Le fond ou la forme : le dégagisme révolutionnaire n'a pas à prendre de gants

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Vive discussion avec un proche me reprochant, dans mes derniers billet sur la campagne présidentielle (ici, ici et ), de m’être trop préoccupé de la forme au détriment du fond. Mais comment discuter du fond quand celui-ci est absent ou submergé par la forme ?

De quel fond discuter pour un Macron qui refuse de présenter le moindre programme et qui, au fil de ses interventions médiatiques ou publiques, rythmées comme un vulgaire produit marketing par des ambianceurs, en est arrivé à ne plus évoquer que le côté « mystique » de la politique et la dimension « christique » de sa démarche (JDD du 12 février) ?

Comment encore parler de fond à propos d’un Fillon quand celui-ci est englouti sous les formes détestables des casseroles révélées par Le Canard enchaîné ou Mediapart ?

Comment croire au fond présenté par un Hamon quand celui-ci, après un passif de ministre soumis et de député sans relief, a déjà renvoyé aux calendes grecques de 2022 sa mesure emblématique du revenu universel, vient de suivre la consigne d’abstention de son parti à l’Assemblée nationale sur une proposition de résolution contre le CETA* (que lui-même critique par ailleurs), et annonce vouloir revenir sur la loi Travail et le 49.3 en s’entourant de Myriam El-Khomri et de Manuel Valls ou assimilés ?

Aujourd’hui, deux seuls candidats présentent un fond suffisamment substantiel et crédible pour qu’on le critique ou qu’on le soutienne : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Si lors d’une présidentielle, le fond devait prédominer sur la forme, alors il serait normal que ce soit ces deux candidats-là qui se départagent au futur second tour.

Un fond trop inavouable pour n’être point maquillé

Mais il y a belle lurette qu’une présidentielle de la Ve République ne se joue plus sur des questions de fond. Non pas que celui-ci soit absent, mais celui des partis dits de gouvernement (LR, PS) est devenu trop inavouable — défendre coûte que coûte les intérêts de la caste qui les mandate — pour n’être point ouvertement maquillé pendant la campagne, puis jeté aux orties une fois le vainqueur désigné. Rappelez-vous l’impayable « mon ennemi, c’est la finance » du candidat Hollande en 2012.

Ce qui se joue réellement lors de cette présidentielle 2017, c’est soit d’en reprendre pour cinq ans avec un ancien régime malade, discrédité et corrompu; soit tenter un bouleversement véritablement révolutionnaire du paysage politique, avec une VIe République et un renouvellement radical du personnel aux manettes.

Pour ma part, même conscient des risques de l’aventure, j’ai choisi mon camp. Et si dans celui d’en face, il ne leur reste que de vagues gesticulations formelles à faire valoir pour reculer leur échéance fatale, eh bien nous allons taper à bras raccourci sur celles-ci sans aucun état d’âme.

Je conclurai en disant que tout “accord” contre nature survenu entre mon candidat du monde d’après (Mélenchon) et tout reliquat du vieux monde d’avant (Hamon, Jadot, PCF…) me conduirait direct à l’abstention, tant au premier qu’au second tour. Le dégagisme révolutionnaire n’a pas à prendre de gants, ni sur le fond, ni sur la forme.

* CETA : traité de partenariat commercial UE/Canada.