05 juillet 2017

Les coulisses de l'Europe allemande selon Yánis Varoufákis

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Wolfgang Schaüble et Yánis Varoufákis

Yánis Varoufákis était le ministre des Finances grec du premier gouvernement Tsipras. Dans son dernier livre — “Adults in the Room, My Battle with Europe’s Deep Establishment”, The Bodley Head, 2017 — il raconte les coulisses de l’Europe allemande. Et c’est pas triste !

La phrase terrible de Michel Sapin

La phrase terrible qui résume toute la situation est prononcée lors de l’Eurogroupe du 11 février 2015 par le ministre des Finances français, Michel Sapin :

« Yanis, vous devez comprendre une chose. La France n’est plus ce qu’elle était. »

Car le plus pitoyable dans le récit de Varoufákis, c’est l’attitude du ministre Sapin, tour à tour patelin (au début)…

« C’est tout juste si Michel ne m’a pas attrapé la main pour qu’on aille prendre la Bastille en chantant la Marseillaise »

… puis soudain glacial et distant (après avoir été admonesté par la partie allemande) :

« Mais qui êtes-vous, qu’avez-vous fait à mon Michel ? »

Pour un mot de travers

Varoufákis n’est pourtant pas au bout de ses étonnements en découvrant la vraie réalité des coulisses de l’Europe :

« L’Eurogoupe est une créature intéressante. Il n’a aucune base légale dans les traités européens et pourtant c’est le lieu où sont prises les décisions les plus cruciales pour l’Europe. »

« Mais le vrai pouvoir est assis à chaque extrémité [de la table où siège l’Eurogroupe, ndlr] : d’un côté, Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, et le FMI (Christine Lagarde, Poul Thomsen). De l’autre, le letton Valdis Dombrovskis alors vice-président de la Commission européenne dont le rôle véritable consiste à contrôler — à la demande de Wolfgang Schäuble — Pierre Moscovici, le commissaire aux affaires économiques et financières. »

Selon Varoufákis, un détail est particulièrement emblématique de la domination allemande au sein des instances européennes : si tous les pays membres de l’UE sont tenus de respecter sans moufter les décisions prises par l’Eurogroupe, il en va tout autrement pour l’Allemagne, puisque toute décision de l’Eurogroupe susceptible d’être contraire à ses intérêts doit préalablement être soumise au Bundestag, le parlement allemand. C’est en tout cas le prétexte avancé par Wolfgang Schaüble pour refuser la demande faite par Varoufakis d’introduire un seul mot — « amendé » — derrière le terme « programme » dans le texte du communiqué final de l’Eurogroupe.

Ainsi va l’Union européenne, comparable à un bus avec la Grèce, la France et ceux que Varoufákis appelle la bande des pays « groupies » (Autriche, Finlande, Lettonie, Lithuanie, Malte, Portugal, Slovaquie, Slovénie), assis sur les banquettes arrières, sans avoir leur mot à dire ou se gardant bien de le dire. Au volant, l’Allemagne qui conduit le bus et va où elle veut, quand elle veut.

C’est l’Europe allemande.

=> Source de l’info : Les Échos

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