06 juillet 2017

Le Grand jeu : Sinours

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Le maître du Kremlin n’avait pas tort lorsqu’il évoquait fin avril le « niveau sans précédent des relations sino-russes », que de son côté Xi Jinping considère à « un plus haut historique et un modèle entre grandes puissances ». De fait, si les rapports entre les deux pays ont parfois connu des moments difficiles pendant la Guerre froide, le rapprochement depuis le début du XXIème siècle, et particulièrement depuis 2013, est colossal.

La visite du président chinois à Moscou — la 22ème rencontre (!) entre Poutine et Xi depuis cinq ans — a été l’occasion de pousser encore plus avant la symbiose entre les deux poids lourds de l’Eurasie, ce dans à peu près tous les domaines. D’où ils sont, McKinder et Spykman doivent en pleurer de rage…

Des contrats ont été signés et un fond d’investissement de 10 milliards d’équivalents dollars a été mis en place pour accroître les échanges en yuans et en roubles (tss tss dédollarisation…) Le tout dans un contexte de floraison économique bilatérale, dans des domaines aussi divers que l’aéronautique (joint-venture pour la fabrication commune d’un avion de ligne) ou le tourisme (les Chinois sont le premier contingent de touristes en Russie tandis que la Chine est devenue la deuxième destination des touristes russes, chacun ayant augmenté de 30% en 2016).

En 2019 devrait sortir de terre un ébouriffant train de marchandises à grande vitesse, transportant les produits à 400 km/h. Il doublera les projets pour passagers, dont le TGV Moscou-Pékin en 30 heures. De quoi donner un coup de vieux au vénérable transsibérien, adoré des grand voyageurs mais difficilement compatible avec le grand mouvement d’intégration eurasiatique. Car en filigrane se dessinent évidemment les nouvelles routes de la Soie. À Moscou, c’est d’ailleurs presque déjà une réalité (merci au fidèle lecteur expatrié qui m’a envoyé ce lien).

Quant au titanesque gazoduc Force de Sibérie (Sila Sibiri en russe), il avance dans la taïga et les premières livraisons de gaz devraient débuter en décembre 2019.

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En juin, lors du sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai, une feuille de route a été signée sur une coopération militaire poussée, ce qui a fait dire à l’ambassadeur chinois à Moscou qu’il s’agissait du « plus important épisode des relations bilatérales cette année », qui n’en manque pourtant pas…

Sur le plan diplomatique, l’harmonie est totale. Moscou commence à condamner par des officiels, de second rang pour l’instant, la diabolisation de la Chine par l’empire tandis que les deux pays se retrouvent totalement d’accord sur la Corée et la Syrie. À noter en passant que la rédactrice en chef de RT appelle à une alliance des médias russes et chinois pour lutter contre la propagande de la MSN occidentale.

La crise balistique nord-coréenne et les gesticulations américaines ont entraîné une réponse commune de l’ours et du dragon qui présentent à l’ONU un projet de désescalade graduelle des tensions dans la péninsule, basé sur le scénario chinois : fin des essais de Pyongyang mais également arrêt des manoeuvres militaire américano-sud-coréennes. L’usage de la force (par Washington) est jugé « inacceptable ».

Dans le dossier syrien, c’est Pékin qui rejoint la position russe en demandant l’ouverture d’une « enquête officielle et indépendante sur les false flag attaques chimiques ». Bien sûr, le principe de la souveraineté syrienne y est réaffirmé avec force. Tout cela vaut bien un toast…

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=> Source : Le Grand jeu

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