11 juillet 2016

Radio de l'été : Laurent Berger chante « Quand on n'a rien à dire »

Laurent Berger

Radio Partageux #05. Chaque lundi, pour bien commencer la semaine, on s’en remet une de derrière les fagots tout droit dans les oreilles. C’est la chanson du lundi.

Un copain me tend deux disques en me demandant si je connais. Et c’est ainsi que j’ai naguère découvert le chanteur. En ces temps anciens, le syndicat jaune, tant chéri du Medef, n’est pas encore dirigé par son homonyme. Et Laurent Berger est seulement un jeune prometteur qui peut chanter tranquillou sans que son nom ne fasse ricaner ou ne donne envie de refaire la déco d’une façade.

Laurent Berger (1971) a mis en musique “Quand on n’a rien à dire” de Bernard Dimey (1931-1981).

« Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire », la météo envoie un avis de grande bêtise force 10. On entend toujours les mêmes laïus pour ou contre l’immigration. D’un côté la mère patrie assiégée par des hordes d’étrangers qui font rien qu’à lorgner sur nos filles étiques et notre plantureux RMI (ou le contraire). De l’autre la défense abstraite d’un droit à vagabonder ici ou là au hasard des malheurs. Les défenseurs des deux positions m’emmerdent.

Ils oublient les raisons du départ. Quand on quitte sa famille, ses amis, son pays et sa langue maternelle, quand on part avec tout son passé dans ses poches et un sac, ce n’est jamais jamais jamais de gaité de cœur. Mais toujours avec un coup de pied au cul. Poussé par l’impossibilité d’une autre solution qui te conviendrait mieux. Regarde les jeunes Portugais d’aujourd’hui que le gouvernement incite très fort à quitter le Portugal en leur disant qu’il n’a pas de place pour eux. Regarde ces Latino-Américains de naguère fuyant les dictatures. Ils fuyaient la répression, la torture et la mort. Et quand leur pays d’origine est redevenu plus tranquille combien en avons-nous vu repartir “chez eux” ? Même s’ils étaient parfaitement “intégrés” chez nous.

Même ce retour vers le pays de leur enfance ne s’est pas toujours fait sans douleur. Le père de Maria a disparu lors du coup d’État de Pinochet au Chili. Elle était alors avec sa mère enceinte en Argentine où son petit frère est né. La petite famille est arrivé en France. Maria avait dix-sept ans quand sa mère a décidé de rentrer au Chili avec ses enfants. Et Maria, qui avait vécu en France depuis l’âge de quatre ans, a très mal vécu ce déracinement. Majeure, ayant gagné trois sous pour payer le voyage, elle s’est empressée de “rentrer chez elle”, dans la ville où vivaient ses copines, dans le pays où elle parlait français.

Ne jamais oublier que quitter son pays est toujours un arrachement. Alors, plutôt que de s’écharper au sujet d’immigration, se battre pour permettre aux paysans d’Afrique de l’ouest de vivre chez eux. Se battre contre Bolloré qui accapare leurs terres. Se battre contre Bolloré qui les ruine en important de France des bas morceaux de poulet à bas prix. Se battre contre le réchauffement climatique et la montées des eaux qui noient les îles et contraint les îliens au départ. Se battre contre une France qui bombarde, une France qui envoie son armée en Afrique ou au Moyen-Orient. Permettre à chacun de vivre au milieu des siens. De vivre dans la dignité et la paix.

© Chroniques du Yéti, after the WP Dusk To Dawn theme Propulsé par Dotclear