Uniquement des cadeaux fabriqués à la maison ou à l'école

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Elle est institutrice dans une petite commune perdue dans la campagne. Elle me raconte l’inquiétude pour les gens de sa commune.

Des agriculteurs qui survivent grâce au RSA et au Resto du cœur. Des chômeurs au long cours, des mères seules et des retraités à pension famélique dans les mêmes difficultés. Et toute cette pauvreté se cache. Il faut savoir la repérer grâce à des détails anodins.

— Déjà quand j’étais gamine, mes parents, modestes fonctionnaires à petits salaires, passaient presque pour des nababs avec leur double salaire et leur carrière sans accroc. Par ailleurs ma mère avait remarqué que certains gosses, toujours les mêmes, ne venaient jamais aux fêtes d’anniversaire.

— Alors elle a établi une relation entre ces absences et cette image de nababs. Et puis, pour mon anniversaire, on a invité toute ma classe. Jeu de piste dans les bois. Attention ! Venir avec des vêtements usagés qui ne craignent rien du tout, on va salir et abimer. Comme ça, les gosses vêtus à la six-quatre-deux ne se sentent pas exclus… Attention ! Venir les mains vides : après le jeu de piste, nous allons bricoler ensemble les cadeaux avec les trésors — cailloux, plumes, coquilles ou racines — trouvés dans la forêt. Eh bien, ma mère avait vu juste. Les gamins qu’on ne voyait jamais aux fêtes sont venus à mon anniversaire…

Quand elle est arrivée dans son école avec son compagnon, elle n’a pas été dépaysée, elle a bien vu que sa commune d’arrivée était fort semblable à sa campagne natale. Mais, avec les années, la pauvreté avait salement gagné du terrain.

Alors, dès sa première rentrée, notre instit a décidé de mettre en place la bidouille de sa mère pour les fêtes. Et, ça tombait bien, une gamine à mère solo qui semblait ne pas rouler sur l’or, avait son anniversaire quelques semaines après la rentrée.

On a profité d’une absence de la fillette pour faire des travaux manuels intensifs. Les enfants ont fait, qui un dessin, qui un collage, qui un mot calligraphié ou un poème recopié. De tout cela j’ai fait un livre relié. Un cadeau collectif à participation individualisée…

J’ai vu les photos. Ça tient davantage, avec le talent de notre instit, du livre d’artiste que d’une production scolaire ordinaire.

Et c’est comme ça que nous avons lancé cette petite “mode” dans notre école. Pour fêter anniversaires, mères et pères, pas de cadeau acheté. Uniquement des cadeaux fabriqués à la maison ou à l’école par les enfants. Il y a des parents qui ont tout de suite compris la raison cachée. Certains nous ont remerciés. Comme cette mère qui m’a offert un joli tablier de cuisine très coloré qu’elle a cousu.

Avec mon compagnon on s’est creusé la tête pour renouveler les idées. Mon cuisinier de père est venu animer des ateliers gâteaux et desserts faciles. Un copain plasticien est venu montrer comment faire des jolies choses avec les galets du ruisseau. Une amie nous prête de temps à autre le matériel et le four pour faire des émaux.

Et, ce qui a été vraiment chouette, c’est l’effet d’entraînement. Des parents ont eux aussi trouvé des pistes. C’est ainsi qu’à l’école nous avons reçu à plusieurs reprises un potier amateur. Il apporte la terre et fait cuire les productions des enfants dans son four. On a aussi eu un ado fanatique de mangas qui a donné des trucs simples pour dessiner. Un passionné de photo est venu montrer aux enfants comment il faisait des petites installations éphémères avec ses récoltes du bord des chemins.

Avec tout ça on a même fait oublier, c’est devenu naturel, que l’idée de départ était de ne pas acheter les cadeaux…


« Malgré la bise qui mord / La pauvre vieille de somme / Va ramasser du bois mort. » Georges Brassens chante “Bonhomme”.