faire une erreur quelque part…
André
Non André, tu n’as pas fait d’erreur. Mais les choses me paraissent plus complexes qu’on ne le pense : les Vietnamiens ont gagné la guerre politiquement, mais évidemment pas militairement. Militairement, je veux dire physiquement s’entend, peu d’armées peuvent faire le poids face aux Etats-Unis d’Amérique. Une bombe nucléaire façon Hiroshima ou Nagasaki, et la résistance des Vietnamiens du Nord ou de qui que ce soit aurait été réduite en poudre illico presto.
Sauf que les choses ne se passent pas exactement comme ça. La force physique, heureusement, ne suffit pas toujours.
Dans la guerre du Vietnam, il y a bien eu deux éléments essentiels:
- la résistance et la volonté des Vietnamiens, incontournable (là d’accord avec toi);
- mais aussi la résistance de certains Américains de l’intérieur, de plus en plus nombreux et décidés, genre Jane Fonda, Joan Baez, PP&M, etc. Et celle tout aussi décisive de l’opinion publique mondiale.
Une paille !
NB : la guerre du Viet-Nam n’est pas le seul exemple de ce cas ; on pourrait par exemple parler aussi :
- de la guerre d’Afghanistan actuelle (“les Talibans comprennent bien qu’ils ne peuvent pas gagner militairement. Ce qu’ils savent en revanche, c’est que l’opinion publique occidentale est fragile et ce qu’ils cherchent, c’est gagner cette bataille de la communication” - Hervé Morin, ministre français de la Défense).
- ou de notre “bonne vieille” guerre d’Algérie (“Algérie et Malaisie, victoires militaires dans les deux cas accompagnées d’un retrait politique - SIC ! - pour l’Algérie” - d’un certain Mauser, commentateur sur Rue89)
Heu…
Le sinistre de la défense c’est Hervé Morin. Edgar lui est sociologue et philosophe
Merci le Yéti pour cette chanson écoutée ce matin. J’ai tellement la rage que j’ai allumé l’ordi avant de partir travailler pour essayer de trouver quelques nouvelles des migrants de la jungle…
Maintenant, et malgré le fait qu’il y a un certain temps que je n’ai plus la boîte à cons pour m’intoxiquer, les voix à la con reviennent au même.
Impossible d’écouter quelle que soit la radio sans avoir envie de gerber!
La rage et la honte au coeur après ce qui s’est passé à Sangatte hier, et aussi après avoir entendu un sondage déclarant que 67% des français approuvent. Pas de majuscule pour ces français-là. Juste des larmes à partager avec ces hommes qu’on appelle les sans-papiers et ceux qui les soutiennent.
. Et l’espoir que l’histoire condamne les responsables français, européens, occidentaux à de lourdes peines dès que possible, ce qui voudrait dire que l’occident aurait enfin fini de se boucher les yeux…
Merci Le Yéti, pour ton blog, c’est comme boire un bon café et discuter un coup avant de partir au boulot…
A plus!
Pour la chanson en question , il y a une version là
Mais j’avais trouvé une version avec Pete Seeger qui sait où elle est?
La version française (paroles de Francis Lemarque et René Rouzaud) par… Dalida ! Pas mal du tout.
Je ne suis pas la seule à éprouver rage et honte. C’est toujours sur la toile que je découvre les autres… Lien issu du blog de Seb Musset
http://marc.vasseur.over-blog.com/a…