« Depuis qu'il y a des caméras, la police ne nous embête plus. » Monument en l'honneur des quatre-vingts volontaires de Wilson

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Les valeureux de notre temps que nos petits-enfants honoreront en gravant leurs noms sur les monuments du futur. #17 Les volontaires de Wilson.

Saint-Denis. Boulevard Wilson. À côté du centre d’accueil de la ville de Paris. Ils sont quatre-vingts inscrits sur la liste. Quatre-vingts volontaires à donner le coup de main quand ils le peuvent. Au départ ce sont des gens du quartier, révoltés par les conditions de vie de ceux qui sont sous leurs fenêtres. Des voisins comme Jean-Jacques, Laurence et Clarisse qui retroussent leurs manches en constatant l’inaction publique.

« Mardi 21 février. Moins de monde aujourd’hui et pourtant ! Nous avons servi nos soixante litres de boissons chaudes, écoulé trois sacs d’invendus des trois boulangeries de La Plaine, quinze quatre-quarts, dix paquets de gâteaux, au moins cent-vingt œufs durs, pas mal de fromage… Pas de restes !

Et ceci malgré le fait qu’il n’y avait pas de queue, que beaucoup avaient pu rentrer en accueil de jour. On a aussi distribué trois sacs de vêtements chauds, un peu de produits d’hygiène, mais on en manquait cruellement. On a encore orienté des personnes vers les bains-douches les plus proches, dégoté une permanence dentaire pour un monsieur qui souffrait terriblement, distribué quelques documents juridiques, baragouiné plusieurs langues.

Sa San, un Iranien qui vient d’arriver, nous a proposé son aide, d’emblée très efficace ! Et tant mieux car on n’était pas si nombreux ce matin, Samy s’était décommandé, Alexis s’est perdu en route.

Beaucoup de presse encore, comme tous les jours depuis vendredi dernier. Eh bien, depuis qu’il y a des caméras partout, la police ne nous embête plus du tout, elle semble même carrément ne pas nous voir, nous sommes momentanément devenus… transparents. C’est quand même à se demander s’il n’y aurait pas un lien de cause à effet…

Par contre les gendarmes (généralement ce sont des CRS) étaient très présents, plusieurs camions stationnaient à différents endroits autour du Centre et il y avait des patrouilles partout. On sait que les hommes n’ont pu faire la queue qu’à partir de 2h ce matin, qu’avant on les tenait éloignés. Des bénévoles d’Utopia 56 ont demandé pourquoi, « Les ordres » leur a-t-on répondu.

Nous avons eu aussi la confirmation qu’il n’y a toujours pas à manger pour les personnes accueillies dans la bulle, mais aujourd’hui on n’avait rien à laisser à Utopia pour qu’ils nourrissent les gens à l’intérieur. Confirmation aussi de l’intérieur qu’on a bien servi des repas de porc aux quelques dizaines de personnes qui ont la chance d’être hébergées et nourries.

Les journalistes de l’agence de presse turque ont été extrêmement choquées de la manière dont les a traitées le personnel du centre. Croyant que nous travaillions main dans la main, elles sont allées les trouver, et on leur a très, très mal parlé. Une habitude… Elles ont trouvé ça curieux pour un « Centre humanitaire », ce ne sont pas les premières.

À la boulangerie, on m’a dit « qu’on était au courant », qu’ils se demandaient si on allait continuer, qu’ils étaient contents de nous voir. On s’est aussi rendu compte que maintenant même les réfugiés savent que les gens qui les aident ont des problèmes avec la police. L’un d’eux nous a expliqué qu’on lui avait raconté ça à son arrivée.

Tout le monde nous témoigne sa solidarité, dans la rue les gens nous encouragent et nous félicitent. Célia a raconté qu’alors qu’elle trimballait ses marmites sur le boulevard, des gens lui avaient crié : « Bravo ! Bravo ! » On a rigolé !

Céline et Laurence pour qui c’était une première étaient ravies de l’expérience. On a discuté de ça, de comment les gens qui ne font que subir se sentent moroses, apeurés, en colère mais impuissants et que dès qu’on agit, on se sent en accord avec soi. C’est ce que nous renvoient chaque fois les « nouveaux », qui se disent soulagés, contents, et surpris de voir que c’est si simple finalement ! C’est pour ça qu’on tient malgré la fatigue et les difficultés. »

Mercredi 22 février 2017. Le compte-rendu du jour mentionne encore des journalistes dont la présence adoucit la soldatesque. Remercie les réfugiés qui ont aidé les bénévoles à décharger et mettre en place le petit-déjeuner. Remercie la passante qui s’est arrêtée tout à trac pour donner un coup de main. L’auteur du compte-rendu constate aussi que les réfugiés sont beaucoup plus nombreux que lors de sa dernière faction trois semaines plus tôt.

Quand il sera un vieil homme, le bébé qui dort chez nous — six mois et déjà réfugié — érigera un monument en l’honneur de toutes ces petites mains anonymes qui œuvrent à construire un monde humain. En attendant, tu peux aider devant le centre d’accueil de la ville de Paris, chez toi ou bien avec ta carte bancaire.