« Accroche-toi, frère ! » Monument en l'honneur de Klaus Vogel

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Klaus Vogel

Les valeureux de notre temps que nos petits-enfants honoreront en gravant leurs noms sur les monuments du futur. #19 Klaus Vogel

« Quand j’ai découvert le premier bateau auquel nous avons porté secours, je pense que j’ai senti — feel and smell — [ressenti avec les tripes et senti avec le nez] la même chose que les GI’s qui ont libéré les camps de concentration en 1945. La même détresse, la même horreur, la même mort contenues dans chaque corps. Jamais je n’avais vu des humains dans cet état. »

Klaus Vogel, allemand, est titulaire d’un doctorat en histoire. Dans tous ses entretiens il dit combien cette période noire de l’histoire allemande est importante pour lui.

« Un des membres de notre équipe a tendu la main à l’un des naufragés en lui disant “Accroche-toi, frère”. J’ai entendu ce mot, “frère”, et j’ai compris pourquoi j’avais fait tout ça. Une fois que tu as saisi, vu, senti que ce sont nos frères, tu ne peux pas les laisser. C’est insoutenable. »

Capitaine de la marine marchande, Klaus Vogel est l’initiateur de SOS Méditerranée. L’Aquarius, le bateau affrété par l’organisation, porte secours aux embarcations de réfugiés qui tentent la traversée.

« Dans ma carrière, je n’avais jamais été confronté à un sauvetage de masse, avec des centaines de réfugiés à secourir. Je connais des gens qui ont dû y faire face.

Mais j’ai moi-même expérimenté des situations de détresse. Il y a par exemple cette fois où un clandestin sénégalais s’était caché dans un bateau. Au bout de deux jours, il s’est montré à l’équipage. J’étais le seul à parler français à bord. Il m’a raconté son histoire et les motivations de son voyage. C’est une expérience qui permet de comprendre que s’ils entreprennent ce parcours, c’est parce ces gens y sont forcés.

C’est une situation dans laquelle tout le monde peut se retrouver. Les Européens l’ont eux-mêmes vécu lorsqu’ils ont dû quitter l’Europe pour les États-Unis par exemple. Il ne faut pas l’oublier. »

L’oubli. Une autre idée maîtresse qui revient toujours dans les propos de Klaus Vogel.

« Je ne pouvais pas imaginer que l’Europe puisse reculer comme ça, sur tout. Depuis qu’on commence à parler un peu de SOS Méditerranée, on nous “félicite” pour nos “succès”. Quel succès ? Ils sont des milliers, ils meurent. Il faudrait fonder SOS Libye, SOS désert, SOS Afrique…

Il faudrait, surtout, que nous changions d’approche face à toutes ces détresses. Et qu’on se fonde sur la solidarité et la compassion plutôt que sur la peur. Ces gens nous font peur parce qu’ils sont forts et courageux, au point de se jeter dans l’inconnu, de fuir une misère inéluctable. Et si c’était eux, les vrais héros ? »

Deux capitaines ont été formés aux procédures de sauvetage pour ne mettre en danger ni l’équipage, ni les personnes secourues. Ils dirigent l’Aquarius à tout de rôle. Klaus Vogel ne navigue plus sauf besoin urgent : « Je dois témoigner et continuer de trouver de l’argent. » Avec un personnel entièrement bénévole, l’Aquarius coûte onze mille euros par jour. Il faut les trouver. Et puis, lui qui parle allemand, français et anglais, il lui faut aussi être en permanence la mauvaise conscience des politiciens d’Europe.

« Je ne suis pas en colère, je suis triste. Profondément. Une personne seule ne peut pas sauver le monde. […] C’est à nous tous, citoyens d’Europe et d’Afrique, de partager cette responsabilité. »  

À nous tous de dire et de clamer, d’écrire et de répéter partout, que nous n’acceptons pas que nos frères soient maltraités ou abandonnés parce qu’ils fuient des pays devenus invivables.

« Frères, je te dis ! Comment a-t-on pu oublier si vite ? » Un jour le capitaine Klaus Vogel nous quittera et nous chanterons Les copains d’abord de Georges Brassens.

« Oui, mais jamais, au grand jamais
Son trou dans l’eau n’ se refermait
Cent ans après, coquin de sort !
Il manquait encore. »

Les valeureux de notre temps

  1. Fagera ! Elle est passée ! Francesca Peirotti
  2. « Pourquoi j’ai secouru des réfugiés. » Pierre-Alain Mannoni
  3. « Mais prenez-les chez vous ! » Cédric Herrou
  4. « Mineurs c’est pour la loi, pour les hommes ce sont des enfants. » François Creton
  5. « Ils ont osé mettre l’abbé Pierre en garde à vue ! » Hubert Jourdan
  6. « Je ne peux pas être bien chez moi quand quelqu’un a faim à côté. » Gisèle et Jean-Pierre Cottalorda
  7. « Une histoire difficile et révoltante, une histoire humaine. » Agathe Nadimi
  8. « Vous regrettez ce que vous avez fait ? Non, pas du tout. » Claire Marsol
  9. Avec ses mots tout simples, dans sa cuisine, elle m’a parlé de la grandeur. Les aidants inconnus
  10. « Les dangereux activistes n’ont plus de tentes à donner ce soir. Mais ils ont fait le plein de colère. » Marie-Laure Malric
  11. « Je n’arrive pas à me mettre dans la tête que ce que je fais n’est pas bien. » « Maman Françoise » Cotta
  12. « La température, dehors, elle ne fait pas de différence. Elle ne demande pas de carte d’identité. » Malik Diallo
  13. « Ouvrez vos gueules et défendez les faibles. Partout. Tout le temps. » Gaspard Glanz
  14. « Elle me montre les blessures de son petit de 5 ans » Félix Croft
  15.  Les petits-enfants de vos petits-enfants seront fiers de vous. Les mémés du Secours catholique
  16. « Montrons au monde que nous prenons, nous, notre part d’humanité. » Carole Thibaut
  17. « Depuis qu’il y a des caméras, la police ne nous embête plus. » Les 80 volontaires de Wilson
  18. 513 personnes secourues aujourd’hui. Les équipes de SOS Méditerranée