11 juin 2009
À QUOI SERVAIENT CES 192.500 EMPLOIS DÉTRUITS ?
Tandis que les pantins autorisés dansent obstinément la valse pathétique de l’optimisme surjoué (ou plutôt du pessimisme “moins mauvais qu’attendu”), le rouleau-compresseur de la dure réalité écrase un peu plus chaque jour leurs flageolantes certitudes. Au premier trimestre 2009 : 192.500 emplois salariés détruits, soit plus de 2.000 par jour, record battu depuis 1945.
Syndicats et partis de gauche tout aussi aveuglés
« Une chose affreuse que nous avions anticipée », a déclaré Laurence Parisot sur France Info à propos de cette énième Bérésina. Disons, plus “précipitée”, par une logique imbécile de profit, qu‘“anticipée”, mais passons ! Quand les catastrophes les bousculent, les puissants ou supposés tels prétendent toujours les avoir “anticipées”.
Un tel évènement plonge des centaines de milliers de familles dans le drame. Et quelques dizaines d’augures à la petite semaine dans le grotesque et le ridicule. Ceux-là annoncent à qui veut les entendre que la reprise remettra de l’ordre dans tout ça. “Reprise” de quoi ? De la consommation des chômeurs ?
Le problème avec la réalité, c’est qu’on ne peut que composer avec elle, certainement pas la nier. Ni la transfigurer au nom de quelques convictions figées ou rêvées.
Mme Parisot, qui n’en manque pas une, saute évidemment à pieds-joints sur ses dadas habituels : « Il y a quelques sujets sur lesquels nous pourrions peut-être trouver des solutions très rapides, par exemple le chômage partiel… » Ben pardi !
Le problème est que ce “négationnisme” confusionnel touche également les organisations syndicales ou les partis politiques dits d’opposition . Ceux-là mettent souvent en avant de leurs projets, l’interdiction des fameux licenciements. Cela part sans doute d’une noble intention, mais démontre à mon sens une méconnaissance profonde de la fameuse réalité.
Car une question cruciale se pose : à quoi servaient les 192.500 d’emplois supprimés durant ce premier semestre dans le secteur privé ? Et tous les autres avant ? et tous ceux qui vont suivre ?
En quoi leur suppression va-t-elle affecter la production de biens et de services nécessaire à la satisfaction des besoins de la population ?
Une autre logique de fonctionnement à inventer
Nous avons vécu toutes ces décennies bien au-dessus de nos moyens, et surtout de nos réels besoins. Ces derniers étaient artificiellement entretenus, gonflés, pour alimenter la croissance imbécile d’une machine aujourd’hui moribonde. Au prix du sacrifice de nos conditions de vie.
On ne manquera pas de relever qu’une partie de ces disparitions d’emplois tient à des délocalisations vers des contrées plus “profitables” aux Parisot et consorts.
On objectera que bien des postes font défaut dans les services publics comme ceux de la santé ou de l’éducation.
Certes aussi, la crise détruit bien plus d’emplois que de raison ou de nécessité.
Mais au bout du compte, on n’échappera pas au bilan final : le plein-emploi n’est pas, n’est plus, le moteur de l’économie. La logique de raisonnement dans laquelle nous nous obstinons, pèche par deux aspects :
- moral : le travail étant brandi depuis des lustres, et souvent de manière fort intéressée par les moralistes eux-mêmes, comme la valeur suprême, celui qui n’a plus de travail n’a plus la moindre valeur, ni à ses yeux, ni à celle de son entourage ;
- économique : celui qui reste sans travail est privé de fait des bienfaits de la production économique, même la plus élémentaire.
Le grand défi qui nous reste à relever de toute urgence, au niveau national comme au niveau planétaire, tient à notre capacité de nous fondre dans une autre logique de fonctionnement que celle de cette pensée unique qui nous a conduit là où nous sommes aujourd’hui.
Non plus nous baser sur la reprise illusoire d’une fuite en avant meurtrière, mais reprendre les choses bien à plat et travailler à une gestion la plus harmonieuse possible de la production économique en fonction des capacités technologiques nouvelles, à une répartition “déontologique” sinon équitable des biens et services produits. J’entends par “déontologie” le fait d’assurer à chacun, travailleur ou non, un minimum vital et de confort.
La fameuse paix sociale, le rétablissement des quelques valeurs de vie commune auxquelles nous nous déclarons si attachés, est à ce prix. Retarder cette mûe essentielle de notre histoire revient à allumer les mèches d’une future explosion tragique.

Commentaires
tout ça me fout vraiment la rage !…
Mèche courte …
J’ai vu il y a qques jours, sur un bout de JT, un “sujet” consternant, qui traitait de la prime à la casse de 1000 €, qui a soi disant augmenté de 12%, en avril, l’achat de voitures neuves…!! Le Gérant d’un parc d’une grande marque, peu importe, déplorait, et il avait l’air sincère, le fait que la destruction des véhicules, destinés à la case, soit absolument obligatoire, et il n’a pas prononcé le mot, mais celui de gaspillage ou de gachis avait l’air de s’imposer…!
Oui, parce que, même là, on relance, mais en détruisant des véhicules dont certains ont moins de 10 ans et même assez souvent moins de 5 ou 6, et donc par là même, on enfonce le clou encore un peu plus.
Quand la machine est folle, rien ne l’arrête plus !
@ vieil anar
Ce jeudi matin, sur France Inter, il y avait une émission (Service public, d’Isabelle Giordano) manifestement destinée à voler au secours de l’industrie automobile. Mais les spécialistes invités finissaient par admettre que le léger frémissement des achats de (petites) voitures neuves, grâce à la prime à la casse, s’accompagnait d’un effondrement des ventes de véhicules d’occasion, ce qui en annulait le bénéfice.
En fait, nous sommes passé dans la société de consommation “de force” pour presser jusqu’à la dernière goutte.
@ Yéti, 4:
Ah oui, cette émission, j’en ai entendu un morceau. Faut voir comme elle ramait, l’animatrice, pour convaincre les auditeurs que leur vieille bagnole entretenue avec soin et qu’ils n’avaient ni les moyens ni le désir de remplacer était un monstre de pollution (dix fois plus) et eux un monstre d’incivisme. Refuser de dépenser l’argent qu’on n’a pas, quelle outrecuidance!
A court d’arguments elle a même asséné à une auditrice qu’en refusant de remplacer sa voiture elle participait à la casse des emplois. Celle-c lui a répondu qu’elle connaissait le problème, puisque son fils venait de se faire licencier, mais n’avait l’air ni convaincue, ni culpabilisée.
Le métier devient dur.
Toute leur soupe est à gerber… des médias, en passant par les syndicats, pour aller aux politiques ! J’aimerais un temps croire en un Dieu pourfendeur des bipèdes débiles, bêtes immondes incarnant la bêtise !
Tout ce tas d’infâmes salopards où chaque mot pue la merde, des crevures ou chaque geste est une insulte à la nature !
Il n’y a plus de concession pour ma part et je jette en bloc toute cette pisse intellectuelle, tous ces tartuffes écologiques, politiques, médiatiques, eux et tous leurs discours sirupeux, leur pensées dégoulinantes de bon sentiments mais qui à la première occasion n’hésitent pas à vous tuer !
Ils sont une insulte à la vie, à ma condition d’être humain. Qu’ils crèvent !
L’incapacité à penser donc à dépasser cette contradiction majeure (sauvegarder l’emploi et/ou la planète) me semble au coeur de l’émiettement de la “gauche”. La gauche, qu’elle soit radicale ou molle n’arrivant pas à se détacher des notions de productivité et de croissance, l’écologie se révélant jusqu’ici incapable de penser sérieusement la question sociale. Pour l’instant, les tentatives sont de “concilier” en mettant un peu d’écologie dans le social ou un peu de social dans l’écologie.
Comment n’avons nous pas mis en évidence dès le début qu’utiliser moins sa voiture détruirait des emplois dans l’industrie automobile, que réduire le volume des emballages détruirait des emplois dans l’industrie du carton et des plastiques, qu’utiliser moins d’engrais chimiques et de pesticides sauverait sans doute les abeilles et les nappes phréatiques (et des vies humaines aussi) mais détruirait des emplois dans l’industrie chimique et pétrolière?
Cette contradiction est pourtant ancienne, car je me souviens que, tout en soutenant les ouvriers de LIP, il se murmurait très discrètement dans les cercles gauchistes que LIP ne fabriquait pas seulement des montres, mais aussi des armes. De la même manière que nous, les féministes, avons refusé de nous interroger sur les effets cancérigènes de cette pilule dont nous avions obtenu la légalisation de haute lutte. Et que sans doute, les ouvriers de l’amiante ont refusé de voir pendant longtemps qu’à gagner leur vie ainsi ils la perdaient.
Ce sont ces notions de “consommation” et de “pouvoir d’achat” qui sont fourbes, depuis des lustres.
Tout ou presque est dans cette phrase. Le citoyen consommateur n’envisage pas de se passer du superflu, qui lui est devenu essentiel. Téléphone portable, four à micro-ondes, automobile, autant d’exemples de commodités patiemment mutées en outils indispensables de l’homme moderne (souvenir ému du film Fight Club)… La grande réussite du monde anarcho-capitaliste (encore appelé néo libéral) fut de parvenir à rendre incontournables les plus inutiles des biens et services.
Le bat blesse cependant quand, à la destruction (parfois nécessaire) de certains secteurs de l’économie (cf. jardin #8) ne sont pas opposées des mesures permettant l’honnête subsistance des principales victimes du phénomène.
Une assurance chômage limitée dans le temps et indexée sur les derniers salaires, un RSA ridiculement faible (selon les informations dont je dispose, ce dispositif rémunère encore moins le chômeur que son ancêtre le RMI - contrairement à la propagande qui met commodément l’accent sur la seule reprise d’activité), ne sont pas des réponses suffisantes, loin s’en faut, pour rendre les destructions d’emplois tolérables.
Certaines destructions sont pourtant inévitables, et même dans certains cas souhaitables. Elles ne peuvent pas l’être, en revanche, dès lors qu’elles sont synonymes de misère pour les individus qui les subissent. Le préalable indispensable à toute évolution sereine de la Société est donc de garantir un moyen de subsistance inconditionnel à toute personne.
Fondamentalement, le premier pas vers la fondation d’une conception cohérente du réel passe par une remise en cause radicale de la notion de “valeur travail” (le fumeux concept, cher aussi bien à Ségolène qu’à Nicolas…). Le travail (racine latine: tripalium = torture) ne définit en aucun cas une valeur au sens moral, ailleurs que chez ceux qui estiment devoir exercer un contrôle sur autrui (social, financier, voir même physique).
Le travail n’est indispensable que dans une optique de subsistance (et donc éminemment individuel), nous rappelant à notre condition animale la plus primaire. Nous sommes tous inféodés, comme toute autre forme de vie, à des besoins qu’il convient de satisfaire, et ce n’est que par ce seul biais qu’apparait la nécessité du travail. Les travaux “émancipateurs”, “épanouissant”, passionnant et/ou passionnés n’en sont plus à proprement parlé, puisqu’ils ne cadrent plus avec l’étymologie douloureuse du mot.
La chose apparaît de façon toujours plus criante dans la “Société du spectacle” qui définit partiellement le mode de vie occidental actuel. Les artistes et autres sportifs assouvissent avant tout leur passion, ne produisent rien d’autre que du divertissement pour autrui (plus ou moins élaboré, intellectuel, voir culturel), ce qui ne répond pourtant à aucun besoin fondamental qui ne puisse être satisfait gratuitement par ailleurs. Ils sont néanmoins rémunérés pour cela.
L’institution du travail en tant que valeur morale est notamment le fruit de dogmes religieux anciens, et donc fortement inscrits dans l’inconscient collectif (l’image du lierre qui parasite un arbre me vient à l’esprit). Ils n’envisagent la vie que comme une compétition de laquelle il convient de triompher en faisant preuve, entre autres, de son “utilité sociale” au regard de Dieu et surtout des Hommes. Commode présentation des choses pour amener les moutons à suivre aveuglément le(s) berger(s)…
Quel risque dans l’abandon de la conception morale du travail? L’humanité abandonnerait-elle toute forme d’activité par ce seul changement de perspective? Oublierait-elle d’un commun accord de satisfaire les besoins primaires auxquels elle demeure astreinte?
Selon ma propre expérience, je suis fondé à penser que non, bien au contraire. Il y a quantité d’activités, plus ou moins laborieuses, que j’exécute quotidiennement sans qu’il me soit promis la moindre récompense, si ce n’est peut-être une certaine satisfaction personnelle, qu’elle soit purement intellectuelle, ou répondant à un besoin physique. Ces activités peuvent être aussi bien individuelles que collectives. En effet lorsque mon bénéfice personnel passe par une activité collective, je n’ai aucun scrupule à participer, l’activité fut-elle éprouvante. La re-considération de notre rapport au travail n’implique donc nullement un démantèlement de la société.
En résumé j’agis fréquemment sans qu’il soit nécessaire de me contraindre par quelque artifice que ce soit, pour mon bénéfice personnel essentiellement, ce qui n’exclue pour autant pas l’éventualité d’un bénéfice collectif, et je ne doute pas qu’il en soit de même pour tout un chacun. En revanche l’action contrainte m’est définitivement insupportable. Il semble que je ne sois pas seul dans ce cas non plus.
@ Dissonance
Comme souvent - et ailleurs ! - je ne peux qu’abonder. Sinon à préciser que le “bénéfice personnel” du dernier paragraphe demanderait à être défini pour “justifier” le glissement depuis “satisfaction” - qui lui ne me semble pas poser de problème.
Cordialement