Radio de l'été : Pierre Delorme chante Murs

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Radio Partageux #24 : Où l’on se fait du bien en regardant le mal. Chaque lundi, pour bien commencer la semaine, on s’en met une tout droit dans les oreilles. C’est la chanson du lundi. Et la radio de l’été des blogueurs qui se termine aujourd’hui.

Après une série inaugurale de Claude Nougaro, agrémentée de quelques escapades, la chanson du lundi a programmé des chantistes en vie pour qui les trompettes de la renommée sont bien mal embouchées. On a commencé avec “Le p’tit gars du Minnesota”, c’est dans la veine américaine de Pierre Delorme. On arrête cette série avec “Murs” et on laissera aux spécialistes le soin de nous dire si c’est plutôt dans la veine française de Pierre Delorme.

L’occasion de te raconter pourquoi je termine toujours mes bafouilles par une chanson.

Même si “le poste”, la radio, a joué un rôle important, je suis de ceux qui sont venus à la chanson bien plus par le milieu familial que par une autre voie.

Petiots, nous aidions notre mère à faire la vaisselle alors qu’elle avait l’un de ses cahiers de chansons aide-mémoire sous les yeux. Une pince à linge pour tenir le cahier et en route ! Notre mère chantait aussi en cousant, cuisinant, repassant ou en trayant les vaches. Comme Georges Brassens elle chantait “La Révolte des joujoux” parmi une quantité invraisemblable de chansons.

Mon père avait son propre répertoire qu’il chantait en bossant. Si ma mère chantait une chanson des premiers mots au dernier refrain, mon père papillonnait dans les chansons au gré de souvenirs fragmentaires. Combien de chansons dont je n’ai entendu que le refrain ou bien quelques bribes de couplets ?

Comme Brassens il chantait “Avoir un bon copain”, un succès de 1930. Mon père avait cinq ans en 1930 : les chansons avaient alors une belle durée de vie ! Il n’a sans doute jamais su que “Avoir un bon copain” était la traduction-adaptation d’une chanson des Comedian Harmonists, un groupe vocal allemand d’avant-guerre. Groupe qui a suscité la vocation d’une belle tapée de groupes vocaux français dont les 4 barbus, les Frères Jacques ou Les Compagnons de la chanson.

Les chansons accompagnaient tous les gestes de la vie quotidienne. Alors, quand je te mets une chanson en fin de bafouille, je ne fais que poursuivre une habitude acquise dans l’enfance. On a juste modernisé le procédé…

Nous vivions dans un monde dur et âpre. Et les chansons, ont été pour moi, comme pour bien des gens modestes, la toute première fenêtre ouvrant sur un monde inconnu, sur la possibilité d’un ailleurs, la toute première fenêtre ouvrant sur la beauté.

“Murs” de Pierre Delorme. Je ne sais si c’est un chef-d’œuvre mais, pour sûr, c’est de la belle ouvrage. Loin d’un château de Versailles et de son opulence clinquante, la chanson est plutôt l’église romane d’un village du Poitou ou du Roussillon. La beauté dans la simplicité. Si je te mets aujourd’hui “Murs”, c’est parce que c’est pour moi un excellent exemple de ces modestes fenêtres qui s’ouvrent sur l’immensité. Paradoxal pour une chanson sur les « murs des ghettos, murs des frontières » ? Non. « Tous les murs finissent en poussière. »