Avec ses mots tout simples, dans sa cuisine, elle m'a parlé de la grandeur. Monument en l'honneur des aidants inconnus

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Les valeureux de notre temps. Ceux que nos petits-enfants honoreront en gravant leurs noms sur les monuments du futur. #9 Les aidants inconnus

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En plein air, place de la bataille de Stalingrad à Paris, un prof bénévole dispense à des réfugiés un cours de français langue étrangère. Le prof, on ne sait rien de lui, on ne connaît pas son nom, c’est un anonyme saisi au vol par le photographe qui passait par là. Regarde attentivement les photos. Les yeux des étudiants et leur concentration intense : un tel hommage, tout professeur professionnel en rêverait.

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Le coup de chapeau à ce professeur anonyme, bénévole emmitouflé qui donne un cours dehors alors qu’il ne fait plus très chaud, c’est l’occasion d’ériger un monument en l’honneur de toutes les petites mains anonymes comme lui qui font leur part dans leur coin. Un monument en l’honneur de tous les humbles aidants qui, partout, œuvrent dans l’ombre pour bâtir un monde fraternel. Un monument en l’honneur des bénévoles inconnus. Nous irons ranimer la flamme au monument de l’aidant inconnu. Un monument dressé place de la bataille de la Paix.

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Une photo sur le buffet de la cuisine. On l’y voit, jeune encore, à table, en compagnie d’un homme dont le visage dit bien qu’il s’agit d’un miséreux marqué par la vie.

« La photo, elle est là pour ma fille. Pour lui montrer que je suis capable de mieux que ma vie ordinaire. »

Cette femme, elle est femme de ménage, elle vit dans un appartement HLM d’un quartier périphérique. Une vie modeste et effacée. Il y a dix ans, elle a invité un clochard du voisinage à manger chez elle. Elle ne lui a pas donné une tartine ou une assiette sur le pas de la porte, non, elle l’a invité chez elle à sa table. Et puis le vieux clochard en a pris l’habitude. Il est souvent venu partager le repas. Et c’est ainsi qu’il a remonté la pente et qu’il est sorti de la rue. La photo sur le buffet été prise le jour où c’est lui qui l’a invitée, elle, à manger pour la première fois dans son tout nouveau chez lui.

« Au moins une fois dans ma vie j’aurai fait quelque chose de bien, quelque chose dont je suis fière. Et je veux que ma fille voit ça tous les jours. Se rappelle tous les jours que sa mère n’est pas qu’une femme de ménage vivant dans un appartement modeste d’un quartier pauvre. »

Un procureur de la République, à Nice ou ailleurs, ne peut pas comprendre ça. Avec ses mots tout simples, dans sa cuisine, cette femme dont j’ai oublié le nom m’a parlé de la grandeur.

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