Bilan 2/2 : place à la guerre politique loin des isoloirs

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Quelques grands précurseurs : Jean Jaurès, Che Guevara, Martin Luther King, Nelson “Madiba” Mandela, Mai 68…

Nous voilà arrivés au bout de cette interminable bataille électorale qui aura mis à nu le délabrement sans doute fatal des institutions politiques de notre pays : une présidentielle outrageusement manipulée par les médias mainstream qui n’avaient d’yeux et d’éditos que pour leur poulain Macron ; une législative décrédibilisée par plus de 50% d’abstention à chaque tour.

La France insoumise aura un groupe à l’Assemblée et il sera fort intéressant de suivre le comportement de ses élus, issus non d’un parti ou d’une coalition, mais de ce qui se voulait un mouvement citoyen.

Reste qu’il faudra bien désormais continuer la guerre politique par d’autres moyens. D’une part, parce que le pouvoir en place va mener son train de mesures dégueulasses en se foutant bien d’avoir ou non l’assentiment populaire. Ensuite, parce qu’à ce niveau de dégénérescence-là, la guerre politique ne peut plus se limiter à une vague de consultations quinquennales de plus en plus discréditées et caricaturales. Elle se mène au quotidien.

Au fait c’est quoi un combattant politique au quotidien ?

Un combattant généreux, bon vivant, jovial et sympa

D’abord, le vrai combattant politique au quotidien n’est pas un braillard prompt à se répandre en aigreurs sur les saloperies commises par le pouvoir en place. Il n’enquiquine pas ses voisins avec des discours idéologiques à n’en plus finir. Pendant les manifs, il ne fait pas le mariolle face aux forces de l’ordre du camp d’en face (sur ce terrain, c’est eux les plus forts).

Le “révolutionnaire” — appelons-le ainsi puisque c’est bien une révolution qu’il ambitionne — ne se limite pas à battre le pavé entre Bastille et la République pour clamer une indignation convenue avec des slogans convenus aux moments convenus. Il ne perd pas son temps en vaines pétitions et lettres ouvertes aux autorités pour tenter d’infléchir ces dernières. Car le problème n’est plus d’amadouer les tenants du pouvoir, mais de les virer !

Ce révolutionnaire est d’abord un combattant de l’ombre. Il met sa philosophie de vie en pratique. Il rompt avec ses vieilles habitudes de consommation passées, privilégie les circuits courts et écologiques, adopte sans attendre et sans transiger un style de vie conforme à son éthique.

Avec ses voisins, le révolutionnaire de l’ombre est généreux, bon vivant, jovial, sympa, même si ceux-ci ne partagent pas du tout ses idées. Le combattant révolutionnaire n’assène pas des idées, il donne très modestement sa façon de vivre en exemple. L’esprit de la révolution se transmet par capillarité et séduction, pas par mots d’ordre autoritaires.

Les 40 lois d’airain du citoyen révolutionnaire

Surtout, le citoyen révolutionnaire obéit scrupuleusement à ses propres règles, aux lois qui lui conviennent et à celles-ci seulement. Il rejette impitoyablement les règles et les lois perverses que le pouvoir en place tente d’imposer. En réalité, le citoyen révolutionnaire s’accroche en tout et pour tout à 40 articles de loi : les 40 articles contenus dans la Déclaration universelle des Droits de l’homme.

Rien, absolument rien ne saurait contrevenir à aucun d’entre eux. Lisez-les, apprenez-les par cœur, gravez-les dans le marbre; affichez-les dans vos maisons, enseignez-les dans vos écoles. Tout, absolument tout y est notifié. L’article 25, par exemple, qui marque d’infamie tout recours honteux à des minima sociaux et à des revenus inférieurs au seuil de pauvreté :

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Voilà pourquoi le révolutionnaire de l’ombre porte assistance sans la moindre hésitation à tous les réfugiés, tous les réprouvés, tous les précarisés d’où qu’ils viennent, n’en déplaise aux injonctions de préfets de la République intimant l’ordre d’abandonner tous ces naufragés à leur sort. Ou les traquant pour vérifier s’ils n’ont pas perçu un petit minima social de trop. Le maître mot du combattant de l’ombre, quand les principes auxquels il se réfère sont bafoués, est la désobéissance civile.

La révolution des petits matins chaleureux

Au final, le révolutionnaire de l’ombre sait bien qu’il lui faudra aussi un jour sortir dans la lumière. Il sait que l’ennemi a atteint un stade d’agonie irréversible. Il sait qu’un jour la colère populaire, fût-elle exprimée comme souvent par une minorité agissante, excédera la peur du risque et le repliement frileux sur soi.

Il sait pouvoir compter sur quelques alliés de poids : la fin du triste mythe de l’argent-roi, la dissolution de la valeur travail et sa corollaire, le chômage, la prise de conscience de l’inanité de la dette, la paralysie durable de la croissance capitaliste, la tombée en désuétude du spectacle démocratique, les lanceurs d’alerte et les activistes de l’ombr (Cédric Herrou de la vallée de la Roya)…

Dans cette perspective, le révolutionnaire de l’ombre, toujours généreux, bon vivant, jovial, sympa, sourire aux lèvres, bâtit patiemment son petit monde parallèle. Il se constitue en réseaux, sur Internet, au sein d’associations et de mouvements politiques. Le révolutionnaire de la guerre politique globale n’attend pas de Grand soir fumeux, il prépare méticuleusement les petits matins chaleureux de demain.

Mais il ne compose plus avec le monde d’avant, il ne négocie plus avec celui-ci. Le révolutionnaire de la guerre politique ne cherche pas à rafistoler le vieux monde d’avant, mais à le mettre hors d’état de nuire. Le révolutionnaire de l’ombre attend son heure…

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