Les petits-enfants de vos petits-enfants seront fiers de vous. Les mémés du Secours catholique

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Les valeureux de notre temps. Ceux que nos petits-enfants honoreront en gravant leurs noms sur les monuments du futur. #15 Les mémés du Secours catholique.

Retour des réfugiés à Calais. Entre trois cents et cinq cents dont de nombreux enfants. Leur nombre est imprécis car ils se cachent. Didier Degremont, le président du Secours catholique de Calais, qui en accueille plusieurs dizaines chaque jour, nous dit :

« Nous constatons que leur état de santé et d’hygiène est déplorable. Ils ont faim et nous leur fournissons donc des repas. Ils sont aussi très sales et en souffrent beaucoup. Ils n’ont souvent pas pris de douche depuis des semaines. Pouvoir se laver est une de leurs premières demandes. »

Alors nos braves gens décident d’installer des modulaires de douches provisoires. Le 8 février la Mairie bloque l’accès aux douches du Secours catholique avec une benne à ordures. Ma maman m’a toujours vivement recommandé d’éviter les gros mots alors on va s’abstenir de tout commentaire. Le président continue avec une phrase ahurissante : 

« Nous nous attendons à ce que la municipalité prenne un arrêté afin de nous interdire de continuer notre travail. Nos avocats le contesteront devant la justice s’il le faut. Nous sommes en effet déterminés à mettre en place ces modulaires. Il est impensable que nous soyons pris pour des délinquants. Le délit de solidarité n’existe plus depuis 2012 mais il me semble que cela échappe à certains. »

Toujours pas de commentaire, ma maman est aux aguets. La justice a ordonné à la Mairie d’enlever sa benne dès le lundi 13 février. Puis, la routine, les flics ont arrêté des jeunes garçons qui ont commis le crime d’intention de se doucher plus une salariée du Secours catholique et aussi, mauvaise pioche, une journaliste de Libération. Le chef a pensé que ça risquait de faire du vilain alors tout le monde a été vite relâché.

On trouvera toujours un fillonus vulgaris ou une lepenis fœtida pour nous expliquer que des douches à Calais, c’est un danger public, ou que des travaux sont prévus dans le quartier, ou que les bamboulas, les bougnoules ou les romanichels ne font rien qu’à endommager le décor par leur seule présence. Faut bien justifier les millions d’euros engloutis dans les dizaines de kilomètres de clôtures installées à Paris et Calais…

Regardons plutôt le bon côté du paysage. Les bénévoles du Secours catholique. Une ruche avec une forte caractéristique.

— Salut les fillettes !

Ça rigole bien quand j’arrive au vestiaire, à l’épicerie, à la lingerie ou à la commission d’attribution des bons de chauffage. Ça rigole parce que beaucoup des bénévoles du Secours catholique sont grands-mères.

Une ruche qui reçoit les dons, qui trie, qui lave, qui plie ou qui met sur des cintres. Et je ne te parle que des vêtements.

Ces mémés, petites ouvrières d’une ruche parfaitement organisée, si elles n’étaient pas là, la moindre ville compterait par dizaines les morts de faim, de froid et de misère. Si elles n’étaient pas là, comme en Grèce, de nombreux enfants en bas âge seraient abandonnés dans les hôpitaux par des parents ne pouvant plus subvenir à leurs besoins. Si elles n’étaient pas là, dans ma seule ville, que deviendraient des centaines de mères seules ? Des centaines de familles ? Des centaines de vieux à pension dérisoire ? Des centaines de jeunes en galère ?

Ces mémés, ce ne sont pas des saintes, elles n’ont pas toutes ou pas toujours le doigté nécessaire. Mais elles sont là. Elles font leur part. Et même les plus acariâtres des allocataires, aigris par la dureté des temps, saluent leur dévouement.

Madeleine, quatre-vingts ans passés, qui est à la lingerie chaque après-midi. Delphine qui organise le service d’une équipe de plusieurs dizaines de personnes avec ses fiches en carton. Marie qui voit chaque semaine des dizaines des femmes prêtes à tout pour assurer une vie digne à leurs gosses. Églantine qui s’occupe des familles de taulards. Nicole qui peste contre les taudis et les logements-passoires thermiques. Louise qui reçoit des mères seules avec des miettes d’emploi et voudrait qu’un salaire mensuel ne puisse pas être inférieur à mille-deux-cents euros même si on bosse à temps partiel.

Salut les fillettes ! Aujourd’hui, on vous aime. Et demain encore, les petits-enfants de vos petits-enfants seront fiers de vous.