« Je ne peux pas être bien chez moi quand quelqu’un a faim à côté. » Monument en l'honneur de Gisèle et Jean-Pierre Cottalorda

La photo :
Jean-Pierre Cottalorda (à gauche)

Les valeureux de notre temps. Ceux que nos petits-enfants honoreront en gravant leurs noms sur les monuments du futur. #6 Gisèle et Jean-Pierre Cottalorda

Mézenfin ! Aidez nos SDF plutôt que des migrants étrangers ! Cet argument, nous l’entendons tous beaucoup trop souvent.

« Les gens qui disent ça, ils ne s’occupent jamais des SDF. Jamais. Nous, on est sensibles à la misère humaine. On est sensibles à la misère humaine à Nice et à Menton, où ce sont des SDF. Et là maintenant c’est à notre porte [les réfugiés dans la vallée de la Roya et à Vintimille.] C’est notre seul moteur, le reste, ça n’a pas d’importance. Mais cet argument-là… Nous, entre parenthèses, on s’occupe des deux. »

Depuis des années, avec l’association Soupe de nuit, Gisèle et Jean-Pierre Cottalorda distribuent chaque semaine des repas aux sans-abris du département des Alpes-maritimes. Alors aider les réfugiés, quand ils ont commencé à arriver, ça coulait de source pour ce couple de retraités âgés de soixante-dix ans. Mais la mission se révèle beaucoup plus difficile. Impossible de distribuer des repas chauds.

« On a une impression d’inachevé. On ne peut pas faire plus que ça. On ne peut pas faire plus de 150 sandwiches. »

Gisèle et Jean-Pierre mettent un sandwich, une boîte de sardines, un œuf dur et une pomme dans chaque sachet. « Nous, on deale des sardines. On est des dealers de sardines ! » Chaque mardi en soirée ils font la tournée de distribution. D’autres volontaires se relaient les autres soirs de la semaine pour distribuer un minimum de nourriture à des réfugiés affamés et pétrifiés de froid.

« On est obligés de faire des petits sachets comme on peut, de distribuer à la sauvette pour ne pas être inquiétés par la police. Parce que, dans la mesure où le maire de Vintimille a pris un arrêté disant qu’il était hors de question que nous donnions à manger aux migrants, on est obligés tout simplement de se cacher. D’où ces petits sachets qui nous prennent beaucoup de temps. »

Dans un reportage télévisé on voit une petite fille qui veut aider ses grands-parents. Mais, à cinq ans, tu sais, on n’est pas d’une productivité à faire pâmer de jouissance les Fillon-Macron et leurs bailleurs de fonds. Plutôt même un frein. Pas grave, ce qui compte, c’est qu’une petite mignonne apprend qu’on ne vit pas sur une île déserte.

« Moi je ne peux pas être bien chez moi quand quelqu’un a faim à côté. C’est pas possible. Je sais très bien que je prends le risque d’être en infraction. »

Et ça ne manque pas de piquant de voir nos deux retraités se cacher de la police pour distribuer des sachets de nourriture. Pour éviter la garde à vue. Jean-Pierre, la garde à vue, il connaît rudement bien. Il a mis des suspects d’infraction en gardav pendant plus de trente ans. Avant d’être retraité, il était patron dans la police.

« On n’a pas le droit, mais humainement, on ne peut pas ne rien faire. »