BRICS+ : de l'alliance économique à l'alliance politique

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Je publie ci-dessous une analyse forcément orientée, mais très intéressante du phénomène BRICS publié par Mikhail Gamandiy-Egorov sur le webmagazine Sputnik. Les BRICS, cette alliance de pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud), participent à la recomposition des équilibres géopolitiques du monde.

Or, non seulement, l’aventure des BRICS perdure malgré les remous politiques affectant certains d’entre eux (le coup d’Ètat institutionnel contre la présidente brésilienne Dilma Roussef), mais se renforce en passant d’une simple alliance économique à une coalition politique plutôt soudée. Mieux encore, certains autres pays commencent à frapper à la porte de cette puissance réellement montante.


De BRICS à BRICS+ ?

L’alliance des BRICS ne se contente pas de tenir, en dépit des oiseaux de mauvais augure, elle se renforce. En plus de la coopération économique, les cinq pays émergents collaborent en effet de plus en plus sur le plan politique. De plus, un élargissement de l’alliance se dessine, au profit des partisans de la multipolarité.

Malgré toutes les « réserves » émises par nombre d’experts, principalement occidentaux, sur la capacité de l’alliance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à subsister sur le long terme, ladite union continue à se renforcer et même peut-être bientôt à s’élargir. En effet, il suffit de lire ou de relire différentes analyses écrites au cours des dernières années pour se rendre compte à quel point leurs auteurs s’étaient trompés. Beaucoup d’entre eux considéraient l’alliance des BRICS comme une union de quelques années, qui allait se dissoudre d’elle-même tant « les pays membres sont différents sur le plan culturel et des réalités politiques ». Pourtant et justement, les pays membres ont fait de cette différence l’un de leurs principaux atouts, en donnant au passage une valorisation supplémentaire à l’idée même de la multipolarité.

Aujourd’hui et vu que les BRICS n’ont toujours pas pu être brisés par leurs adversaires, l’alliance est désormais accusée par certains économistes occidentaux d’être devenue une organisation non seulement économique de puissances émergentes, mais aussi une structure politique qui conteste activement la domination de l’Occident. Question: pourquoi ces prétendus experts ont-ils pensé que les pays des BRICS se limiteraient au volet économique de leur relation, au moment où le monde multipolaire a plus que jamais besoin d’en finir avec les vestiges de l’unipolarité? Il suffit d’ailleurs de relire nos analyses passées en ce sens pour se rendre compte que les BRICS étaient justement destinés à devenir plus qu’une union économique, à l’instar d’autres structures comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Le lancement de la banque des BRICS, la Nouvelle banque de développement (NDB BRICS), avec son siège principal à Shanghai et son siège régional à Johannesburg, a confirmé l’ambition, déjà annoncée de devenir une véritable alternative au G7, au FMI et à la Banque mondiale. Son objectif, entre autres, sera de financer des projets dans les pays en voie de développement. Une réalité qui est loin de plaire à nombre de partisans de l’unipolarité, mais qu’il sera aujourd’hui difficile de stopper.

L’autre fait qui déplaît beaucoup aux élites occidentales (et qui confirment nos prévisions), c’est que justement au-delà de la collaboration économique, on observe la solidarité politique et géopolitique de l’alliance. En effet, et sur plusieurs dossiers, les cinq pays de l’alliance ont montré leur solidarité et leur approche commune. Ce fut le cas lors du soutien affiché à la Russie par les quatre autres pays BRICS sur le dossier syrien. Un soutien qui s’est également traduit dans l’opposition aux sanctions occidentales contre la Russie. De son côté, la Chine, a également pu bénéficier du soutien déclaré de ses partenaires, en premier lieu de la Russie, sur des dossiers comme la situation en mer de Chine méridionale, zone dans laquelle elle fait face aux tensions avec les E.U.

Parlons maintenant de l’élargissement. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, dont le pays présidera l’alliance des BRICS à partir du mois de septembre, a déclaré « plaider pour que d’autres pays rejoignent cette union, et que celle-ci satisfasse les besoins de tous les pays-membres ». À ce titre, on parle déjà de l’acronyme BRICS+, avec la possibilité de participation d’une dizaine d’autres pays aux travaux des cinq pays fondateurs. L’Iran, la Turquie, le Mexique, l’Indonésie, le Vietnam, les Philippines, le Pakistan, le Nigeria, le Bangladesh ou encore la Corée sont mentionnés. Si la possibilité de rejoindre l’union pour certains de ces pays prendrait encore du temps, dans le cas de l’Iran, de la Turquie ou de l’Indonésie, les perspectives sont tout à fait réelles.

Les BRICS, dans l’état actuel de l’alliance, représentent déjà à eux seuls près de la moitié de la population mondiale, 26 % de la surface terrestre et environ 35 % du PIB mondial, un pourcentage qui ne cesse en passant de monter. L’alliance pèse déjà de son poids au sein du G20, de l’aveu même des observateurs occidentaux. Qu’ils s’y habituent, car les BRICS représentent en effet l’une des principales voix du monde multipolaire. Une chose est également certaine: plus les BRICS, tout comme l’OCS, continueront de s’affirmer, plus certains comprendront une bonne fois pour toutes ce que représente véritablement la notion de communauté internationale.

=> Source : Sputnik