« La température, dehors, elle ne fait pas de différence. Elle ne demande pas de carte d'identité. » Monument en l'honneur de Malik Diallo

Malik_Diallo.jpg
Malik Diallo à droite

Les valeureux de notre temps. Ceux que nos petits-enfants honoreront en gravant leurs noms sur les monuments du futur. #12 Malik Diallo

En conduisant sa camionnette Malik Diallo voit une femme et son petiot qui dorment à même le sol place de la Bataille de Stalingrad à Paris. Un lieu où se concentrent alors des centaines de réfugiés. La scène nocturne le bouleverse et quelques jours plus tard, fin septembre 2016, le chauffeur-livreur fait appel à ses copains-copines d’enfance du quartier des Vignes Blanches à Sarcelles. Les gars et les filles préparent 150 repas et sandwiches qu’ils distribuent à Stalingrad.

Mais Malik a une autre bonne idée. Filmer la chose et lancer sur Facebook un appel à un copain d’un autre quartier de Sarcelles. Avec les potes de ton quartier, faites mieux que nous et puis lancez ce défi à d’autres quartiers !

Ainsi est né Le Grand Défi. Des jeunes de banlieue, plus souvent catalogués racailles qu’abbés Pierre, proclament sur Facebook : on livre 150 repas aujourd’hui, t’es pas cap’ de faire mieux ! Wesh wesh, tout comme l’Abbé Pierre, qui ne s’était pas contenté de retrousser ses manches et qui avait, lui aussi, lancé un appel sur Radio Luxembourg le premier février 1954

La formule fait mouche auprès de jeunes qui se souviennent que leurs parents ou leurs grands-parents en ont bien bavé lors de leur arrivée en France. Un gars va même réussir l’exploit de livrer mille repas à Stalingrad ! Non, pas un gars tout seul bien sûr, il faut dire tout un quartier où les garçons et filles ont fait alliance avec parents, grands-parents, voisins et amis.

Le souvenir d’une escouade de mamas cuisinant à l’aide d’énormes marmites de collectivité. Le souvenir d’un lascar bien musclé préparant des petits sacs avec un sandwich, une bouteille d’eau, etc. Et qui, avant de fermer le sac, terminait en posant sur le tout une serviette en papier. Tu vois, ce petit détail de la serviette, il te montre en raccourci une humanité toute simple que d’aucuns dénient aux jeunes à peau plus ou moins bronzée qui parlent avec un accent inconnu dans le XVIe arrondissement.

Parti de Sarcelles, Le Grand Défi fait tache d’huile dans toute l’Ile-de-France puis un peu partout en France. Enfin… dans la France des banlieues. Tu sais, cette France des banlieues qui tétanise de peur une autre France. Celle qui chouine, hypocrite, que l’on oublie nos SDF en n’aidant que les réfugiés.

« Non, pas que les réfugiés, tous les sans-abris. La température, dehors, elle ne fait pas de différence. Elle ne demande pas de carte d’identité. »

Elle n’est pas magnifique, cette réponse spontanée de Malik Diallo à celle qui se faisait un instant la porte-parole de tous les aigris de France et de Navarre ? Malik n’a pas attendu qu’une association, une institution ou un nom célèbre lance enfin un appel ou mette la main à la pâte. L’abbé Pierre est mort il y a dix ans. Sa succession est assurée. Malik ? Salam !