Pour en finir avec la sondomanie et les sondopathes

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Prévisions pour le premier tour des primaires de droite par l’institut Kantar Sofres

La sondomanie hystérique en politique, qui voit les “enquêtes” fleurir à mesure que l’incertitude grandit, n’a d’égal que les erreurs dans lesquelles celles-ci se vautrent et la maladie dégénérative frappant ceux qui sont malgré tout incapables de s’en passer.

Après le cas d’espèce de l’enquête Kantar Sofres sur l’émergence supposée du nouveau champion socialiste, Benoît Hamon, et les émois qu’elles provoquèrent selon qu’on était dans le camp supposé vainqueur ou dans celui des vaincus désignés d’avance, je maintiens que les sondages sont une arme de propagande utilisée comme telle par les propriétaires d’instituts et leurs commanditaires.

D’abord, pour imposer des candidats à l’opinion : « Et le meilleur candidat de droite ou de gauche est… » (cf. les phénomènes Balladur, DSK, Macron…).

Ensuite, pour tenter de peser sur le choix des électeurs (le ouisme médiatique lors du référendum de 2005, le non au Brexit, la “victoire” assurée d’Hillary Clinton…).

De vulgaires paris (intéressés) plutôt que des prévisions scientifiques sérieuses

En vérité, comme me l’ont enseigné jadis mes profs de statistiques en sciences économiques, les enquêtes menées sur des échantillons de 1000 personnes n’ont strictement aucune valeur scientifique. Les résultats bruts y sont aussi incertains que les résultats redressés. On est là dans le cas de “prédictions” subjectives qui se veulent surtout auto-réalisatrices.

Si la réalité des votes confirment les prédictions sondagières, les instituts plastronnent. Dans ce cas d’espèce, la précision des sondages tient surtout à la stabilité des courants d’opinion. Mais qu’un imprévu surgisse, et nos prédicateurs institués sont à la rue ! Car le propre des sondages politiques est d’être incapables d’anticiper les mouvements d’opinion. Ce fut le cas lors de la montée du lepénisme dont aucun institut ne parvenait, d’élection en élection, à anticiper l’importance. C’est le cas aujourd’hui avec la vague du “dégagisme” provoquée par des électeurs lambda excédés et ruant dans les brancards des certitudes sondologiques,

Ce qui est étonnant, c’est que malgré la multiplication d’erreurs grossières de prévisions, ils se trouvent toujours autant de personnes à se précipiter sur les résultats du moindre sondage, à lui trouver grâce s’il lui est favorable, à le dénoncer quand il lui est contraire, à façonner son jugement et jusqu’à son comportement en fonction des intentions que les sondeurs lui prêtent.

Vous êtes là devant  les symptômes typiques de la sondopathie, cette maladie dégénérative de la démocratie, qui soumet servilement ceux qui en sont atteints, de droite comme de gauche, à des us et coutumes médiatiques qui tiennent plus du pari (intéressé) que de l’anticipation statistique sérieuse.