La Grande-Bretagne insoumise de Jeremy Corbyn monte en puissance

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Lorsque le 12 septembre 2015, Jeremy Corbyn fut élu par les militants travaillistes à la tête du Labour, les observateurs politiques avisés, qui n’avaient strictement rien vu venir (ou rien voulu voir venir), assassinèrent définitivement le trublion, fossoyeur à coup sûr de son parti :

« Si Corbyn est élu, ce sera la guerre civile au sein du parti et la victoire du populisme contre les députés. Le Labour sera écarté du pouvoir pour des années » (Steven Fielding, professeur d’histoire politique à l’université de Nottingham, 11 septembre 2015).

« Le risque est grand pour le Labour de n’être plus un parti de gouvernement » (Le Monde, 14 septembre 2015).

« Comment Jeremy Corbyn a détruit le Labour en 365 jours » (Tom Peck, The Independent, 12 septembre 2016)

Raté ! Le 8 juin 2017, le Labour de Jeremy Corbyn obtenait 12,8 millions de voix et plaçait 262 députés à la Chambre des Communes, un exploit inédit depuis des décennies, obligeant la conservatrice Theresa May à une coalition douteuse avec le Parti unioniste démocrate irlandais (extrême-droite) pour pouvoir continuer de gouverner.

Trois “vieilles” idoles des jeunes

Jeremy Corbyn se situe dans la même lignée de gauche que l’Américain Bernie Sanders ou le Français Jean-Luc Mélenchon. Mais contrairement au Français, contraint de quitter son parti socialiste d’origine pour refonder un mouvement de gauche insoumis alternatif, contrairement à Sanders qui n’a pas réussi à supplanter l’inamovible clan Clinton à la direction du parti Démocrate US, Corbyn est parvenu à réformer son parti de l’intérieur, donnant un coup de vieux au “New Labour” de Tony Blair et des vapeurs aux vieilles élites dirigeantes travaillistes qui firent tout, mais en vain, pour évincer le trublion de son poste incongru.

L’autre point commun de ces trois leaders de gauche est d’avoir déjà atteint un âge fort respectable (68 ans pour Jeremy Corbyn, 65 ans pour Jean-Luc Mélenchon et 75 pour Bernie Sanders). Mais la jeunesse de leur électorat permet tout à fait d’envisager, tant leur succession que la pérennité des mouvements qu’ils ont initiés.

Lors des primaires américaines, le challenger des démocrates américains flirta bien souvent avec la barre extravagante de 80% de votes en sa faveur chez les moins de 30 ans (84% dans l’Iowa le 1er février 2016). Le 23 avril dernier, 30% des jeunes de 18-24 ans optèrent pour le candidat de la France insoumise. Et le 8 juin, le taux de participation des jeunes électeurs britanniques de la même tranche d’âge serait passé d’environ 40% aux législatives précédentes à 72%, très majoritairement au profit des candidats travaillistes. Les observateurs politiques mirauds du monde d’avant vont sacrément devoir revoir leur copie et changer leurs lunettes.