La fermeture brutale de ERT, le service public grec de radio et de télévision, a entraîné de drôles de réactions sur les forums. En gros, bon débarras, ils étaient nuls, les Grecs vont enfin pouvoir se nettoyer la tête et réfléchir dans leurs coins. Luigi, un commentateur fidèle de mon blog, abonde dans ce sens. À sa façon…
Il y en a qui parlent d’« agonie du capitalisme » (Paul Jorion). D’autres de « Grande perdition » (François Leclerc, moi-même). Olivier Berruyer, actuaire et responsable du blog les-crises.fr, préfère l’expression équivalente : « la fin d’un monde ».
Voyez et écoutez jusqu’au bout la démonstration magistrale qu’il vient de donner sur Avant-garde économique (site indispensable)…
Très bon, très décapant livre-bilan d’un an de hollandisme par Laurent Mauduit de Mediapart : “L’Étrange capitulation” (éditions Jean-Claude Gawsewitch, 20,90 euros). Où l’auteur rapproche les capitulations en séries de l’équipe Hollande, avec “L’Étrange défaite” française de juin 40, sur fond de délitement moral des élites, racontée en son temps par l’historien Marc Bloch.
Même plus de précautions d’usage, de période transitoire pendant laquelle
le nouveau pouvoir cherche à donner un petit vernis de changement à ses
électeurs. Comme Mitterrand entre 1981 et 1983, ou Jospin en 1997 lors
de sa nomination comme Premier ministre. D’entrée, la capitulation sans conditions et sans gloire.
Quand votre tête déborde, que vos nerfs courent au court-circuit — et c’est peu de dire que les motifs de pétage de plomb fleurissent en ce moment dans ce pays déglingué — le mieux est de prendre ses cliques et ses claques et de sortir marcher un coup. C’est ce que je fais chaque soir en remontant la Marne avec Jean-Paul Kauffmann.
À raison de deux chapitres pas plus à la fois. Histoire de faire durer l’aventure. Et, même prise à rebrousse-courant, de se mettre au rythme de cette rivière nonchalante et si chargée de notre histoire, précisément. “Remonter la Marne”, éditions Fayard, 19,50 euros.
Un jour, le fils dit : « Papa, tu veux bien courir le marathon avec moi ? » Le père dit : « Oui, mon fils. » Et ils coururent leur premier marathon. Puis un autre… Un autre jour, le fils demanda : « Papa, tu veux bien courir le Ironman avec moi ? » (Le Ironman est le triathlon le plus difficile qui soit : 4 km de natation, 180 km de vélo, 42 km de course à pied.) Le père : « Oui, mon fils. » Et ils coururent…
« Nous entrons dans la dernière dimension », titre François Leclerc, chroniqueur sur le blog de Paul Jorion, dans sa lumineuse “actualité de la crise”. Et cette ultime épisode de la chute, après l’implosion financière, la dilution de l’économie réelle et la désintégration sociale, sera politique.
Époustouflante leçon de macroéconomie par Michel Rocard devant 500
professionnels de la plateforme immobilière Cerenicimo (source : La Tribune).
Pas la peine de s’exciter, a-t-il dit en substance à son assistance
médusée, il n’y aura ni reprise de la croissance en 2013, ni de sitôt
une quelconque sortie de crise.
Le soldat Billy Lynn, dix-neuf ans, étourdit son bourdon dans la fumette et l’alcool. La « Tournée de la victoire » organisée au pays natal pour ranimer la flamme patriotique, ce projet de film hollywoodien où son personnage doit être interprété… par une actrice, tout ça commence à lui courir sérieusement le chou.
Sa préoccupation à lui est plus prosaïque : va-t-il oui ou non, au bout du compte, être renvoyé dans le merdier irakien ? Voilà résumé à grands traits le sujet du dernier roman de Ben Fountain, « Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn » (Albin Michel, 22 euros).
Michel Collon, vous connaissez ? Belge, écrivain et journaliste indépendant, il livre sur son site Investig’Action des analyses au scalpel du monde dans lequel nous vivons. Sa dernière contribution m’a valu moult recommandations. Michel Collon y invite à détecter les “médiamensonges” sur la guerre que mène la France au Mali.
Note du Yéti : pour vous permettre de casser la croûte entre les deux réveillons de fin d’année, cette interview magistrale et lumineuse d’Emmanuel Todd donnée au Point en décembre 2011 (avant de se laisser contaminer par le « hollandisme révolutionnaire » !!!)
Regardez bien la vidéo qui va boucler ce court billet en guise de cadeau de Noël et d’étrennes réunis. C’est ma mioche de dix-huit berges qui vient de me faire découvrir ça. Regardez bien la jeunesse du chef d’orchestre, Gustavo Dudamel (né en 1981).
Note du Yéti : remarquable, exceptionnelle interview de Jean-Luc Mélenchon par Mathieu Deslandes sur Rue89. Vaut autant par la pertinence des questions que par la qualité des réponses. Extrait :
« C’est pas de la drague, c’est de la cohérence intellectuelle. » Le leader du Front de Gauche s’appuie sur l’écologie pour « proposer une majorité alternative de gauche ».
Une BD maintenant ! Intarissable, le Jorion ! Simultanément à la sortie de “Misère de la pensée économique” (Fayard), voilà qu’il se préoccupe de “La Survie de l’espèce” (Arte Futuropolis, 18 euros) avec Grégory Maklès aux pinceaux.
Forcément, on l’attendait au tournant, notre sociologue-anthropologue belge en goguette dans le monde des bulles. Eh bien c’est peu de dire qu’il ne rate pas le virage.
Pas tout d’annoncer à l’avance, comme le fit Paul Jorion, « l’agonie du capitalisme ». Encore fallait-il, une fois acquis le prochain dernier soupir du crevard, préparer le terrain à ce qu’il faudrait « mettre à la place ». Ce à quoi s’emploie Jorion dans son dernier opus, “Misère de la pensée économique” (Fayard, 20 euros).
Le moribond est certes en train de se ratatiner, mais les Diafoirus du système continuent d’essayer de faire croire à sa résurrection… en nous perfusant nous-mêmes de leur prétendue “science” à longueur de médias. Jorion met une jubilation certaine à zigouiller une à une leurs doctes prétentions.
Que se passe-t-il encore au cinéma ? En fait pas grand chose. Des déclinaisons des grandes œuvres passées. Quelques lueurs passagères. Avec plus ou moins de bonheur. Par contre, en attendant une renaissance de l’art cinématographique à travers la révolution numérique, reste les séries TV. Ma fille vient de m’en faire découvrir une nouvelle à couper le souffle : “Boss”.
Sont incroyables ces Américains, il faut reconnaître. Des prodiges pour
ce qui est de l’invention. Et surtout une manière d’ausculter leur
propre corps social au scalpel. Et sans ménagement. “The Wire”, “The Sopranos”… et aujourd’hui “Boss”.
Fumasse, le commissaire divisionnaire Jean-François Gayraud. Au point de le faire savoir par voie éditoriale à travers un rapport de police circonstancié : “La Grande fraude” (Odile Jacob, 262 p., 22,90 €). Comprenez, une entourloupe de cet acabit, ça ne pouvait par dormir sur l’étagère poussiéreuse d’une armoire de commissariat.
Au fait, de quelle entourloupe s’agit-il ? Facile, c’est écrit dans le sous-titre du bouquin :