mercredi 23 juillet 2008
Feuilleton de l'été : VIVRE MALGRÉ TOUT (6)

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« L’inconscient constitue un instrument redoutable. Non pas tellement pour son contenu refoulé, refoulé parce que trop douloureux à exprimer car il serait puni par le socioculturel. Mais par tout ce qui est au contraire autorisé. Et quelquefois même récompensé par cette socioculture. Et qui a été placé dans son cerveau depuis sa naissance. L'homme n’a pas conscience que c’est là. »





Voilà les vacances ! Un rituel qui ne profite pas forcément à tout le monde, je sais, loin de là. Mais une petite période qu'on peut mettre à profit pour faire un tout petit pas de côté. Un break régénérant loin de la grisaille du monde des tristes. Une sarabande endiablée de la meute. Juste pour recharger les accus. Et se sentir complètement invincibles. Au moins l'espace d'un court instant. Hors de la portée des flèches imbéciles que détournent nos rires.
La première chose qui vous saute aux yeux, c'est les oreilles. Et les mains. Tout est déjà là, si clairement dessiné que vous en restez étourdi, estomaqué. Les lobes, les replis, les délicats ourlets, les marques savantes des jointures de doigts... Et ces lignes, déjà, oh ces lignes au creux de la paume qui feront plus tard les délices des voyantes vénales et des amoureux transis ! La petite Julia est née.
L’Europe, la généreuse et tolérante Europe, vient de se doter sans honte d’une loi visant à enrayer la ruée des pauvres sur les vestiges d'une splendeur déjà passée. À l'instar du défunt empire romain, nous en sommes réduits à essayer de nous dresser contre les "invasions barbares" qui se pressent à nos portes.
De multiples foyers de protestations éclatent aux quatre coins du pays. Plus un jour sans sa manif, sa grève. Toutes ont la même source (la totale destruction de l'outil social, hérité de 1936, 1945 et 1968, qui faisait l'originalité de notre organisation économique). Mais chacun a ses revendications particulières, ses exigences propres, qui parfois contredisent celles de l'autre, s'y opposent. Qui contre des charges fiscales "trop lourdes", qui contre la réforme des ports, contre le fuel trop cher, contre les quotas de pêche, contre la suppression des trente-cinq-heures et du code du travail... Éparpillement des colères et des désarrois.
Purée, la pile qu'ils se sont encore prise ! Jusqu'au bout, leurs sondages avaient claironné la victoire de leur "oui". Puis avaient un peu bafouillé au dernier moment : euh... bon... ça va être ricrac. À moins de 50 % de participation, le "non" des gueux a ses chances ; à plus de 50%, ça devrait le faire pour notre "oui" lumineux.
Quand on ne se trouve pas immédiatement dans le cœur de la tourmente, les cataclysmes brutaux ont quelque chose d'irréels, de trop proprement incroyables pour qu'on en ressente physiquement, sur l'instant, la gravité. C'est pourtant à de véritables cataclysmes que nous venons d'assister le 6 juin 2008.