Le Grand jeu : Avdeïevka d'école

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Trump ne pouvait pas être plus dans le mille lorsqu’il a raillé la passion des sénateurs McCain et Graham pour la Troisième Guerre Mondiale. Si, depuis l’élection du Donald, Berlin a tendance à se prendre désormais pour la deuxième Washington, le système impérial expulsé du pouvoir compte également sur ses valeurs sûres en interne.

En juin 2014, McCainistan faisait un voyage express à Sofia ; le lendemain, la Bulgarie renonçait au South Stream. À la Saint-Sylvestre, il remettait ça, visitant la ligne de front ukrainienne avec son inséparable compère Lindsay Graham. Discours lyriques, « danger russe » et tout le toutim, en compagnie de l’inénarrable Chocochenko et ses monumentales 13% d’opinions favorables.

À ce titre, il est d’ailleurs intéressant de voir la défiance absolue envers la junte installée par Washington. Selon le sérieux Institut international de sociologie de Kiev, 69% des habitants n’ont pas confiance en Porochenko. Pour les autres composantes de la république bananière ukrainienne, ce n’est pas mieux. Gouvernement : 73%. Parlement : 82%. Quant aux médias, seuls 2,4% leur font confiance ! Décidément, que ce soit en Ukraine ou en Europe, et maintenant aux États-Unis mêmes, le système impérial a un vrai problème avec les peuples et la vie réelle…

Mais revenons à la visite du couple Folamour ; quelques semaines plus tard, le conflit reprend dans le Donbass. Coïncidence ? Seule la presstituée française prétend être dupe, comme le Fig à rot qui titrait sans rire : « L’OTAN demande à la Russie de faire cesser les violences. » À Berlin, on sait à quoi s’en tenir et, surtout, on commence à le dire publiquement :

De son côté, la junte ukrainienne, paniquée devant la possible levée des sanctions contre la Russie, tente de réchauffer le conflit dans le Donbass. Chose intéressante, ce n’est pas Moscou qui le dit mais Berlin. D’après la Suddeutsche Zeitung, journal pourtant peu suspect de russophilie, le gouvernement allemand est persuadé que les provocations sont le fait de Kiev dans le but de pourrir la situation et empêcher Trump d’abroger les sanctions.

C’est évidemment le cœur du problème. L’élection du Donald a bouleversé la donne et la junte ukie se sent isolée, se raccrochant aux lambeaux mccainiens, espérant torpiller à son petit niveau le grand rapprochement russo-américain. Et aussi, tant qu’à faire, extorquer une rallonge financière occidentale, ce qu’a tout de suite grillé Poutine, en visite chez Orban.

Dans la même veine, l’OTAN en Pologne roule des épaules de manière un peu ridicule (admirez les enfantillages du général Hodges et son “message” à Moscou). Là encore, coups de menton et tentatives surannées de maintenir un niveau de tension dans cette nouvelle ère d’apaisement dont les signes se multiplient. À noter d’ailleurs que certaines sanctions administratives US contre le FSB viennent d’être assouplies. Ça ne va pas encore très loin mais cela constitue un bon indicateur de la direction que prennent les choses.

On comprend que Poroclown ait des sueurs froides… Continuera-t-il son coup de poker à Avdeïevka ? Deux autres soldats ukrainiens sont morts hier, ce qui a le don d’exaspérer toujours plus la population dont la majorité est, contrairement aux nervis néo-nazis du Pravy Sektor, profondément réfractaire à la guerre. Les milices pro-russes sont armées jusqu’aux dents, entraînées, efficaces : la poursuite des combats ne mènera à aucun avantage stratégique substantiel pour Kiev (vu l’histoire du conflit, ce serait même plutôt l’inverse).

Mais on l’a vu, là n’est pas le but recherché. D’autre part, Monsieur 13% n’a plus aucun avenir politique et donc plus rien à perdre, lui qui préside un pays exsangue et se voit lâché par ses alliés — la trahison du chien fou Saakachvili, qui s’était d’ailleurs permis une tribune très critique dans le New York Times il y a deux mois, prête encore à sourire.

Le fusible impérial tiendra-t-il longtemps et ira-t-il jusqu’au bout ?

=> Source : Le Grand jeu