Apéros géants : comme un air troublant d'avant Mai 68

Pavé FacebookPeuple-jeunes, hého, tu m’entends ? Ben dis donc, qu’est-ce que tu es en train de leur faire avec tes apéros Facebok qui éclatent en pétards aux quatre coins de l’hexagone ? As-tu vu comme ils s’agitent ? Comme ils sont désemparés ? Comme ils s’interrogent vainement sur les moyens de « reprendre le contrôle » d’une situation qui leur échappe et ne comprennent pas ?

Des revendications festives plutôt que politiques ou idéologiques

Je vais te dire un truc (ne le prends pas mal ni trop vieux-con), ça me rappelle la période pré Mai 68. Oui, oui, contrairement à ce que prétendent aujourd’hui les gloseurs empesés et les analystes d’importance, Mai 68 n’eut pas vraiment pour origine des revendications politiques ou idéologiques (ça, c’est venu après).

Mais festives. Une façon de secouer les pesants pruniers de l’époque et de se débarrasser des carcans moraux faisandés. Une des premières manifestations revendicatives, ne rigole pas, fut pour que les garçons et les filles puissent se rejoindre dans les chambres des cités universitaires.

Aujourd’hui, il n’y a vraiment que ces fossoyeurs de vie pour ne pas comprendre le besoin festif qui t’agite, mon petit peuple-jeunes. Un besoin irrépressible de te retrouver, sans leurs préfets ou leurs flics comme chaperons, sans leurs “valeurs” à la con qu’ils ne respectent surtout pas eux-mêmes. Une façon de tirer un bras d’honneur à leur univers mortifère.

Perte de contrôle

Tu vas voir, à propos de tes apéros, tout va y passer dans leurs commentaires :

  • « À quoi ça rime de se souler la gueule comme ça sans raison » (le fait est qu’ils n’y pigent rien, à tes raisons) ;
  • « ils ne savent même pas ce qu’ils veulent » (traduis : ils ne veulent pas savoir, eux, ce que tu veux, toi) ;
  • « et les familles des victimes, ils y pensent aux familles des victimes ? » (Le gros trémolo compassionnel ! Tu remarqueras que malgré de nombreuses “victimes”, suicidés ou trépanés, ils n’ont ni fermé France Telecom, ni ouvert les prisons, ni interdit les matchs de foot.)

En réalité, ce qui les fait bisquer, c’est de sentir la situation leur échapper. « Où sont les responsables ? On trouve pas les responsables ! » Comment reprendre le contrôle d’une situation quand on a aucun responsable à mettre sous la dent de la justice ?

La perte de contrôle d’une frange de la population, pour eux, c’est la pire des choses. Sans l’autorité et le respect hiérarchique qui lui est dû (pense-t-il), un pouvoir n’a plus que la force physique pour se maintenir. Ça dure le temps que ça dure..

« Rappelez-vous que c’est nous qui allons payer vos retraites »

C’est pourquoi, comme ils ne parviendront pas à juguler tes besoins irrépressibles de fêtes, ils vont se faire menaçants, jeter l’opprobre sur Facebook, ton pavé absolu, tenter de retourner l’opinion publique contre toi, brandir l’épouvantail de la peur, du désordre et de la chienlit, essayer de te discréditer en te traitant d’insensé manipulé par quelques obscurs “meneurs”.

Drôle, j’entendais quelques-uns d’entre vous, ce matin, sur France Info, après qu’ils eurent été refoulés par la maréchaussée à Aubenas, Ardèche. Ils ne donnaient pas du tout l’impression d’ahuris inconscients.

« Quand est-ce qu’ils nous lâchent, on voulait juste faire la fête ? … Le sécuritaire, il commence à y en avoir un peu marre ! … On va payer vos retraites, alors il faudrait y aller un peu doucement avec nous sinon… »

Gagner la vie, pas trouver la mort

Tu as raison, mon petit peuple-jeunes. Marche-leur dessus de bon cœur ! N’écoute pas leurs aigres aboiements, évite leurs morsures, ne te laisse pas poisser par la glu de leurs discours (tu vas voir qu’ils vont me lâcher leurs classiques invectives fonds de tiroir — dont soit dit en passant je me contrefous comme de ma première chemise : « démagogue flatte-jeunes, populiste… »).

Je te laisse maintenant. Le vieux chenu que je suis se met sur le côté (pas trop loin tout de même). À toi de faire ta vie tout seul comme un grand, quitte à t’égratigner les genoux sur le chemin, mais sans ces tocards finissants dont tu n’as strictement rien à attendre.

Fais attention, s’il te plaît, prends bien soin de toi. L’important, c’est de gagner la vie, pas de trouver la mort. Moi aussi, j’ai des mômes de ton âge qui en ont ras la casquette de leurs conneries.